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ARTICLE DU 09/04/2007



D’étranges poissons repêchés au large de l’éruption


Selon les scientifiques, une centaine de cadavres de poissons flottent là où la lave se jette dans la mer.

Des scientifiques partis en mer à l’endroit où le volcan a retrouvé l’océan ont ramené à terre plusieurs espèces de poissons morts à cause de la chaleur ; des espèces inconnues semblant venir des profondeurs. Un phénomène qui ne s’expliquait pas encore hier. Il pourrait même s’agir d’une première.

Hier, l’équipe des plongeurs souhaitant filmer sous les flots, comme en 2004, la rencontre de la lave et de l’océan (voir notre édition du 5 avril) n’ont pu mener à bien leur projet alors qu’ils détenaient une autorisation de plongée émanant de la préfecture. Cependant, s’ils n’ont pu se mettre à l’eau, là où la lave se jette dans la mer, à cause d’un regain d’activité des coulées, des panaches plus violents et des conditions trop dangereuses, ils ont fait depuis leur bateau une découverte pour le moins inattendue et même “d’extraordinaire”. Alain Barrère, conseiller scientifique de la maison du volcan et membre de l’association Centre de diffusion du volcanisme, raconte : “Nous avons constaté à la surface de l’eau une mortalité assez forte de poissons dont certaines espèces semblent appartenir aux profondeurs de l’océan”. Il décrit : “Vous savez, ce genre de poissons étranges que l’on voit très pâles, comme s’ils étaient peu habitués à la lumière, avec des têtes et des nageoires aux formes inhabituelles”.

DES ESPÈCES INCONNUES

À première vue, la chaleur de l’eau les aura tués. Les scientifiques estiment que l’eau fait près de 70 °C en surface. Très surpris, le scientifique a pris quelques clichés dans le but de mettre un nom sur les poissons retrouvés dont certains, selon lui, pourraient même n’avoir jamais été identifiés aux abords de nos côtes. “Ces poissons sont caractéristiques des grandes profondeurs - de 70 à 200 m pour certaines espèces, de plus de 200 m pour d’autres, quelques espèces sont inconnues. Ces poissons sont remontés morts en surface, vessie natatoire gonflée, estomac dévaginé, yeux gonflés. Certains présentent une courbure à angle droit au niveau postcéphalique de la colonne. Ce phénomène montre que l’éruption a un impact violent sur la faune ichthyologique de grande profondeur”, conclut Alain Barrère. Les scientifiques ont déjà mis au point une hypothèse : la pente est très forte devant la plateforme de lave et l’arrivée massive de lave provoque des éboulements sous-marins amenant des matériaux chauds à de grandes profondeurs, tuant ainsi les poissons. Intéressé par cette découverte, Alain Barrère devrait se rendre de nouveau aujourd’hui au large de Saint-Philippe, là où la lave entre en contact avec la mer, afin de poursuivre l’étude de ce phénomène qui pourrait très bien être une première depuis que les scientifiques observent les coulées à La Réunion et peut-être même dans le monde...

Thomas Lauret



Quelques spécimens retrouvés font plus figure de “monstres marins” que de simples poissons.


Au large de Saint-Philippe, les scientifiques ont rapporté
“dans leurs filets” un échantillon d’une pêche peu commune.
Ce qui semble être pour certains des poissons vivant dans les grandes profondeurs de l’océan.
Les premières analyses sont en cours...

Photos DR