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ARTICLE DU 08/04/2007



Pas d’éruption hors enclos depuis 177 ans



L’éruption de mars-avril 1977 prend tout le monde par surprise : l’éventualité d’une éruption en dehors de l’enceinte naturelle du volcan, dénommée "l’enclos" par les Réunionnais, n’était pour ainsi dire alors connue que des scientifiques ou des passionnés locaux, au nombre desquels les géographes. La dernière éruption ayant menacé des zones habitées remontant à l’année 1800, dans les hauts de Saint-Philippe (au Tremblet, comme en 1986), les Réunionnais avaient depuis belle lurette oublié l’existence d’un tel risque. L’enclos du volcan, vaste dépression (100 km2) en forme de fer à cheval dont la pente se dirige vers la mer, canalise en effet la quasi-totalité des coulées du piton de la Fournaise. L’homme a renoncé à habiter, voire à mettre en valeur à travers les cultures, la zone littorale hostile du Grand-Brûlé. Les éruptions excentriques (éloignées du centre volcanique actif) se sont faites rares au fil des siècles, il est vrai : trois seulement au XXe siècle (1977, Piton Sainte-Rose ; 1986, Le Tremblet Saint-Philippe ; 1998, une simple phase éruptive sans conséquence sous le Nez coupé de Sainte-Rose, hauts de Bois-Blanc). On en dénombre une dizaine (connues) à peine depuis l’occupation de l’île par l’homme, soit environ trois siècles et demi. Dans un tel cas, le magma au lieu de monter droit vers le sommet, bifurque latéralement en cours d’ascension dans ce que les scientifiques nomment les "zones de rift". Ces zones bien identifiées se révèlent particulièrement propices au passage du magma en raison de la déstabilisation du flanc Est du volcan, fragilisé et déstabilisé par les injections répétées de magma dans l’édifice. Plus récemment, en 2002 et 2005, on a frôlé l’éruption hors enclos, le parcours souterrain de la lave étant interrompu par l’obstacle que constitue le rempart qui le ceinture : cette structure rocheuse massive profondément ancrée a empêché à plusieurs reprises le dyke (la fissure qui s’ouvre sous la poussée du magma) de rejoindre la surface au-dessus des zones habitées. La sismicité engendrée par les efforts titanesque du magma pour arriver à l’air libre, largement ressentie par la population, a même conduit à l’évacuation pendant trois jours du village de Bois-Blanc - habitants et animaux compris - en janvier 2002. Les scientifiques de l’observatoire, qui ont pu pénétrer dans les dykes arrivés en surface (une fois vidés de leur lave et refroidis !), ont été en mesure de confirmer, après en avoir repéré l’orientation, que le village avait eu très chaud... Il semble donc évident que l’histoire du piton de la Fournaise sera marquée par d’autres éruptions hors enclos, comme cela n’a pas été exclu dès le début dans le cadre de l’éruption en cours.

F.M.-A.