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ARTICLE DU 12/04/2007



Une cellule d’aide psychologique au Tremblet


Des écoutants formés à ce type de situation de crise se relaieront jusqu’à samedi pour rencontrer les habitants du Tremblet
Photo J.-Ph.L.

Au cœur de l’actualité pendant une semaine, les riverains du Tremblet ne se sont jamais sentis aussi délaissés et isolés. Toujours sous le choc de l’évacuation, ils sont désormais épaulés par une cellule d’aide psychologique.

“On se dit qu’on est dans un film. Et puis quand on sort de la maison, qu’on voit tous ces arbres brûlés, on réalise que tout ça est vrai”. Vingt-quatre heures seulement après la fin annoncée de l’éruption, les riverains du Tremblet restent toujours sous le choc. Toute la journée d’hier, la lave à continuer à s’écouler lentement et presque sans bruit le long du rempart. L’odeur est pareille à celle laissée par un incendie de forêt. Le paysage, autrefois luxuriant, n’est plus qu’une forêt desséchée et jaunie par une semaine d’éruption. “On dit que tout est fini mais ce n’est pas vrai. La lave coule toujours à côté de chez nous. a ne s’arrête pas. On ne peut pas tourner la page”, déplore Céline*, évacuée de la pointe du Tremblet vendredi après-midi. Comme elle, une quinzaine d’autres personnes ont pu rencontrer, hier matin, l’écoutante de la cellule d’aide psychologique mise en place par la ville et la préfecture à la demande des habitants eux-mêmes. “On a besoin de parler, de vider notre sac”, confie Céline. “Il faut mettre des mots sur ce qu’on ne comprend pas”, ajoute Eric, lui aussi évacué du Tremblet en fin de semaine dernière. Pour toutes ces personnes, l’agitation inhabituelle qui s’est emparée de leur paisible village a été vécue comme un traumatisme. Plus que le grondement sourd des torrents de lave, les pluies acides ou les pluies de sable chaud, c’est la quasi-indifférence à leur égard qui les a fait souffrir.

“L’ÉVACUATION NOUS A SOULAGÉS”

“On voyait les élus et les gendarmes passer à côté de chez nous. Jamais personne n’est venu nous voir pour prendre des nouvelles. C’est comme si on nous avait mis en quarantaine. Nous étions des pestiférés”, estime Marie-Aline, dont la maison, située au Tremblet, n’a pas été touchée par les retombées du volcan. Pendant plusieurs jours, les barrages mis en place par les gendarmes ont obligé les habitants de cette zone a montrer patte blanche. Même leurs familles n’étaient pas les bienvenues. Seuls les journalistes, les scientifiques et bien sûr les autorités auxquels se sont joints quelques observateurs attentifs du volcan se sont rendus au Tremblet. La crise passée, il faut aujourd’hui panser les plaies. Madée Payet, l’une des écoutantes de l’association Ariv (Agence réunionnaise de l’institut de victimologie), était chargée, hier, de rencontrer plusieurs familles du Tremblet. “On sent la population sous le choc, explique-t-elle après avoir rencontré une quinzaine de personnes dans la matinée de mercredi. Certains font des cauchemars. Les enfants se réveillent la nuit. Mon rôle est d’écouter et d’acquiescer. Il faut que les personnes se soulagent en exprimant leurs souffrances et leurs peurs”.

TOURISTES ET VISITEURS REDOUTÉS

Dans les écoles, certains instituteurs n’ont pas attendu ces conseils pour faire de même. “J’ai réuni les enfants de ma classe et on a discuté”, raconte un instituteur. “Ils ne sont pas vraiment traumatisés mais ils se posent beaucoup de questions et leur imaginaire déborde. C’est pour ça, explique-t-il en se tournant vers l’une de ses voisines, qu’ils ont dit à ta petite fille que sa maison allait brûler.” Rien de tout cela bien sûr ne s’est produit. Mais l’évacuation à vitesse grand V de toute la population du Tremblet a réveillé des peurs enfouies depuis longtemps. Cinq jours après l’opération, plusieurs habitants assurent entendre encore les sirènes des véhicules de gendarmerie. “En même temps, tempère un riverain, l’évacuation nous a soulagés. Il ne pouvait plus rien nous arriver”. Au retour d’un week-end passé loin de chez eux, les surprises n’ont pas manqué. “C’est l’incompréhension, lance une autre personne. Les élus ne sont pas venus. On nous dit que l’éruption est terminée alors qu’on voit la lave couler. Et l’eau potable n’est pas potable”. Sur ce point, la population du Tremblet replonge brutalement dans son quotidien de l’avant éruption. Soumis à des coupures régulières depuis le mois de décembre, ce n’est que sporadiquement qu’ils ont de l’eau. Mardi, des associations et des restaurateurs sont justement venus leur apporter des bouteilles du précieux liquide. “C’était comme un convoi qui transportait de l’or, ironise Céline. C’était trois bouteilles par personne et il fallait montrer patte blanche en déclinant notre identité”. Les écoutantes de l’Ariv, qui se relayeront jusqu’à samedi, dresseront un bilan détaillé de leur opération. Elles savent déjà qu’une crainte s’est emparée des habitants du Tremblet. “Ils supporteraient très mal une vague de touristes, anticipe Madée Payet, qui viendraient armés de leurs caméras et appareils photo pour voir l’éruption. Il y aurait un décalage avec leur souffrance”.

Jean-Philippe Lutton


Le Tremblet inaccessible

La fin de l’éruption ne signifie pas la levée des barrages. le Tremblet reste inaccessible aux visiteurs qui viendraient simplement voir la coulée. La pointe du Tremblet est d’ailleurs gardée par plusieurs gendarmes qui interdisent la descente dans les rampes. les éboulis continuent en effet de s’y succéder. Même chose pour le point de vue depuis le rempart dont la bordure menace de s’effondrer. les travaux de consolidation de l’ensemble devraient débuter en fin de semaine. Le dispositif de la gendarmerie reste en place jusqu’à nouvel ordre.

Commentaire : La presse ce grand Satan

La presse fait fuir les touristes ! Ce refrain, entendu à chaque nouvelle crise, est encore d’actualité. Cette fois, plusieurs opérateurs touristiques ne se privent pas d’expliquer, sur les ondes radios, que les médias feraient mieux de parler “du fabuleux spectacle” offert par le volcan au lieu de s’épancher sur “le monstre” et ses conséquences. Mais de quel spectacle parlent-ils ? Des agriculteurs floués, des habitants traumatisés, des touristes bloqués à Saint-Philippe sans pouvoir observer la coulée ? Ou encore de ceux et de celles qui n’ont pu accéder aux coulées - uniquement du côté de Sainte-Rose - à partir de dimanche ? Les touristes présents sur l’île la semaine dernière ont effectivement vu la coulée. A la télé et dans la presse, comme des millions d’autres Français.