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ARTICLE DU 22/04/2007



Les mystères de la Soufrière


La Soufrière, sur cette photo non datée de Victor Petit de la Rhodière, mais vraisemblablement prise à la fin des années 60 au plus tard, est alors un simple puits de quelques mètres de diamètre. Son auteur, infatigable marcheur de nos montagnes l’a publiée dans son premier "Guide du volcan de la Réunion",

Jamais dans son histoire récente le piton de la Fournaise n’a connu de tels bouleversements au sommet. Les effondrements actuels sont sans commune mesure avec ceux déjà spectaculaires des années trente. Après avoir approfondi de 300 mètres le Dolomieu, ils ont en partie eu raison de la Soufrière. Né de l’éruption de 1964, dont Auguste de Villèle et son guide ont été les seuls témoins, ce puits, familier à tous les randonneurs ayant fait le tour des cratères, n’a été exploré qu’une seule fois, en février 1983. Une expédition à ce point périlleuse que nul n’a plus osé la tenter depuis. Aujourd’hui éventrée, la Soufrière va conserver à jamais les secrets qu’elle n’a pas livrés il y a 24 ans.

La Soufrière, au même titre que les cratères Bory et Dolomieu semblait faire partie du paysage pour l’éternité au sommet du piton de la Fournaise. Elle constituait un repère précieux pour ceux qui choisissaient de partir à gauche à la Chapelle de Rosemont pour faire le tour des cratères. Ils savaient en voyant les clôtures dressées tout autour qu’ils n’étaient plus qu’à une centaine de mètres du bord du cratère principal. C’est en 1964 que, par hasard, Auguste de Villèle et son guide assistent à la naissance pour le moins étrange de la Soufrière. Au fil des années et des effondrements, le puits ne cesse de s’élargir et de se creuser. Des générations de randonneurs vont passer à proximité mais c’est fin 1982 seulement que naît l’idée d’une exploration. L’éruption hors enclos de 1977 a entraîné la création de l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise. Mais, l’organisation d’une telle expédition dépasse les possibilités des scientifiques. La gendarmerie va voler à leurs secours. À cette époque, aujourd’hui révolue, ce qui est sans doute dommage, il n’est pas rare que l’armée et la gendarmerie en particulier apportent leur concours à des missions d’exploration dans le massif du volcan, notamment lors d’éruptions. En 1981, à l’initiative des commandants Yvon Lucas puis Mollaret a été créé l’Équipe légère d’intervention (ELIG) de la gendarmerie, ancêtre du Peloton de gendarmerie de haute montagne. L’ELIG, sous les ordres du commandant Mollaret, va fournir le soutien logistique indispensable. En octobre 1982 a lieu une première tentative. Faute de moyens techniques, elle ne livre qu’une faible partie des secrets de la Soufrière. Quatre mois plus tard, les gendarmes déploient les grands moyens. "C’est le commandant Mollaret en personne qui dirigeait l’opération secondé par l’adjudant-chef Icéaga, écrit Jean-Pierre Santot dans le Journal de l’île du 2 mars 1983. Au total, neuf gendarmes de l’ELIG et de la brigade montagne de Saint-Pierre. Une chèvre constituée de deux gros madriers ancrés dans la roche a été posée transversalement au-dessus du gouffre. Trois poulies y ont été accrochées. Deux treuils à filin d’acier utilisant les poulies extrêmes ont permis dans un premier temps de descendre deux hommes à la fois. Cinq cents mètres de filin d’acier, plusieurs kilomètres de corde, pitons, mousquetons et jumars poignées pour aider à la remontée sur corde, deux treuils mécaniques, éclairage de surface sur groupe électrogène, éclairage au fond sur projecteurs à accus, huit postes de radio pour les liaisons entre la surface et le fond du gouffre et tout un matériel de survie nécessaire pour établir un camp de surface pour une quinzaine de personnes." Le piton de la Fournaise ne reverra jamais une exploration d’une telle ampleur. Elle permettra l’installation d’appareils de mesures au c ?ur de la Soufrière. Deux sondes thermiques sont mises en place, l’une à mi-hauteur, l’autre au fond. Elles sont complétées toujours en profondeur par un sismographe et une électrode à polarisation spontanée. Cette huitième station de surveillance du volcan à 200 m en dessous de la surface du sol restera la plus profonde à avoir été implantée par les scientifiques. Mais elle ne survivra pas plus de quelles années aux éboulements qui se sont par la suite produits...

Alain Dupuis avec François Martel-Asselin