Le mystère des abysses reste entier
Une trentaine d’espèces, près de 300 spécimens de poissons ont été repêchés au large de l’éruption. Reste à les identifier.
Photo Ludovic Laï-Yu
En deux jours, 300 spécimens représentants une bonne trentaine d’espèces de poissons ont été récupérés au large de la plateforme, à l’endroit où la lave rencontre la mer. Pour la première fois à La Réunion, voire peut-être pour certaines espèces dans le monde, la faune des abysses se retrouve à la surface, l’effet d’un volcan terrestre est constaté sur elle... C’est une aubaine pour la science. Les spécialistes vont plancher dessus “plusieurs mois avant de pouvoir tirer des conclusions”.
L’océan recèle un nombre conséquent de mystères. Le monde sous-marin reste inconnu, et notamment les profondeurs abyssales. Les poissons repêchés au large de la coulée de lave dimanche et lundi pourraient apporter un peu de lumière dans ce monde où l’obscurité règne (lire nos précédentes éditions). “Au total, ce sont 300 individus correspondant à une bonne trentaine d’espèces que nous avons collectées sur deux jours. Ils flottaient au-dessus d’une nappe chaude créée par l’activité volcanique s’étalant grosso modo sur 400 m au large des coulées et plongeant à 500 m de profondeur”, explique Alain Barrère, conseiller scientifique, membre du Centre de documentation et de diffusion du volcanisme ainsi que découvreur de ces fameux poissons (le club de plongée de Sainte-Rose, l’Arvam et un cinéaste sous-marin étaient également de l’aventure). “Certaines de ces espèces évoluent entre 60 et 80 m, d’autres entre 200 et 300 m, d’autres encore jusqu’à certainement plus de 500 m.” En somme, il est question de la faune aquatique qui peuple ce que l’on appelle la zone crépusculaire (entre 200 m et 1 000 m de profondeur). Les conditions de vie y sont extrêmes. La lumière y perce très faiblement. Les créatures qui s’y sont acclimatées ont donc développé des organes bioluminescents pour certaines. Leurs yeux sont démesurés pour pouvoir capter le moindre éclair de lumière... On imagine les applications scientifiques qui pourraient en découler. Sans compter leurs bouches énormes pouvant attraper toute nourriture passant à proximité.
B.G.