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ARTICLE DU 08/04/2007



“C’était vraiment l’image de l’exode”


"Il y avait de la solidarité entre les gens", se souvient en priorité l’ancien maire.

Véritable mémoire vivante, ancien directeur d’école, maire et conseiller général de Sainte-Rose (1977-1983), Alix Elma a dû gérer la catastrophe en liaison avec les autorités de l’époque. Alerte, évacuation, accueil des sinistrés, relogement, reconstruction, solidarité... l’ancien maire revient* sur le cours des événements.

Comment se sont passés les premières évacuations ?

"Jusqu’en 1977 j’ai toujours cru que les coulées du volcan se faisaient dans l’enclos du Grand Brûlé. Mais, le 8 avril vers 19h30, j’ai entendu des gens m’appeler dehors qui disaient « M. Elma le volcan i arrive sur Bois Blanc », je suis sorti et j’ai vu que la lave venait sur nous. J’ai téléphoné au sous-préfet de Saint-Benoît, qui à son tour a averti le préfet. Le plan Orsec a été déclenché aussitôt. Les visages étaient comme ceux que l’on voyait à la télévision, en France et dans les autres pays face à la guerre. Oui, c’était vraiment l’image de l’exode. On voyait les camions de l’armée arriver et partir, les gens affolés avec leur bagage et tout ça sous une pluie battante, mais il y avait de la solidarité entre eux".

Sainte-Rose a-t-elle facilement géré cette crise ?

"La solidarité des gens nous a facilité la tâche. Ceux qui disposaient de tracteurs, de camions ont prêté main forte à l’armée. Même les gens de passage sont venus donner un coup de main pour les évacuations. Le préfet Lami a passé la nuit sur Sainte-Rose, et le sous-préfet était sur Piton aux postes de surveillance. Puis, la lave s’est arrêtée à Bois-Blanc pour prendre la direction de Piton. Nous venions juste d’évacuer les premiers, on voyait les camions de l’armée, les bénévoles, partir dans tous les sens, dans un affolement général. Les gens n’ont pas pu emmener toutes leurs affaires, à cette époque tout le monde avait son petit élevage, ils ont tout perdu".

Quelles images gardez-vous du 13 avril ?

"On a vu le volcan venir brûler les belles cases, les champs de canne, de vanille, les champs de banane ... c’était impressionnant, un bien triste spectacle de désolation et on ne pouvait que constater les dégâts. Il fallait tout organiser comme la distribution des repas qui se faisait dans les cantines des écoles, les gens dormaient sur place. Des associations venaient faire des concerts dans les refuges pour remonter le moral des sinistrés".

Comment s’est déroulé le relogement des sinistrés ?

"Beaucoup étaient hébergés chez leur famille et les autres dans les centres d’hébergement jusqu’à ce qu’on trouve une solution. Puis, le préfet a décidé de chercher un terrain pour la reconstruction car il y avait 30 maisons détruites complètement. Des logements ont été mis en construction au chemin Lacroix. Mais, au moins quatre familles ont refusé de revenir. Elles ont été indemnisées et sont parties vivre ailleurs. Le problème c’était la peur chez les gens. On craignait qu’ils ne reviennent plus. Puis, petit à petit, nous avons reconstruit le village, les gens ont eu leur nouvelle maison avec toujours cette peur de voir revenir un jour le volcan... Je souhaite de tout coeur qu’une catastrophe comme celle là ne se reproduise jamais".

*Extraits d’une interview réalisée par Bernard Batou


L’histoire, heure par heure

24 mars 1977 (23h00), forte détonation dans l’enclos. Les conditions sont exécrables (brouillard, orage...). 29 mars, l’éruption est presque terminée 05 avril (18h00), explosion dans l’enclos, émission de gaz et d’une coulée fluide. Alerte des techniciens du BRGM. 7 avril (12h00), la coulée est arrêtée vers la côte 1 800 dans l’enclos. 8 avril (18h30), Fortes explosions hors enclos à l’W de Bois-Blanc, émission d’une lave fluide.

*Compte rendu de l’époque du directeur de la Sécurité civile

Pour en savoir plus...

A Sainte-Rose : Exposition « Les 30 ans de la coulée d’avril 1977 » : vernissage le 10 avril, à 16 h30, dans la salle du 3e âge de Piton Sainte-Rose (puis dans les différents quartiers). Photos de la coulée, diaporama, présentation d’un document sur l’histoire avec le témoignage de plusieurs familles sinistrées de l’époque... Rens : 02 62 47 18 20. A la Maison du volcan : Exposition « 30 ans après, que reste-t-il ? », du 21 avril au 21 octobre. Photographies, témoignages d’époque et documents inédits, film d’Alain Bertil, recherche des différentes fissures et des traces actuelles des coulées. Rens : 02 59 00 26.

20h50, le 13 avril, un bras de la coulée atteint l’église. Elle est devenue depuis un haut lieu touristique de l’île 



 
En dur, la gendarmerie résistera à l’assaut des laves et devient un restaurant et un centre artisanal

Au petit jour, Piton Sainte-Rose n’est plus qu’un "désert". Le 10 avril, la coulée atteint la mer pour la première fois sur un front de 250 m.