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ARTICLE DU 27/04/2007



La lave en route vers le Tremblet


Le Tremblet s’inquiète.

Les habitants du Temblet vivent avec le volcan depuis trois semaines. Les coulées se rapprochent chaque jour du rempart. Les villageois ne paniquent pas mais sont inquiets. « Nous sommes pressés que tout cela finisse, pressés de dormir enfin sur nos deux oreilles », disent-ils.

Laurent Dijoux, sa compagne Guylène et leurs deux enfants sont venus aux nouvelles. Au plus près des coulées de lave qui depuis trois semaines maintenant déferlent du rempart. Depuis deux ans, la famille habite à l’entrée du village. Guylène est originaire du Tremblet. « Nous étions contents d’habiter là. Mais maintenant s’il est possible de vendre la maison et de partir ailleurs, je pense qu’on partira avec plaisir », ne cache pas la jeune femme. Car comme tous les habitants du Tremblet, le couple vit dans la crainte. Les bras de feu liquide se rapproche un peu plus chaque jour du rempart et « personne ne sait vraiment ce qui va se passer », souligne Laurent Dijoux. Alors, en cette fin d’après-midi d’hier, c’est en famille qu’ils sont venus constater l’avancée des coulées. Lesquelles sont effectivement plus proches. « En fait, je viens tous les jours. J’ai besoin de voir de mes propres yeux ce que fait le volcan. C’est normal, j’ai trois enfants et je veux m’assurer qu’ils ne sont pas en danger », commente Gilles Collete qui lui aussi est venu aux nouvelles. « Parfois les gendarmes ne nous laissent pas passer le barrage. Je ne comprends pas pourquoi. On habite ici, on a le droit de savoir ce qui se passe. Heureusement, dans la plupart des cas on nous laisse passer », dit-il encore. De fait, ils sont tout un groupe d’habitants à franchir le barrage. En quelques dizaines de mètres, l’air devient franchement irrespirable. En contrebas du rempart, le spectacle est sans doute proche de celui que se jouait au commencement du monde. Une immense mer de lave à peine refroidie en surface mais bouillonnante quelques centimètres en dessous est sillonnée par plusieurs bras de lave. Parfois, des plaques entières de matière encore brûlantes sont soulevées et laissent apparaître des lacs de lave. Deux coulées se jettent dans la mer provoquant d’immenses panaches de fumée. Le spectacle est magnifique. « Oui, pas pour les gens qui habitent ici. Pour nous c’est un danger et franchement nous souhaitons qu’il se termine le plus rapidement possible », lance Rico, président d’une association de quartier.

“On est sûr de rien alors que l’on a besoin d’être informé”

Une explosion due à un dégazage au pied du rempart fait sursauter tout le monde. « On est stressé en permanence, le moindre bruit nous fait sursauter », remarque Guylène. « Même le bruit que fait la voisine en sortant sa poubelle nous met en alerte. Mais on ne panique pas. Cela ne sert à rien. Et puis il y a une forme de lassitude qui s’installe », ajoute son mari. Guylène ne reste pas longtemps sur place. Ses deux enfants ont du mal à trouver leur souffle. Alors elle préfère repartir loin du phénomène. « Franchement, je ne sais pas combien de temps on va pouvoir tenir comme ça », lâche-t-elle. Elle parle de cette dame qui habite tout près du rempart et « qui a fait une crise de nerfs ce matin. Elle a quitté sa maison. Je ne sais pas si elle va trouver le courage de revenir », relate la jeune femme. Il est vrai que la population du village a beaucoup de choses à supporter. Outre la proximité des coulées, les explosions et les tremblements « que l’on a encore ressentis tout à l’heure », indique Rico, l’air parfois difficilement respirable, il y ces pluies et ces vents chargés d’une poussière noirâtre. « La poussière entre partout. On a beau balayer, la maison est toujours sale », se plaint Gilles Collete. Il déplore également le manque d’information. « On apprend les choses par des « on-dit » ou par la télé ou la radio. On est sûr de rien alors que l’on a besoin d’être informé. Heureusement ce matin, la police municipale nous a distribué un courrier disant que l’air est de bonne qualité et nous rappelant les consignes de sécurité pour l’eau, etc. », souligne-t-il. Alors bien sûr les habitants du Tremblet n’ont que très peu l’esprit à apprécier le show volcanique. « On comprend que les gens d’ailleurs aient envie de venir voir le spectacle, mais sincèrement nous nous préférons qu’ils n’aient pas le droit de venir », avouent bon nombre de villageois. « Lorsque les gens viennent, ils ne respectent rien. Ils se garent n’importe où, même devant les portails. Ils marchent au milieu de la chaussée comme si on était en zone piétonne. Ils jettent leurs déchets partout. Ils font du bruit en pleine nuit. Une vraie pagaille », énumère Rico. La nuit est maintenant tombée sur le Tremblet. « Depuis le début de l’éruption, nous n’avons plus besoin de lumière. Tout est rouge, mais les coqs croient que c’est le jour et ils chantent en pleine nuit », plaisante à peine Laurent Dijoux. Au fait, inutile de souhaiter bonne nuit aux habitants du Tremblet. Guylène explique : « Cela fait trois semaines que tout le monde ne dort que d’un œil ».


Réalimentation de la chambre magmatique toujours en cours

Alors que des coulées se répandent toujours largement dans le Grand-Brûlé, le trémor lié à cette activité est “globalement assez constant à un niveau bas, selon l’observatoire volcanologique. Néanmoins des moments de plus forte intensité ont été enregistrés, qui correspondent à des périodes de coulées de lave très abondantes.” Par ailleurs, note l’observatoire, “la sismicité sous le sommet s’est à nouveau renforcée avec une cinquantaine d’événements hier. De plus, une vingtaine de séismes entre -1 km et -5 km sous le niveau de la mer, sous le sommet, ont été enregistrés, indiquant probablement une réalimentation profonde de la chambre magmatique, qui se trouve entre le niveau de la mer et + 0,5 km. “

Nouvelles secousses

La plate-forme de lave qui s’est édifiée sur l’océan continue de “craquer”, et les habitants du Tremblet, hier encore, ont ressenti des secousses. L’observatoire volcanologique a bien enregistré les séismes liés à cette déstabilisation de la plate-forme : 12 h 30, 16 h et 16 h 30 notamment. Il n’est pas exclu que des pans puissent basculer en mer.