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ARTICLE DU 22/04/2007



La soufrière : noël ou mai 1964 ?


Noël 2004 : dernière visite avérée du père Noël à la Réunion, image parue dans le Journal de l’île du 26 décembre. Sorti de la cheminée le 24 décembre dans l’après-midi, avec quelques heures d’avance, il a été vu par des dizaines de marcheurs alors qu’il se dirigeait vers le parking du pas de Bellecombe avant son départ en tournée à bord d’une Clio rouge. Véridique ! (photo F.M.-A.).

L’observatoire volcanologique a établi avec certitude le jour et l’heure de l’effondrement de la Soufrière. Ce dernier s’est produit le samedi 14 avril à 17 h 50, heure à partir de laquelle sa station sismique située à proximité a cessé d’émettre, elle aussi emportée dans l’écroulement du rempart du cratère Dolomieu. En revanche, l’acte de naissance de la Soufrière reste incertain : elle a occupé le paysage du sommet du volcan un peu plus de quarante-deux ans, sans qu’on sache très précisément quand elle est apparue. Patrick Bachèlery, responsable du laboratoire des sciences de la Terre (LSTUR) à l’université de la Réunion, écrit avec prudence au tout début des années 80, en citant "les indications de témoins oculaires tel Auguste de Villèle" que la Soufrière "se serait formée au cours de l’éruption de 1964-1965". En 1986, Maurice Krafft et Roland Bénard (Au coeur de la Fournaise), s’appuyant eux aussi sur le témoignage d’Auguste de Villèle, remercié dans leur préface pour ses nombreuses observations sur le volcan, indiquent : "Il s’agit d’une cheminée volcanique née vers le 21 décembre 1964".

Les photos du Journal de l’île

De fait, le Journal de l’île du mercredi 23 décembre 1964, dans une brève en première page, rapporte le témoignage de Jean Legros, photographe émérite dont l’ ?uvre est en cours de mise en valeur. A son retour d’un survol du volcan, il décrit le piton de la Fournaise en éruption "vraisemblablement depuis la nuit de lundi à mardi". Sur une de ses photos, publiée dans l’édition du lendemain, on distingue bien une fissure éruptive décrite "sur la paroi nord", à l’emplacement approximatif de la Soufrière, sans plus de détails. Le cinéaste Alain Gérente, qui a côtoyé Auguste de Villèle sur le volcan, garde de ses conversations avec lui le souvenir de la date de fin décembre 1964. Aussi le témoignage qu’Auguste de Villèle nous a livré il y a quelques jours, associant l’apparition de la Soufrière à l’éruption de mai 1964 et non à celle de décembre est-il troublant. Car si jamais ce grand observateur du volcan était victime d’une confusion tant il a vu d’éruptions, il nous a pourtant raconté spontanément cette inoubliable ascension en la datant des 1er et 2 mai 1964. Vérification faite, une éruption sommitale a bien débuté le 30 avril, mais sa durée relativement courte, une huitaine de jours, n’aurait pas permis la formation d’un édifice comme celui-ci estiment certains observateurs. Le doute demeure donc en attendant des recherches complémentaires.

La tentative d’octobre 1982

Dans les colonnes de Télé 7 jours du 17 mars 1983, Daniel Vaxelaire rapporte ainsi la première tentative d’exploration de la Soufrière : "Xavier Lalanne était le premier homme à se risquer dans le trou. À la surface, le câble du treuil se déroula pendant de longues minutes. Puis il fallut bien arrêter : on avait débobiné 180 m de filin sur les 200 dont on disposait ! A sa remontée, Xavier Lalanne avait quelques informations étonnantes à livrer à ses compagnons. Tout d’abord, après un puits cylindrique d’une vingtaine de mètres, le gouffre s’élargissait brusquement pour former une colossale bulle souterraine d’un diamètre tel que la lumière des torches atteignait à peine la paroi. Le fond de ce trou gigantesque était environ à 160 m au-dessous de la surface. Mais, il était constitué d’une pente d’éboulis à plus de 60° sur laquelle il était impossible de se tenir debout. Et de part et d’autre de cette pente s’ouvraient deux puits que Xavier Lalanne n’avait pu explorer, faute de câble assez long. "Il fallait monter une expédition plus lourde, descendre à plusieurs, installer du matériel permettant d’aller plus loin."

Le film de l’expédition François Cartault a tiré un film d’une quinzaine de minutes de l’expédition de la Soufrière, présenté publiquement en 1983 et diffusé sur la télévision publique à la même époque. Réalisé en 16 mm couleur, il dort aujourd’hui dans une boîte métallique. Un transfert sur DVD permettrait de pérenniser l’histoire de cette exploration peu connue et de garder la trace de cette curiosité géologique en passe de disparaître complètement.


Alain Gérente au sommet en décembre 1975 Une répétition de l’épisode de 1964

Observateur passionné du volcan depuis 1967, Alain Gérente assiste au sommet du piton de la Fournaise à une éruption qui n’est pas sans rappeler celle de 1964 qui a vu la naissance de la Soufrière. "Le volcan se réveilla le 4 novembre 1975, 48 heures plus tard Katia et Maurice Kralft débarquaient à La Réunion et, grâce à l’aide de l’armée, nous installâmes un camp pendant une dizaine de jours dans le fond du cratère Dolomieu à 200 mètres du site de l’éruption. Cette activité s’arrêta au bout d’une quinzaine de jours, mais la phase principale débuta un peu avant Noël et devait durer jusqu’à début avril 1976. Une surprise nous attendait quand nous parvînmes sur le site de l’éruption le 24 décembre 1975. Pas de cratère ! À sa place un trou béant dans le sol de 8 mètres de diamètre d’où s’exhalaient de grandes bouffées de gaz et des flammes de 15 mètres de haut, le tout dans un silence total. Au loin, en aval, une coulée de lave extrêmement fluide, coulée de pahoehoe, s’échappait d’une fissure à grande vitesse, près de 50 km/h. Aucune trace de projections ou de fontaines de lave ! Je pensais immédiatement à Auguste de Villèle ! C’était exactement ainsi qu’il avait vu la formation de La Soufrière à Noël 1964. La fissure éruptive qui commençait 200 mètres au-dessus de l’évent avait dû dans sa partie aval rencontrer une caverne souterraine et la séparation des phases liquide et gazeuse devait s’effectuer en profondeur au lieu de se produire en surface, le magma ayant trouvé une voie latérale pour s’échapper et les gaz remontant à la verticale par cet évent. Ce jour de Noël 1975 nous étions probablement dans la même configuration qu’à Noël 1964, mais le point de sortie du magma au fond du gouffre devait se boucher, car quelle ne fût pas notre surprise en revenant sur les lieux 3 jours plus tard de découvrir à la place de l’évent un cône d’une dizaine de mètres de haut avec de belles fontaines de lave ... Pour revenir à La Soufrière, quelques années plus tard le commandant de gendarmerie Mollaret organisait la première descente dans ce puits. Elle se révéla être un gouffre de 200 mètres de profondeur ayant la forme d’une bouteille dont le trou visible en surface correspond au goulot. Ainsi en profondeur c’est une vaste caverne dont le toit risque un jour de s’effondrer. Averti de ce fait l’ONF installa des barrières de sécurité, il est vrai fort peu esthétiques, à bonne distance du gouffre."