Andrea Di Muro, nouveau directeur de l’observatoire volcanologique, indiquait en fin de journée : "D’une moyenne de huit séismes par jour,
nous sommes passés à une trentaine, avec un séisme d’une magnitude maximale de 1,7", ce qui commence à être significatif pour le Piton de
la Fournaise. Après les profonds remaniements de l’édifice volcanique dus à l’éruption d’avril 2007 "nous sommes un peu plus vigilants",
avoue-t-il. Le chercheur italien, qui vient de rejoindre l’observatoire en juillet dernier, rappelle comment se sont déroulées les trois
éruptions qui ont émaillé l’année 2008 : "Elles n’ont pas été accompagnées de gros signaux précurseurs ; aussi, nous sommes prêts". Alors,
où et quand ? Les trois éruptions de 2008 ont eu pour théâtre le cratère Dolomieu, un gouffre de 300 mètres de profondeur. Une localisation
presque logique, le magma choisissant le chemin le plus facile vers la surface, à travers un système très fracturé. Dans ces conditions, il
peut sortir sans guère prévenir ! L’an dernier, le Piton de la Fournaise a joué avec les nerfs de la sécurité civile. Ainsi, le 15 août 2008,
la préfecture déclenche-t-elle directement l’alerte 1 d’éruption imminente sans avoir le temps de passer par la case vigilance volcanique. Mais
rien. La Fournaise se calme provisoirement. Plusieurs alertes 1 suivies d’évacuations de l’enclos, de retour en vigilance volcanique, se
succèdent. L’éruption survient cinq semaines après le premier coup de semonce, le 21 septembre seulement, sans crier gare, au terme d’une
crise sismique décisive cette fois. Des scénarios plus ou moins similaires ont accompagné les deux autres éruptions de 2008… La vigilance
volcanique déclenchée hier prend donc toute sa signification : services de l’Etat et randonneurs sont désormais prévenus. Prudence.
François Martel-Asselin
Vigilance volcanique en cours. L’enclos du volcan reste ouvert. Seuls les sentiers d’accès à la chapelle de Rosemont, au piton Kapor
et au cratère Rivals sont autorisés.
LES NIVEAUX D’ALERTE
Vigilance volcanique : mobilisation des services de l’État, information du public.
Alerte 1 : éruption imminente, fermeture de l’enclos du volcan.
Alerte 2 : éruption
TROIS ÉRUPTIONS EN 2008
Certains avaient prédit qu’après l’éruption d’avril 2007 au Tremblet, le Piton de la Fournaise aurait du mal à se remettre de pareil
événement. Il n’en a rien été.
21 septembre : éruption d’une dizaine de jours à l’intérieur du cratère Dolomieu, sous la paroi du cratère Bory.
27 novembre : éruption presque au même endroit, d’une durée de 26 heures.
15 décembre : éruption à mi-hauteur dans la paroi du Dolomieu, à l’est de la Soufrière.
Fin le 4 février 2009, pour une durée de 52 jours.
DES BULLES QUI MONTENT
Les séismes correspondent, grossièrement, au "craquement" des roches du sous-sol qui se fracturent lorsque le magma tente de monter
vers la surface, sous l’effet de l’expansion des bulles de gaz qu’il contient : or, plus il monte, moins la pression est forte, et plus
ces bulles tendent à grossir et à vouloir s’échapper, comme dans une bouteille de soda qu’on a secouée : il suffit de dévisser un tant soit
peu le bouchon pour provoquer un geyser… C’est l’éruption.
Où et quand ?
En vigilance volcanique, l’enclos du volcan reste ouvert. Mais, dans les circonstances actuelles, la répétition du scénario des éruptions de
2008 s’annoncerait sans doute comme un casse-tête, en plein débat sur la réouverture d’un accès au sommet du volcan et alors que sa
fréquentation, dans des conditions de sécurité douteuses, n’est un mystère pour personne. A plusieurs reprises au cours des dix dernières
années, des randonneurs ont assisté en direct à la naissance d’une éruption, à l’ouverture de fissures éruptives au sommet du volcan. Avant
l’effondrement du cratère Dolomieu, l’un des principaux risques était qu’une coulée coupe le chemin du retour des marcheurs. Mais il est en
général possible de partir dans la direction opposée… Dans la nouvelle configuration du sommet (et même si cela ne s’est pas produit en 2008),
le risque principal associé à un début d’éruption est l’effondrement d’un pan de paroi du cratère fragilisé, lorsque le magma arrive en surface.
Cela, normalement, ne devrait pas porter à conséquence, puisque l’accès au sommet du volcan est interdit. C’est là que le bât blesse : il y a
certains jours jusqu’à une centaine de personnes sur le pourtour des cratères, dans des zones potentiellement dangereuses. Une situation due à
une interdiction prolongée qui a perdu toute crédibilité. On n’a fait que laisser pourrir un peu plus un dossier qui aurait dû être réglé sans
tergiverser alors qu’on parle depuis plus d’un an de plates-formes d’observations délimitées dans des zones reconnues stables. "Ce pourrait être
une crise qui relance le débat, commente sobrement Andrea Di Muro, directeur de l’observatoire volcanologique. Il vaudrait mieux se retrouver
autour d’une table maintenant qu’après un accident".
Le magma à deux kilomètres sous le sommet
"La sismicité avait repris depuis quelques jours, indique Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire volcanologique. Elle est localisée à
l’aplomb du sommet, dans une zone située à environ 300 mètres au-dessus du niveau de la mer", soit à environ 2000 mètres sous le sommet
(2 632 mètres, mais le fond du cratère Dolomieu se situe vers 2 350 m). Y a-t-il un rapport entre ce "réveil" aujourd’hui et une courte crise
survenue il y a tout juste quatre mois ? Entre "le 5 et le 12 juin, un essaim de 76 séismes, dont 54 dans la journée du 9, avait été détecté à
une profondeur de 4 km sous le niveau de la mer" mais décalés sous le sommet "à l’ouest du cratère Bory". "La magnitude de ces séismes n’avait
pas dépassé 1,5. Cette sismicité profonde n’a pas eu d’incidence sur la sismicité superficielle ou sur les déformations". A l’époque, cette
crise avait été interprétée comme un possible épisode de réalimentation profonde du volcan. Mais l’écart avec la sismicité actuelle
(quatre mois) ne permet pas d’établir un lien formel selon la sismologue. Le réseau de surveillance de l’observatoire n’a pas détecté de
déformations significatives du sommet du volcan (gonflement traduisant la mise en pression de l’édifice). La préfecture indique pour sa part
dans le communiqué qu’elle a diffusé hier : "Ces signes de reprise d’activité pourraient éventuellement se traduire par une éruption dans les
jours à venir".