Le cratère Dolomieu s’est effondré une seconde fois hier après-midi et menace désormais d’emporter son voisin dans sa chute.
La Fournaise dopée par les secousses. Alors qu’on imaginait une accalmie après l’annonce de la “fin” de l’éruption, mardi après-midi, le piton de la Fournaise est parti dans un scénario à rebondissements. Les effondrements à répétition au sommet à plus de 2 600 mètres d’altitude exercent une influence visible sur l’activité au niveau de la fissure éruptive qui s’est ouverte le 2 avril à 500 mètres d’altitude dans le Grand-Brûlé. Hier soir, de nouvelles coulées bien alimentées atteignaient en effet à nouveau l’océan.
D’AUTRES SURPRISES À ATTENDRE
Il est 15 h 05 hier après-midi lorsque les caméras de l’observatoire volcanologique braquées sur le piton de la Fournaise voient surgir un panache caractéristique au-dessus du sommet du volcan. Distante d’environ trois kilomètres du sommet, la caméra du piton de Partage - en réalité une “webcam” programmée pour transmettre une image toutes les cinq minutes - est basculée sur un mode d’acquisition plus rapide. Les volutes grises montent dans l’atmosphère, prennent de l’ampleur, avant de commencer à s’étaler lentement puis à se dissiper. Une autodestruction programmée. Un séisme de forte magnitude, après une journée déjà assez agitée sur le plan sismique, est assez puissant pour saturer un capteur de l’observatoire installé à Cilaos. C’est lui qui est à l’origine de ce second effondrement du cratère Dolomieu intervenu après celui de vendredi qui a ouvert un gouffre de 300 mètres de profondeur au sommet du volcan. À cette heure, on ignore pourtant tout encore des conséquences de ce nouvel événement. Il faut attendre la fin de l’après-midi et un survol à l’initiative de l’équipe de RFO du Sud qui suit l’éruption pour en savoir un peu plus. La machine embarque Thomas Staudacher, responsable de l’observatoire volcanologique. De toute évidence, non seulement la scène de ménage de mardi autour des panneaux solaires devra être réitérée, vu le nuage de poussière expulsé hier par le volcan, mais surtout la transformation du sommet du piton de la Fournaise en train de s’opérer risque de dépasser l’imaginable : le volcan est en train de s’autodétruire purement et simplement puisqu’un pan entier du cratère Bory, affaissé, est désormais prêt à basculer dans le cratère Dolomieu ! Pour cela, il n’a eu qu’à suivre une ligne de faille prédécoupée, parfaitement visible sur les photos aériennes, aujourd’hui à deux doigts de faire le grand saut. Plusieurs des banquettes demeurées à peu près en place essentiellement dans l’est du Dolomieu après l’effondrement initial de vendredi dernier ont pour leur part sombré corps et biens cette fois, réduites à un chaos de blocs entassé au fond du Dolomieu. Hier soir, Thomas Staudacher se déclarait incapable d’évaluer la nouvelle profondeur du cratère, dont le fond est de toute façon envahi par les éboulis. Et sans doute les observateurs du volcan ne sont-ils pas au bout de leurs surprises.
F.M.-A.
Autant en emporte le vent
Les webcams de l’observatoire volcanologique ont permis de suivre pas à pas les émanations du piton de la Fournaise. Ainsi, le nuage se dirige visiblement vers la caméra du piton des Basaltes, située à l’ouest-nord-ouest du sommet, à sept kilomètres de là, au niveau du pas des Sables, près de l’oratoire Sainte-Thérèse. Pas de quoi s’affoler pourtant, puisque le Centre conseil en cendre volcanique de Météo-France à Toulouse (VAAC, Volcanic Ash Advisory Center), compétent pour la zone Europe-Inde-Afrique n’émet qu’un simple avis à destination des pilotes de ligne. Météo France, à la Réunion, indique pour sa part en fin d’après-midi que sont attendues « des retombées de poussières volcaniques dans une zone comprise entre Sainte-Rose et Saint-Pierre (...) atténuées toutefois par des averses ». Dans la soirée, aucune vague de témoignages massive n’avait cependant touché les radios locales.
L’échelle de Picard
Yves Picard, responsable du gîte du volcan, était en train d’effectuer des travaux sur le plafond du snack-relais du pas de Bellecombe lorsqu’il a entendu un vacarme lui laissant penser que ses ouvriers avaient laissé tomber des matériaux. “J’ai cru qu’on avait bousculé mon échelle”, ajoute notre Richter qui est passé à deux doigts d’une vocation. Depuis quelques jours, la fréquentation du pas de Bellecombe est en chute libre en raison de l’interdiction non seulement de tous les sentiers du secteur mais aussi ... du belvédère, les visiteurs étant priés de rester sur le parking, une consigne très peu respectée de toute façon. On n’est jamais assez prudent sans doute.