ARTICLE DU 29/04/2007
Nouvelle nuit de doute au Tremblet

Les alertes se succèdent depuis vendredi soir dans le petit village au bord de l’enclos. Les SMS ne cessent de tomber toutes les quelques heures sur les portables des riverains du volcan pour les informer du dépassement des seuils d’alerte au dioxyde de soufre. Une situation très mal vécue.
Les habitants du Temblet vivent avec le volcan depuis trois semaines. Les coulées se rapprochent chaque jour du rempart. Les villageois ne paniquent pas mais sont inquiets. « Nous sommes pressés que tout cela finisse, pressés de dormir enfin sur nos deux oreilles », disent-ils.
Pluies acides et de sel, pluies de cendre, gaz : rien n’est épargné depuis vendredi aux habitants du Tremblet les plus proches de l’enclos du volcan. De nouvelles coulées ne cessent d’arriver à la mer, produisant à chaque fois la même réaction chimique et la lassitude générale. Hier après-midi, Guy Rivière, l’adjoint de Saint-Philippe, est venu expliquer la situation devant les habitants rassemblés sur le belvédère vide de touristes face à l’objet de leurs malheurs. Les habitants dénoncent toujours le manque d’information, doivent se débrouiller pour se fournir en masques de protection contre la poussière omniprésente, à défaut des gaz. Comble : vendredi soir, la gendarmerie est venue cogner aux portes pour demander à chaque famille de rester confinée en raison de la situation.
De plus en plus impossible chaque jour
Un vent violent a soufflé toute la nuit, noyant le quartier sous les cendres et les braises qui tournoyaient depuis les rampes de l’enclos. Les gendarmes, eux, se sont repliés sur le barrage de Citrons-Galets. Les pompiers ont affronté seuls les flammes et les gaz, sans masque. L’un d’eux, hier matin, reprenait son souffle en inspirant de l’oxygène à partir de l’unique bouteille disponible. Dans de telles conditions, il aurait été impensable d’accueillir le public ce week-end. Les rares visiteurs, pistonnés ou privilégiés, n’ont pas tenu plus de quinze secondes sur le point de vue en haut des rampes, aveuglés par le sable, rampes elles-mêmes restées inaccessibles des heures durant, barrées par le mur de chaleur soufflé par le volcan. Le point de vue aménagé à grand renfort de cadres métalliques soudés et de grillage, pas plus que les travaux de purge ne servira sans doute, attisant la grogne de ceux qui auraient aimé que le public puisse venir dès le début : “Il y a deux semaines, on ne craignait rien. Aujourd’hui, ça devient chaque jour un peu plus impossible”. La grogne a gagné aussi un peu plus l’unique restaurateur, “Le Vieux Port” de la famille Dalleau. Il ne peut même plus recevoir de clients, alors qu’il avait bénéficié un temps d’une tolérance. Le coup de grâce. Et Guy Rivière a dû se montrer pédagogue hier pour faire comprendre que les Réunionnais et les touristes ont l’envie et le droit de voir le volcan en activité, mais qu’il faudra essayer de les canaliser pour éviter une invasion insoutenable dans pareille situation.
Sismicité sous le sommet
Le trémor lié à l’éruption dans le Grand Brûlé est globalement assez constant à un niveau bas, indique l’observatoire volcanologique dans son bulletin d’hier. Quelques éboulements dans le Dolomieu ont été observés. 80 séismes ont été enregistrés sous le sommet, dont 55 profonds situés entre -1 et -5 km sous le niveau de la mer (sous le sommet), liés à une possible réalimentation de la chambre magmatique) et 25 séismes sommitaux avec une intensité maximale de 2,5. Quatre séismes liés à la plate-forme en mer (voir notre édition d’hier) ont été observés, vendredi à 21 h 15 et samedi à 6 h 40, 7 h 05 et 8 h 50 (heure locale). Aucun séisme (hors enclos) dans la région du Tremblet n’a été observé.
Une seule bouteille d’oxygène pour les pompiers qui ont du mal à récupérer d’une nuit d’enfer hier au petit matin.

La lave continue de remonter inexorablement les rampes du Tremblet, le bitume fume, s’enflamme.

La végétation disparaît au fil des jours, laissant découvrir à perte de vue les champs de lave du Grand-Brûlé.
Ce que le feu et la lave n’ont pas pris a dû être sacrifié préventivement.

Sur le bord du rempart, la canne s’embrase spontanément, déshydratée par le vent brûlant qui monte des coulées.