Âgée de 69 ans, Régine Marguerite Nativoha n’a rien oublié. Son témoignage nous ramène au 13 avril 1977. Nous sommes en début de soirée, la lave approche à grande vitesse des habitations. Son mari ne veut pas partir, elle est enceinte. La famille perdra tout ce qu’elle avait en quelques heures.
"On apercevait la fumée au loin, tout là haut. Le volcan venait droit sur Piton Sainte-Rose, sur notre maison. On ne comprenait pas, on était déboussolé, perdu. C’était l’affolement général", raconte la mère de famille, assise dans sa petite case de Piton Sainte-Rose. Avec nous, elle revit le fil des événements. "Les autorités nous ont demandé de partir et mon mari a emmené les enfants au collège de Saint-Benoît, avant de revenir. Mais là, les militaires l’ont empêché de rentrer dans notre maison à cause du danger". Seule l’intervention de Pierre Lagourgue, alors président du conseil général, lui permet alors d’emporter quelques affaires.
« Nous n’étions plus chez nous »
"Il sera la dernière personne à quitter les lieux", poursuit-elle, "c’était horrible, on entendait venir les laves qui depuis là-haut écrasaient tout sur leur passage. C’était fini... ". Le couple habite à l’époque une maison construite avec ses économies à l’emplacement actuel de la place des fêtes, "mais en 1977, nous avons tout perdu", raconte Marguerite. Enceinte, elle recevra des soins au centre d’hébergement du docteur Bertho Audifax, se souvient-elle. "Dans le centre, c’était la consternation, les femmes pleuraient entourées de leurs enfants. On n’avait même plus la force pour manger. On savait que notre maison, nos meubles, nos animaux n’existaient plus", décrit-elle. Au retour, "toutes nos économies, notre courage, notre fierté, notre force nous avaient été arrachés par le volcan". La famille sera hébergée "dans une petite maison au Marocain, puis à Bellevue en location que la mairie nous aidait à payer. On vivait très mal cette situation, on n’était plus chez nous, les enfants aussi étaient très perturbés". A force d’effort, la famille pourra se racheter un nouveau terrain. "En tant que sinistrés, nous avons reçu des aides, mais pas la surface que nous possédions avant (3 000 m2)". "Lorsque j’entends que le volcan est en éruption, je frissonne, j’ai peur de revivre encore la coulée 1977", poursuit-elle, marquée à jamais.