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ARTICLE DU 08/10/2009



Des morceaux de sentier ont disparu




S’appuyant sur des publications scientifiques, Fabrice Jacquard décrit ainsi l’état actuel du sommet du volcan : “Les effondrements successifs du Dolomieu qui se sont produits durant le mois d’avril 2007 ont fortement affecté la stabilité de l’édifice volcanique, impactant non seulement sa structure interne mais également sa morphologie son aspect. Traversées à de très nombreuses reprises par d’importantes fractures péri-cratériques autour des cratères, certaines portions du sentier du tour des cratères ont également disparu lors de la formation de la caldeira cratère d’effondrement du Dolomieu à l’est, au sud et au nord”. De plus, ajoute l’auteur, le sommet est de façon continue soumis à des déformations consécutives à l’effondrement et subit également un cycle d’inflation-déflation gonflement / dégonflement lors des périodes éruptives. “Ces événements ont conduit les gestionnaires du site et autorités préfectorales à en interdire l’accès.” Hormis la surveillance permanente assurée par les stations sommitales du réseau de l’observatoire volcanologique, des missions de mesures spécifiques sont effectuées tous les six mois, depuis 2006, en 70 points, dans une zone qui s’étend du bord des cratères jusqu’à plus de 200 mètres en aval du sommet. “L’instabilité des parois de la moitié sud du sommet est évidente. Le même constat est fait pour la zone de la Soufrière. En revanche, en aval de la Soufrière, le terrain semble plus propice à un éventuel ralentissement des fractures présentes en surface. La partie amont du sentier située entre la Soufrière et le Bory présente depuis de nombreuses années un réseau de fractures dense, mais il semble que ces dernières aient repris de l’ampleur avec l’effondrement du Dolomieu … Le sentier situé à l’ouest du Bory se trouve dans une zone dont la stabilité semble se mettre en place avec le temps.” “L’analyse de la partie est du sommet est quant à elle plus délicate. Les déplacements ne sont ni très importants, ni négligeables.” Seule ombre au tableau, admet l’auteur, l’étude s’appuie sur des mesures de mai 2008, soit un an seulement après l’effondrement du cratère Dolomieu. Il serait donc intéressant de connaître l’évolution des tendances intervenues depuis seize mois
… mais “on a identifié deux zones moins dangereuses”

Jean-Louis Nédellec, directeur régional du BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) a participé à des repérages en vue du choix d’une plate-forme d’observation du cratère Dolomieu. Interrogé par Fabrice Jacquard, il explique : “L’effondrement de plus de 300 mètres de profondeur au fond du cratère a été accompagné par des effondrements de panneaux pans de paroi de dimensions variables, atteignant plusieurs dizaines de mètres de longueur, sur des largeurs variables au niveau des bordures du cratère. Très clairement, il y a des risques à aller au bord, parce qu’il y a d’énormes fractures de décompression apparues lors de l’effondrement qui se sont ouvertes avec des panneaux qui peuvent tomber”. Des zones moins dangereuses ont été définies, comme le Journal de l’île en a fait état lors des reconnaissances menées depuis un an. Jean-Louis Nédellec rappelle : “On a identifié deux zones qui sont moins dangereuses où le rempart est moins vertical et parce qu’on a ce qu’on appelle une dalle soudée, une dalle basaltique, en tête, qui a priori n’est pas fissurée du tout et qui montrerait que l’on serait dans une zone moins décomprimée, ce qui permettrait aussi de mieux pouvoir suivre les problèmes d’ouverture de fissures. Comme actuellement il n’y en a pas, ce devrait être très facile. Ce ne sont pas des zones sans risques, mais moins risquées auxquelles nous proposons que le public puisse accéder”. “L’idée, c’est de rebaliser un nouveau sentier qui partirait vers la gauche à la Chapelle de Rosemont et permettrait, en restant éloigné toujours de 200 à 300 mètres minimum du bord, de pouvoir, en piquant à nouveau vers le cratère, rejoindre ces deux points d’observation.” Reste que l’ONF sembler pencher dernièrement en faveur de l’établissement d’une seule plate-forme, à l’est du Dolomieu

L’échec des sentiers de substitution ouverts par l’ONF

Le peu de succès des sentiers de substitution ouverts par l’Office national des forêts à la mi-2007 laisse penser que l’attrait des cratères sommitaux est plus fort que tout. Il faut savoir que sur les 130 000 visiteurs de l’enclos (chiffre ONF 2002, déterminé grâce à un “éco-compteur” automatisé), six personnes sur dix parmi celles qui fréquentent les sentiers autorisés, interrogées au cours de l’enquête, ne dépasseraient pas le Formica Leo, ce petit cône volcanique situé au pied du Pas de Bellecombe, point d’attraction visible depuis le parking, soit par manque de temps ou de capacités physiques. Trois sur dix feraient demi-tour à la Chapelle de Rosemont (point au-delà duquel il est interdit de continuer). Un seulement choisirait (à parts presque égales) d’aller vers le piton Kapor ou le cratère Rivals, deux itinéraires du fond de l’enclos nettement plus longs, ouverts pour pallier la fermeture du sommet. D’un intérêt réel (surtout pour le second), ils souffrent cependant d’un déficit d’information, note Fabrice Jacquard puisque, comme pour les autres itinéraires, “il n’existe pas actuellement un réel parcours balisé des formations volcaniques et peu de gens connaissent l’origine de la toponymie noms de lieu du site … Actuellement, les seules indications sont relatives aux distances”. Comble de l’affaire : au Pas de Bellecombe existent toujours des panneaux en bois indiquant l’itinéraire du tour des cratères (certes indiqué interdit) alors que l’information concernant les sentiers ouverts est plus que succincte. Le sommet du volcan constitue donc bien toujours le centre d’intérêt majeur des visiteurs du volcan.

Interdiction : quand vis-à-vis du randonneur, “ça ne tient plus”

Le lieutenant Patrick Poirot, commandant du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), a également été interrogé par l’auteur de l’étude, pour parler de la sécurité sur les sentiers, de la vulnérabilité des randonneurs. Pourquoi rencontre-t-on des marcheurs sur un sentier interdit ? “Cela dépend de l’information qu’on a fournie avec l’interdiction, répond ce professionnel. Quand le sentier est fermé et interdit parce qu’il est carrément coupé, qu’on ne passe pas, les gens ne se posent pas la question. Quand il y a des sentiers qui restent fermés alors qu’ils restent praticables, et a fortiori si c’est de notoriété publique, l’interdiction ne va pas jouer longtemps.” Tout est dit. “C’est le cas du volcan, il y a une raison, mais à un moment, vis-à-vis du randonneur, ça ne tient plus. C’est vrai qu’à un moment, la tentation est trop forte.” Le responsable du PGHM n’exonère pas pourtant les marcheurs de toute responsabilité. “Lorsqu’un type s’engage sur un sentier, bien sûr qu’il va lire s’il y a des consignes particulières, mais il va quand même s’engager. Tout ça, c’est de la culture et ça ne s’acquiert pas au départ de la randonnée, à la lecture d’un panneau. Cela ne remplace pas l’information qu’il faut prendre en amont, la sensibilisation particulière. On ne devient pas randonneur expérimenté du jour au lendemain.” D’ailleurs, à l’échelon national, 60% des interventions en montagne sont effectuées au bénéfice de randonneurs, démontrant leur vulnérabilité, insiste-t-il. Patrick Poirot, par ailleurs, estime qu’il ne faut pas en faire trop en terme de sécurisation des itinéraires : les gens doivent pratiquer sous leur responsabilité. Si on suréquipe, “on donne aux gens l’impression que c’est possible pour tous” et on ne peut pas “imaginer sécuriser des kilomètres de sentiers avec des cordes, des barrières”.