L’éruption du piton de la Fournaise se poursuit, depuis plus d’une semaine maintenant, avec des variations d’activité d’une heure à l’autre, mais néanmoins stable. Hier soir, de nouvelles et imposantes coulées s’engouffraient paisiblement au pied du rempart du Tremblet, pour se jeter à la mer.
Toujours bien actif
L’activité visible semblait marquer une pause, dimanche. Simple effet d’optique, la lave circulait peut-être en tunnel, ou s’accumulait ici ou là, invisible. Hier matin, un bras a débordé quelques heures côté nord pour se jeter à la mer. Hier après-midi, une autre résurgence a pris la direction de l’océan au pied des rampes du Tremblet, côté sud. Très actif hier soir, il générait une coulée d’une cinquantaine de mètres de large qui a impressionné les observateurs perchés au-dessus de la pointe du Tremblet.
Actuellement, près de 1300 mètres de route nationale ont été recouverts par la lave.
Un séisme, un panache.
Hier vers 18 h, un gros séisme a été enregistré par l’observatoire volcanologique, qui a entraîné l’expulsion d’un panache de poussière, sans doute lié à un nouvel effondrement plus important que les autres. Depuis l’effondrement colossal qui a laissé un gouffre de près de 300 mètres de profondeur à l’intérieur du cratère Dolomieu vendredi, la sismicité s’est toutefois calmée, même si des petits effondrements s’y produisent encore de manière quasi permanente.
Retour au Tremblet
Le risque d’une éruption hors enclos ayant très largement diminué, tous les habitants, même ceux habitant au plus près de l’enclos, ont été autorisés à regagner leurs pénates. Le système d’alerte et d’évacuation reste néanmoins activé et seuls les riverains sont autorisés à accéder à la zone, protégée par des barrages de gendarmerie.
L’éruption à 360°, un choc Les amateurs de paysages de la Réunion connaissent déjà tous le site internet panoramas.re d’Hervé Douris, avec ses vues à couper le souffle dans lesquelles on peut se déplacer dans l’espace en pivotant dans tous les sens, à 360° donc. Le photographe est présent depuis quelques jours sur le site du magazine Choc, à l’adresse http://www.choc.fr/360/panoramas/eruption_reunion.htm, avec une vue de l’éruption en cours, du sommet des montagnes au battant des lames. Les “panoramistes” français forment une petite communauté. Ils sont en effet peu nombreux à (bien) maîtriser cette technique encore confidentielle, surtout en matière de reportage. L’image en question a été prise il y a tout juste une semaine, le mardi 3 avril à 17 heures, un peu plus de 24 heures après le début de l’éruption. “J’aime bien cette heure là sur les pentes car la lave prend une bonne luminosité, confie Hervé Douris. Temps calme avec un léger vent nord qui nous a permis de passer verticale de la coulée sans turbulence ni gaz. On a pas mal tourné pour des photos traditionnelles. Le temps commençait à presser car il nous fallait rentrer avant la “nuit aéronautique” et on a fait le panoramique au dernier moment, plutôt bâclé pour la prise de vue. Du coup ça a été une vraie galère à assembler. Question survol, le renforcement de l’éruption a entraîné l’édition d’une note aéronautique qui nous a empêché de revoler : altitude mini 300 mètres et surtout pas de survol dans un rayon de 3 000 mètres autour de l’éruption et du sommet. Donc aucune possibilité d’approcher valablement.” Mais cela nous suffit déjà.
Un promontoire s’est dessiné en l’espace de huit jours,
qui va modifier pour longtemps le trait de côte,
même si l’océan va se charger de défaire ce que le volcan a construit.

Les coulées ont repris de plus belle hier matin,
côté Sainte-Rose et surtout hier soir du côté Saint-Philippe.

Les fontaines de lave à 500 mètres d’altitude ont repris de la vigueur hier en fin d’après-midi,
après un séisme qui venait d’ébranler le massif semble-t-il.

Un champ de coulée large de 1,3 kilomètre désormais coupe la route nationale 2
et nul ne sait quand le piton de la Fournaise se calmera.
photos Serge Gélabert

La pointe du Tremblet, dans le prolongement du rempart sud de l’enclos
va-t-elle pouvoir encore contenir longtemps les laves qui s’accumulent le long de la côte ?
Le basalte ancien, la mer et les coulées nouvelles s’y livrent une féroce bataille

En contrebas du village.
La pointe du Tremblet rougeoie au loin. La mer s’illumine.
Depuis une semaine, les pêcheurs ne vivent plus comme avant,
le volcan les prive de leur outil de travail.
photos Marie-Pierre Bonne

La presse nationale en ébulition
L’éruption du piton de la Fournaise a bénéficié hier d’un regain d’intérêt auprès des médias métropolitains hier. Diversion idéale un lundi de Pâques pour soulager les lecteurs-auditeurs saturés de présidentielle ou fascination réelle pour des phénomènes “inédits” ?
Chaînes de télévision, presses nationale et européenne ont largement commenté les incartades du piton de la Fournaise la semaine dernière, avec les péripéties qui ont secoué le village du Tremblet : la perspective de “populations” jetées à la rue par le volcan avait capté leur attention. Ensuite, la fausse alerte de vendredi a fait quelque peu retomber le soufflé. Mais le déclic est venu hier, avec le récit de l’expédition au sommet du volcan d’une équipe du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme (CDDV) publié dans le Journal de l’île d’hier, également mis en ligne sur www.clicanoo.com. Ce récit, repris en outre par une dépêche AFP dans la journée, a déclenché un autre genre de séisme : le “paysage d’apocalypse” évoqué à la une du JIR pour décrire les profondes transformations du sommet du piton de la Fournaise a suffi à réveiller des âmes d’aventurier. Plusieurs des membres de l’expédition ont été sollicités dans la journée pour livrer leur témoignage à des radios et télés parisiennes... De même, l’autre révélation du jour, toujours dans le Journal de l’île d’hier, de ces poissons jusqu’alors inconnus dans les eaux réunionnaises, a suscité la passion. Libération n’hésite pas à titrer sur son site internet : “Sous la lave du piton, les “mystères” de la Réunion”. L’AFP s’enflamme : “L’éruption volcanique dévoile des phénomènes inédits sur l’île”.