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ARTICLE DU 09/04/2007



Les restaurateurs rient et les pêcheurs pleurent


Toto a un beau vivaneau entre les mains.
Le poisson finira au frigo, faute de clients !
photos Richel Ponapin

L’éruption du volcan attire du monde ces jours-ci sur le territoire de la commune de Sainte-Rose. Une belle aubaine pour les restaurateurs. Mais le poisson se fait rare au bout de l’hameçon en raison de la température de l’eau qui avoisine les 40 °C. Beaucoup de poissons sont morts depuis l’éruption. La grogne s’empare des pêcheurs...

D’habitude, on n’a que deux ou trois tables. Mais depuis l’éruption, on a au moins une quarantaine de couverts.” Depuis une semaine, tout le restaurant “Le Bel Air” sur la RN2 est en ébullition. Aux fourneaux, Bernadette Naralingom s’active... Cabri massalé, civet coq : il faut que tout soit prêt dans les temps ! Ce week-end, ces deux caris figuraient sur le menu créole à 17 euros qui comprend une entrée, un plat et un dessert. La clientèle est en grosse partie métropolitaine. Il y a des touristes surtout. Dans la salle de restauration, les baies vitrées offrent une vue directe sur les jets de lave et sur les fumées qui s’échappent de la mer. Un spectacle impressionnant et passionnant à découvrir tout en faisant plaisir à son estomac... Pourquoi s’en priver ! “Les gens viennent surtout pour la vue sur l’éruption et sur les projections de laves”, admet Bernadette Naralingom. Face à l’affluence, le restaurant Le Bel Air a décidé d’ouvrir ses portes le soir également depuis vendredi. Un geste apprécié par tous ceux qui sont allés découvrir le volcan de nuit... “Le soir, on voit descendre la coulée de la lave”, confie encore la cuisinière.

TOUR DE L’ÎLE IMPOSSIBLE

Des locaux et des touristes à Sainte-Rose : cela profite également aux responsables de l’hôtel-restaurant “Le Joyau des Laves”. Viviane Spielmann, la gérante, estime à 20 % l’augmentation de clients. “Les gens qui viennent du Nord pour voir le volcan passent devant chez nous. Alors, ils s’arrêtent pour manger. Certains restent aussi pour dormir”, se félicite-t-elle. Seul ombre au tableau : les touristes locaux et étrangers ne peuvent pas faire le tour de l’île en passant par le Sud Sauvage. Résultat : des groupes de touristes de Saint-Pierre ont annulé leur séjour à Sainte-Rose, au Joyau des Laves. “J’ai eu des annulations jusqu’à fin mai”, regrette-t-elle. En ce dimanche pascal, le restaurant a du monde. “Mais c’est comme ça tous les ans”, confie Viviane Spielmann. Hier soir, elle a ouvert exceptionnellement...

L’EAU EST CHAUDE

Cette joie des restaurateurs tranche nettement avec le scepticisme, la déception et même la colère des pêcheurs. Sur le site de l’Anse des Cascades, les barques sont alignées. Il y a des pêcheurs qui sont partis en mer tôt le matin mais leur butin n’a pas dépassé 3 kg de poissons. “Cela ne sert à rien de sortir en mer”, affirme Jean-Paul, pêcheur professionnel. “Les poissons sont morts. L’eau est à 34° ici à l’Anse des Cascades mais à la Marine, elle fait 40 °C.” Jean-Paul, comme ses collègues pêcheurs, taquinent le cardinal, la licorne ou encore le cabot de fond. Mais il ne ramène plus que 2 voire 3 kg de poissons au lieu de 18 kg à 40 kg habituellement. “La pêche, c’est fini ! Ce n’est plus la peine de continuer”, lâche-t-il. “Je ne comprends pas pourquoi on incite les jeunes à faire ce métier puisque ce n’est pas un métier d’avenir. Il vaut mieux être RMIste, gronde-t-il. Et puis, il vaut mieux être plaisancier que pêcheur professionnel. En tout cas, avec les problèmes qu’il y a, les pêcheurs sont poussés à devenir braconniers.” Ça rouspète aussi du côté de “La poissonnerie des Cascades” tenue par Toto depuis quatre mois. “Tous les jours, on trouve des poissons morts. Les pêcheurs ramènent peu de poissons. Cela ne suffit même pas à payer les appâts... Lé grave”, dit-il. La poissonnerie est ouverte du mardi au dimanche de 10 à 18 heures. Mais les clients ne se bousculent pas trop au comptoir du poissonnier... Pas étonnant : ceux qui viennent apprécier le spectacle du volcan préfèrent souvent se restaurer sur place !

Juliane Ponin-Ballom