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ARTICLE DU 08/04/2007



Une catastrophe utile


Photo Jean Perrin/CDDV

A l’annonce de l’éruption qui ravage Piton Sainte-Rose, et quelques mois après la polémique sur l’éruption de la Soufrière en Guadeloupe, en 1976, qui l’a opposé à la "science officielle", comme il se plaît à dire, Haroun Tazieff ne rate pas l’occasion d’une nouvelle revanche : "Les volcans français ne sont ni surveillés ni étudiés comme il faudrait le faire. Rien de valable ne sera entrepris tant que la recherche spécialisée ne disposera pas de moyens suffisants en chercheurs et en instruments"... Ce qui ne l’empêchera pas, quelques années plus tard, de polémiquer violemment (une fois de plus...) sur... l’inutilité de l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise !
Alors que le Vésuve (Italie), le Kilauea (Hawaii), la montagne Pelée (Martinique), la Soufrière (Guadeloupe) étaient surveillés par un observatoire dès le début du XXe siècle pour le plus ancien d’entre eux, il aura donc fallu attendre l’épisode de Piton Sainte-Rose pour qu’on s’intéresse pour de bon au volcan de la Réunion. Alfred Lacroix, père de la volcanologie française, en avait déjà exprimé l’utilité lors de sa visite dans l’île en... 1911, avis rappelé avec insistance dans son ouvrage de référence consacré au piton de la Fournaise, publié en 1936. A l’évidence, le volcan est le cadet des soucis des politiques et des autorités puisque Jacques Lougnon, en 1969, s’indigne dans le Journal de l’île d’avoir appris que le conseil général avait décidé de supprimer les "quelques centaines de milliers de francs nécessaires à la surveillance du volcan", attribués en 1962 à la Météo, à travers sa station de la Plaine-des-Cafres dotée d’un unique sismomètre ! Le volcanologue Maurice Krafft, lors d’un de ses passages à l’occasion de l’éruption de novembre 1975, définit les besoins, notant l’intérêt de faire progresser la recherche sur le seul volcan français aux éruptions "de type hawaiien". En vain. Pendant ce temps, dès 1976, la France construit un observatoire volcanologique dans le Territoire français des Afars et des Issas, devenu indépendant en 1977sous le nom de République de Djibouti (corne de l’Afrique). Il fonctionne toujours, sous l’égide de l’Institut de physique du globe de Paris, qui pilote les observatoires français et accompagne celui du Karthala aux Comores.

Les leçons de l’histoire

Toujours est-il qu’à peine la lave refroidie à Piton Sainte-Rose, rappporte le Journal de l’île du 19 avril 1977, deux scientifiques débarquent à Gillot pour "étudier les possibilités d’installer au piton de la Fournaise un observatoire servant à surveiller les vibrations de notre volcan-surprise. Le projet a déjà plus d’un an mais les palabres des organisations devant s’en charger n’avaient pas encore abouti. Le réveil brutal de la Fournaise a servi a précipiter les choses mais rien n’est encore fait (...). Ils ont apporté dans leurs bagages un sismographe et d’autres appareils qui leur permettront de faire d’ores et déjà des tests sur les mouvements sismiques". De fait il faudra "deux ans de rapports, de discussions en commissions et parfois de polémiques" avant d’aboutir à la signature, le 14 mars 1979, d’une convention liant le conseil général de la Réunion et l’Institut national d’astronomie et de géographie (INAG), représentant l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) pour finaliser la création d’un observatoire volcanologique. Puis, le 18 décembre suivant, Xavier Lalanne, premier directeur de l’observatoire, prend enfin possession des locaux de la Plaine-des-Cafres. L’équipe de son successeur, Jean-François Lénat, aura le privilège d’annoncer la première éruption du piton de la Fournaise, en janvier 1981, avec plusieurs semaines de préavis. Le début d’une longue série. On ose à peine imaginer dans quelles conditions serait gérée une éruption comme celle en cours en l’absence d’observatoire volcanologique. Et l’histoire semble aujourd’hui se répéter avec les demandes de l’Observatoire réunionnais de l’air de moyens pour lancer une étude suivie des gaz volcaniques restées jusqu’alors vaines. En terme d’enjeu de santé publique comme en terme de recherche pure, il faudra bien s’y intéresser un jour.

F.M.-A.


Le message du président d’Estaing

"Je vous prie de faire part à la population de la commune de Sainte-Rose durement touchée par la récente éruption du Piton de la Fournaise de l’expression de la sympathie de la métropole. Le gouvernement et moi-même suivons avec attention le déroulement de cette catastrophe naturelle et je veille personnellement à ce que la solidarité nationale se manifeste concrètement et dans les plus brefs délais au profit des malheureuses populations sinistrées. Je suis de tout c ?ur avec elle dans ces circonstances douloureuses".