Le volcan joue les prolongations
Quelques heures après la fin annoncée de l’éruption, mardi après-midi, des coulées ont à nouveau été aperçues dans le Grand-Brûlé dans la soirée. L’une d’elles se jetait toujours à la mer hier soir. Il ne s’agit cependant ni d’un miracle de la Fournaise ni d’une reprise de l’activité mais plus probablement de la vidange du fond du stock de magma qui a alimenté l’éruption.
Un trémor éruptif faible mais stable subsistait hier en début de soirée. Ce signal sismique indique que la lave s’écoule. Selon l’observatoire volcanologique, il est réapparu progressivement dans la soirée de mardi, “vers 20 h 30 et pendant 1 h 30, relativement faible”, alors que les capteurs du réseau de surveillance du piton de la Fournaise avaient noté sa disparition en début d’après-midi. Ensuite, “toutes les deux heures environ”, des “bouffées de trémor” ont été observées, toujours de faible intensité. Hier en fin d’après-midi, le trémor s’est stabilisé à une niveau faible. Les habitants du Tremblet et les visiteurs présents dans le Grand-Brûlé ont été les premiers étonnés d’assister à ce qu’ils ont assimilé aussitôt à une “reprise” de l’éruption, mardi soir. Une lave fluide, donc très dégazée, a pris la direction de l’océan. Un bras principal, large d’une cinquantaine de mètres dans la journée d’hier, longeait le rempart du Tremblet. Mais la coulée est devenue en gratons en milieu de journée avant de se figer et noircir en fin d’après-midi. A cette heure, les fontaines de lave, bien visibles au niveau de la fissure éruptive à 500 m d’altitude dans la journée, avaient beaucoup décru, dépassant tout juste les lèvres du cone qui s’est édifié. D’autres bras arrivant à la mer étaient visibles plus loin au milieu du champ de lave qui a coupé la RN 2 sur 1,300 km. L’observatoire volcanologique a apporté hier son interprétation à cette reprise apparente de l’activité. Comme expliqué dans notre édition d’hier, même après la disparition du trémor et l’arrêt d’une éruption, la lave continue à s’écouler quelques heures, voire quelques jours, le temps que se vident ses conduits d’alimentation. Dans le cas de l’éruption présente, il faut peut-être aussi prendre en compte, soulignait hier soir Thomas Staudacher, responsable de l’observatoire, l’éruption au sommet du volcan, le 18 février dernier, à 2 500 mètres d’altitude. Le dyke (fissure souterraine) qui l’a alimentée pourrait être lui aussi en train de se vidanger, gonflant l’apport en magma à la sortie située 2 000 mètres en contrebas. Les effondrements sous le sommet, qui se poursuivaient hier soir, pourraient également jouer un rôle en engendrant une pression supplémentaire. Si cette hypothèse est la bonne, le piton de la Fournaise ne devrait pas jouer les prolongations outre-mesure, la source de lave finissant par se tarir.
François Martel-Asselin