Le Piton de la Fournaise donne des signes de réveil

Le Piton de la Fournaise va-t-il saluer 2008 par une éruption ? Depuis que notre volcan s’était assoupi le 10 avril dernier au terme d’une manifestation qui restera dans les mémoires (voir encadré), il s’était montré particulièrement discret au point que certains craignaient une longue phase de sommeil. À plusieurs reprises cependant, le réseau de surveillance de l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise avait enregistré quelques petits séismes, mais rien de comparable à ce qui s’est produit hier matin.
À 4 heures, les appareils enregistreurs se sont emballés ; La crise sismique a duré une heure et onze minutes. Au total, ce sont 98 séismes qui se sont produits sous le sommet du Dolomieu dont le plus important a atteint la magnitude de 1,7 sur l’échelle de Richter. “C’est un phénomène habituel dans le cycle qui précède une éruption, indique Philippe Kowalski, directeur de l’observatoire. Il traduit une reprise d’activité du volcan”. Pour autant, les scientifiques ne se hasardent pas à fixer des échéances. Rien ne permet d’affirmer qu’une éruption se produira dans quelques heures, dans quelques jours ou dans quelques semaines. Sur les conseils de l’observatoire, la préfecture a déclenché hier matin à 11h45 la phase de vigilance du plan secours spécialisé volcan. Révisé par la préfecture en 2005, ce dispositif d’alerte à plusieurs niveaux tente de répondre à des situations types. La vigilance volcanique déclenchée hier matin, et même si on sait que le piton de la Fournaise peut entrer en éruption quasiment sans prévenir, est destinée à mettre en éveil les services amenés à intervenir en cas d’éruption. Elle traduit une situation d’activité sous le massif du volcan. L’accès à l’enclos reste autorisé. L’information est affichée au pas de Bellecombe, point de départ du sentier emprunté par les randonneurs. Attention, depuis les effondrements au sommet lors de l’éruption d’avril 2007, l’accès en demeure interdit. Les marcheurs ne peuvent emprunter que trois itinéraires dans l’enclos Fouqué. Début juin dernier, l’ONF a ouvert un itinéraire en direction du piton Kapor (éruption de mars 98), dans le nord de l’enclos. Quinze jours plus tard, est venu s’ajouter un second parcours, permettant d’explorer l’ouest de l’enclos. Le nouvel itinéraire (environ 9 km aller-retour à partir du parking du pas de Bellecombe), part du rempart en passant à droite du Formica Léo, rejoint le cratère Rivals puis un point de vue sur les cratères la Paix et Château-Fort. Enfin, c’est la chapelle de Rosemont qui a été rendue aux randonneurs. Si le réveil du piton de la Fournaise devait se confirmer, l’alerte 1 d’éruption imminente serait déclenchée en cas de signes d’une crise sismique annonciatrice de l’ouverture d’une fissure éruptive ; L’accès à l’enclos serait alors interdit. L’alerte 2, elle, est déclenchée quand l’éruption commence. Différentes mesures peuvent être prises en fonction de degré de menace aux personnes et aux biens (coupure de la route nationale 2, éruption au-dessus des zones habitées…). Nous n’en sommes pas encore là. Après la crise sismique d’hier matin, le piton de la Fournaise ne s’est plus manifesté de la journée. Il convient cependant de rester vigilant. Notre volcan nous a habitués par le passé à des manifestations surprises.
Alain Dupuis
En avril dernier, la Fournaise nous avait sorti le grand jeu. Cette éruption restera certainement dans les mémoires comme l’une des plus spectaculaires de ce siècle. Depuis, il ne s’était plus manifesté que par des petites crises sismiques de peu d’importance. Celle, majeure, d’hier matin marquerait-elle le prochain réveil du géant assoupi ? 30 mars 2007 : début de la deuxième éruption de l’année avec une première phase de neuf heures qui s’achève le lendemain, à 1 900 mètres d’altitude, à l’est du cratère Chateau-Fort, dans le sud de l’enclos du volcan. 2 avril : deuxième phase avec une fissure éruptive dans les Grandes pentes, dans le prolongement de la précédente. L’activité se concentre entre 600 et 500 d’altitude, près du rempart du Tremblet, générant d’importantes coulées de lave qui couperont la route nationale sur 1,3 km de longueur. La crainte d’une nouvelle phase éruptive, peut-être hors enclos, se développe. Mais rien ne se passe hormis une fausse alerte. Les fontaines de lave atteignent près de 200 mètres de hauteur et s’accompagnent d’un dégazage intense, le dioxyde de soufre envahissant de nombreuses régions de l’île. Des retombées de cheveux de Pélé sont observées jusqu’à Saint-Denis. L’arrivée des coulées à la mer provoque des réactions physico-chimiques, avec dégagements d’acides chlorhydrique et sulfurique. La lave est pulvérisée en sable volcanique emporté par le panache de l’éruption et déversé sur une partie du Tremblet, semant la désolation. 6 avril : le cratère Dolomieu commence à s’effondrer, laissant apparaître un gouffre d’un volume de l’ordre de 500 millions de mètres cubes, profond de 300 mètres. Plusieurs secteurs du sommet sont recouverts d’une couche de cendres. Aucun bloc n’a été expulsé au cours de cet épisode, contrairement à ce qui avait été annoncé sur la foi de photos aériennes. 10 avril : fin de l’éruption qui a émis entre 25 et 30 millions de mètres cubes de lave selon une première estimation, dont les basaltes à olivine dont on peut voir les gros cristaux vert-doré dans les blocs de gratons accessibles sur la RN2.