Au cours de la première partie du XXe siècle, le minéralogiste Alfred Lacroix s’intéresse de très près au piton de la Fournaise mais aussi au Karthala aux Comores. En 26 ans, de 1911, date de son unique visite à la Réunion, à 1937, il note minutieusement les changements au sommet, avec l’appui de correspondants établis dans l’île.
Le 28 octobre 1911
Alfred Lacroix en personne entreprend l’ascension du sommet du piton de la Fournaise. “Lorsque je suis arrivé, au lieu d’y trouver le cratère Dolomieu décrit avec de nombreuses variantes par ceux qui m’avaient précédé, je n’ai pas trouvé de cratère du tout. Le sommet du piton était formé par une sorte de petit plateau bombé occupant la place du cratère”.
En 1927
Le Dr Auzoux, chef du service de santé de la colonie, effectue une ascension rapportée par Alfred Lacroix. “Sur l’emplacement du plateau de 1911, il avait observé une dépression peu profonde, comparée par lui à une assiette creuse et ayant un diamètre d’une centaine de mètres. C’était le début du phénomène dont nous allons suivre le développement.”
En aout 1929
“M. Jean a trouvé à cette même place un véritable cratère qu’il a qualifié de trou énorme d’où s’échappaient des fumerolles alors qu’il n’en existait plus dans l’enclos Vélain.”
En 1930
M. Aubert de la Rüe “trouve l’embryon de cratère circulaire de 1929 plus accentué que dans la description de M. Jean. Il a estimé son diamètre à 400 ou 500 mètres et sa profondeur à 50 m. Son bord le plus élevé était du côté de l’ouest où il formait alors une séparation très nette avec l’Enclos Vélain”. Ce n’est que le 13 novembre 1933 que l’effondrement est constaté. “Il s’est produit au milieu des coulées de laves de l’enclos Vélain. Il a 100 à 150 m de diamètre et 30 à 40 m de profondeur. Il est entouré d’une série de fissures de 20 à 30 m de longueur orientées grossièrement du nord-ouest au sud-est et se dirigeant de la direction du cratère Bory aux alentours du cratère Dolomieu... À ce moment, il existait donc trois dépressions cratériformes bien distinctes l’une de l’autre : le cratère Dolomieu rouvert, un gouffre entaillé dans l’enclos Vélain. Le cratère Bory. Les deux premiers seuls étaient actifs”.
Au mois de janvier 1934
La situation a encore évolué. “L’effondrement de l’Enclos Vélain s’est prolongé vers l’est par suite de la disparition de la cloison le séparant du cratère Dolomieu. Alors le fond de ce que j’appellerai désormais le nouveau cratère était surélevé du côté du Bory et en contrebas du côté du cratère Dolomieu.” En septembre 1936, Alfred Lacroix dispose pour la première fois de photos aériennes grâce à la mission conduite à la Réunion par le commandant Wachenheim, chef de l’aéronautique à Madagascar et le photographe Jean Arnoux. “Le sommet du Dolomieu tel qu’il existait en 1911 et la majeure partie de la grande nappe de lave descendue dans le fond de l’Enclos Vélain ont disparu. De cette nappe de lave, il ne reste plus qu’un lambeau contigu à la falaise du piton Bory.”