Une catastrophe utile
Photo Jean Perrin/CDDV
A l’annonce de l’éruption qui ravage Piton Sainte-Rose, et quelques mois après la polémique sur l’éruption de la Soufrière en Guadeloupe, en 1976, qui l’a opposé à la "science officielle", comme il se plaît à dire, Haroun Tazieff ne rate pas l’occasion d’une nouvelle revanche : "Les volcans français ne sont ni surveillés ni étudiés comme il faudrait le faire. Rien de valable ne sera entrepris tant que la recherche spécialisée ne disposera pas de moyens suffisants en chercheurs et en instruments"... Ce qui ne l’empêchera pas, quelques années plus tard, de polémiquer violemment (une fois de plus...) sur... l’inutilité de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise !
Alors que le Vésuve (Italie), le Kilauea (Hawaii), la montagne Pelée (Martinique), la Soufrière (Guadeloupe) étaient surveillés par un observatoire dès le début du XXe siècle pour le plus ancien d’entre eux, il aura donc fallu attendre l’épisode de Piton Sainte-Rose pour qu’on s’intéresse pour de bon au volcan de la Réunion. Alfred Lacroix, père de la volcanologie française, en avait déjà exprimé l’utilité lors de sa visite dans l’île en... 1911, avis rappelé avec insistance dans son ouvrage de référence consacré au piton de la Fournaise, publié en 1936. A l’évidence, le volcan est le cadet des soucis des politiques et des autorités puisque Jacques Lougnon, en 1969, s’indigne dans le Journal de l’île d’avoir appris que le conseil général avait décidé de supprimer les "quelques centaines de milliers de francs nécessaires à la surveillance du volcan", attribués en 1962 à la Météo, à travers sa station de la Plaine-des-Cafres dotée d’un unique sismomètre ! Le volcanologue Maurice Krafft, lors d’un de ses passages à l’occasion de l’éruption de novembre 1975, définit les besoins, notant l’intérêt de faire progresser la recherche sur le seul volcan français aux éruptions "de type hawaiien". En vain. Pendant ce temps, dès 1976, la France construit un observatoire volcanologique dans le Territoire français des Afars et des Issas, devenu indépendant en 1977sous le nom de République de Djibouti (corne de l’Afrique). Il fonctionne toujours, sous l’égide de l’Institut de physique du globe de Paris, qui pilote les observatoires français et accompagne celui du Karthala aux Comores.
F.M.-A.