Avant que la nature ne commence à gommer les traces des profonds remaniements qui ont affecté depuis vendredi le sommet du volcan, où s’ouvre désormais un abîme d’environ 300 mètres de profondeur, une expédition a observé et immortalisé hier le nouveau paysage des cratères Bory et Dolomieu.
Membres du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme (CDDV), observateurs attentifs du volcan de la Réunion depuis plusieurs décennies pour certains, Jean Perrin, Jean-Luc-Chéron, Alain Bertil, Alain Mussard et Patrice Huet, photographe pour la Maison du volcan, se sont rendus hier matin au chevet du piton de la Fournaise. La baisse de l’activité sismique et l’arrêt de l’expulsion de panaches de cendres leur ont permis d’entreprendre cette expédition et ils ont ont pu accéder à un paysage encore vierge et non dénaturé. La prudence impliquait d’éviter la zone nord du cratère Dolomieu, où ont été projetés des blocs de 10 à 30 centimètres de diamètre (entre 5 et 75 kilos environ) identifiés sur les photos prises par l’observatoire volcanologique lors d’un survol, samedi. L’effondrement progressif de son plancher, à partir de vendredi matin, a été rythmé par des explosions accompagnées de l’expulsion de blocs rocheux et d’un panache de cendres de plusieurs centaines de mètres de hauteur, résultats de la déstabilisation des entrailles de l’édifice. L’éruption géante en cours à basse altitude contribuant à vidanger brutalement les chambres magmatiques, plus rien ne soutenait alors sa partie supérieure. Cette désintégration a provoqué la rencontre de couches souterraines imbibées d’eau et de magma résiduel, demeuré en place après les dernières éruptions, un mélange détonant : l’eau soudainement transformée en vapeur sous pression a fait sauter le couvercle du volcan transformé en marmite infernale. Le phénomène semble avoir duré trente-six heures tout au plus entre vendredi et samedi puisque les impressionnants panaches n’étaient plus guère visibles samedi en cours de journée.
Les cônes ont tous plongé
L’expédition, solidement équipée (casques, masques à gaz), s’est mise en route dimanche matin, après le lever du jour. « Un peu en-dessous du cratère Bory, rapporte Jean-Luc Chéron, nous avons commencé à marcher dans la cendre. Le plancher du Bory lui-même était recouvert d’une couche de deux à trois centimètres de boue collante. L’absence de cendres au fond de nouvelles fissures rencontrées sur le rempart près de la jonction avec le Dolomieu semble indiquer qu’elles se sont ouvertes après leur projection ». Comme on l’a vu sur les premières photos aériennes (notre édition de samedi), la paroi qui séparait partiellement les cratères Bory et Dolomieu s’est partiellement effondrée et présente une large échancrure. » Depuis le Bory, la vue est très impressionnante, avec la paroi nord du Dolomieu quasi verticale, sujette à des éboulements permanents », indique-t-il encore, hésitant à estimer la profondeur du gouffre qui a pris la place de la plate-forme connue des randonneurs depuis l’éruption du 30 août 2006 et dont on sait qu’elle avait fini de combler le cratère. « 200 mètres », risque-t-il avec prudence, alors que l’observatoire parle de 300 mètres... Il faudra atendre pour en avoir le cœur net. L’équipe a longé à distance respectable le bord sud du cratère Dolomieu, sujet à éboulements, jusque dans son secteur sud-est où se sont édifiés plusieurs cônes volcaniques au cours de l’éruption du 30 août. « Tous ont finalement disparu au fond du gouffre, alors qu’un semble encore subsister sur une photo prise vendredi soir. Trois « marches » sont visibles à cet endroit, panneaux effondrés au bord du rempart, séparés par un ressaut de plusieurs mètres », rapporte Jean Perrin. Les visiteurs n’ont pas progressé au-delà, optant pour un retour par le même chemin pour éviter la zone arrosée par les explosions phréatiques, en cas de reprise d’activité. Au passage, après contact avec l’observatoire, ils ont nettoyé les panneaux solaires indispensables à l’alimentation des stations du réseau de surveillance du volcan de la cendre humide qui les recouvrait. Surprise dans ce paysage exclusivement minéral, s’enthousiasme Jean Perrin, « nous avons trouvé au sommet (2 632 mètres d’altitude) non seulement des cheveux de Pélé mais des feuilles brûlées, sans aucun doute emportées dans le panache volcanique depuis la région du site de l’éruption, à 500 m d’altitude ! » Ces échantillons de végétation ont été collectés et remis à l’observatoire volcanologique pour identification et détermination de leur habitat afin de vérifier leur aire d’origine.
François Martel-Asselin
Le cratère Dolomieu, rempli à ras bord,
présentait un fond plat au niveau du sommet jusqu’à jeudi soir...
Il a commencé à s’effondrer la nuit suivante et sa profondeur atteindrait 200 à 300 mètres
photo Jean-Luc Chéron/CDDV
Plusieurs centimètres d’épaisseur de cendres agglomérées par l’humidité
condamnaient l’alimentation des stations de surveilllance du volcan.
Elles ont été nettoyées
Photo Jean Perrin/CDDV
Suprenante découverte que cette feuille brûlée, vraisemblablement entraînée depuis la fissure éruptive,
vers 500 m d’altitude,
jusqu’au sommet du volcan (2 632 m) par le panache de l’éruption,
entourée de cheveux de Pélé
Photo Jean Perrin/CDDV
Photo Jean Perrin/CDDV
Un trou de 50 millions de mètres cubes
Le Dolomieu s’est effondré pratiquement sur toute la surface, c’est-à-dire sur une surface de 1 000 x 700 m et une profondeur estimée pour l’instant à environ 300 m. L’effondrement a entraîné dans la partie nord et nord-ouest une dizaine de mètres du bord du Dolomieu, avec des parois presque verticales. Dans la partie est et sud les parois sont moins pentues. Aucune lave n’est plus visible au fond du cratère. Le volume peut être estimé à environ 50 millions de mètres cubes. Les forts séismes sous le sommet engendrent des éboulements locaux des parois, qui forment des panaches noirâtres, parfois assez intenses. La sismicité sous le sommet a diminué.