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ARTICLE DU 18/04/2007



La Soufrière à son tour victime du volcan


La station sismique « Soufrière » a été perdue. Elle était située entre la Soufrière (visible à gauche) et le cratère Dolomieu, à droite
(photo d’archives/F. M.-A.)

La Soufrière, un des jalons du sentier du tour des cratères, a en partie disparu du paysage du sommet du volcan. Un nouvel effondrement a emporté cette fois 30 à 40 mètres du rempart nord du cratère Dolomieu, faisant disparaître en même temps une station sismique de l’observatoire volcanologique.

Ce gouffre d’une quarantaine de mètres de diamètre était né en 1964 à proximité immédiate du cratère Dolomieu, à la suite d’une éruption latérale du piton de la Fournaise. Large de quelques mètres à l’origine, il s’était élargi progressivement jusqu’à atteindre 40 mètres de diamètre, obligeant l’Office national des forêts à élargir le périmètre de protection matérialisé par une double clôture. Et ceux qui pressentaient sa possible disparition par intégration pure et simple au cratère Dolomieu ne s’étaient pas trompés. Mais cette fois, ce n’est pas la Soufrière qui s’est élargie mais bien le Dolomieu qui l’a avalée ! Enfin presque : il n’en reste plus qu’une moitié. C’est l’observatoire volcanologique qui a fait la découverte hier en début d’après-midi lors d’une mission de contrôle de son réseau. Sa station sismique installée à quelques mètres de la Soufrière ne répondait plus (notre édition d’hier) et les scientifiques se demandaient si la poussière des effondrements avait aveuglé les panneaux solaires permettant de l’alimenter en énergie ou si elle avait plongé dans le gouffre de 300 m de profondeur qui s’est ouvert dans le cratère Dolomieu le 6 avril dernier. La station est donc perdue. A titre préventif, l’observatoire a démonté ailleurs un théodolite automatisé très coûteux (utilisé pour mesurer en permanence des distances dans le cratère) afin d’éviter une nouvelle déconvenue. « Aucune activité superficielle et aucune source de chaleur n’a été vue dans le Dolomieu lors du survol », précise l’observatoire qui a eu recours à sa caméra thermique.

François Martel-Asselin


Une réalimentation profonde en cours ?

Si le trémor éruptif lié à l’effusion de lave au niveau de la fissure située vers 650 m d’altitude dans le Grand-Brûlé a encore diminué légèrement hier, l’observatoire volcanologique enregistre toujours des « gas pistons » (dégazage en bouffées) « probablement en profondeur et sous le Dolomieu », note son bulletin d’hier après-midi. Dans le Grand-Brûlé, le rythme des coulées varie toujours d’heure en heure. Par ailleurs, indiquent les scientifiques, « nous observons des séismes profonds sous le sommet en dessous le niveau de la mer, qui peuvent indiquer une réalimentation profonde ». Si la plupart des événements sont qualifiés de « petits », l’un d’entre eux, hier, sortait du lot, localisé à 5 kilomètres sous le niveau de la mer (soit 7, 5 km sous le sommet). Alors que l’éruption suit son cours, alimentée à partir de la chambre magmatique du piton de la Fournaise, localisée entre le niveau de la mer et 500 mètres d’altitude, il n’est pas exclu qu’une telle réalimentation profonde permette à l’éruption, qui fonctionne comme un robinet déjà ouvert, de s’installer dans la durée. Si une telle perspective devait se vérifier, la DDE n’aurait plus qu’à s’atteler à la conception d’un viaduc permettant de franchir durablement le Grand-Brûlé sans se soucier des caprices du volcan...