Les habitants du Tremblet ont passé la première nuit chez eux après l’évacuation de vendredi. Rassurés et heureux de retrouver leur maison, ils doivent maintenant nettoyer le sable et faire face aux problèmes du quotidien : hier après-midi, l’eau n’était toujours pas disponible au Tremblet.
Ça ne s’arrêtera donc jamais. A peine autorisés à repasser la nuit chez eux, les habitants de la pointe du Tremblet ont découvert une nouvelle coulée presque à leurs pieds, hier après-midi, à 15 h. Alors que les torrents de lave ont laissé place à une plaine lunaire surmontées de fumerolles, une nouvelle rivière de feu a dévalé la pente de l’enclos en longeant le rempart.
200 Kilos de vanille perdus
De quoi donner raison à ceux qui hésitent encore à regagner leur domicile. « Je ne pense pas dormir ici ce soir, assure Marie-Jeanne Bertile. Le volcan me fait peur. » S’il continue à cracher, l’activité visible de celui-ci s’est réduite depuis samedi. L’épaisseur de lave recouvrant la route nationale est tout de même comprise entre huit et dix mètres. Hier, la préoccupation des riverains n’était plus d’observer la coulée mais bien de nettoyer leur case. Les pluies de cendres et de sable ont laissé une épaisse pellicule sous les varangues et les jardins. Les toits des maisons sont également recouverts de sable qu’il faut aujourd’hui retirer. « J’ai nettoyé toute ma maison. Avec les allées et venues, tous les sols sont noirs », explique une habitante. Mais comme si la semaine écoulée et son lot de galères n’étaient pas suffisants, les riverains doivent faire face aux coupures d’eau. Celles-ci sont régulières depuis le début de l’été. A cela, il faut ajouter l’environnement de fin du monde qui sied maintenant au Tremblet. La végétation a littéralement cramé à cause des pluies de cendre et de sables chauds. On se croirait en plein automne, dans le nord de la métropole. « Mais tout ça repoussera très vite, assure Pierre Bertile. Il pleut souvent ici, je ne me fais donc pas de souci. La nature est trop forte. Elle reprendra rapidement ses droits ». Même si les dégâts sont finalement limités, plusieurs agriculteurs ont perdu leurs champs de vanille situés sur le passage de la coulée. « Cette année, on devra se priver d’une récolte de 200 kilos, regrette Marie-Jeanne Bertile. Mon mari avait pourtant beaucoup travaillé. »
Le volcan est un vieil ami
La coulée laissera également des traces dans la mémoire des habitants.déjà marqué par les souvenirs de 1986, ils doivent aujourd’hui vivre avec l’évacuation de vendredi. « Ça va rester graver dans nos mémoires, assure Marie-Jeanne Bertile. J’ai encore le bruit des sirènes dans ma tête quand il s’est agi d’évacuer ». « Il nous faudra du courage », continue l’un de ses voisins alors que tous ses plans de palmistes sont brûlés. « Ma fille a voulu partir de la maison quand elle est rentrée, raconte Micheline Payet.elle n’est pas habituée à voir tout ça. Nous, on a déjà vécu l’évacuation de 1986. » Il faudra maintenant rajouter celle de 2007. La population confie toutefois être soulagée de voir la menace d’une coulée hors enclos s’éloigner et de pouvoir rentrer chez eux. D’autant que ceux qui ont dormi au centre d’hébergement critiquent l’accueil fait par la ville. « Mais le plus dur est passé, constate Micheline Payet. Vendredi, quand j’ai entendu les sirènes des gendarmes je me suis dit que, ça y’est, la lave coule hors enclos. Maintenant ça va mieux. » Dès aujourd’hui, l’école du Tremblet sera ouverte. Le ramassage scolaire fonctionnera également. Reste que « le monstre » est toujours prês à cracher sa lave et à menacer les habitants du Tremblet. « On aime notre vie ici, lance Micheline Payet. Même si les coulées sortent de l’enclos, on se sauvera quand il faut puis on reviendra. Le volcan ne nous fait pas peur ». « C’est un vieil ami », reprend Pierre Bertile. Un vieil ami qui n’hésite pas à pousser de grosses colères.
J.Ph. L.

