La pointe du Tremblet est toujours un no man’s land après l’évacuation de la population ordonnée vendredi après-midi. Hier, quelques personnes ont pu retourner chez elles le temps de prendre des affaires ou de nourrir leurs animaux. Toutes rapportent avoir vu un spectacle de désolation.
Il n’y a presque plus rien. Les fleurs, les vanilles, les bananiers, les palmistes...Toute la végétation de la pointe du Tremblet a été brûlée par les pluies de sable chaud qui s’abattent depuis maintenant jeudi sur ce secteur de Saint-Philippe qui borde les coulées de lave. Hier matin, alors que les épais nuages de fumée se disloquaient enfin, les habitants qui se sont rendus sur place ont découvert leur nouveau cadre de vie. “Mon dieu, déplore Marie-Jeanne Bertile, la tôle de ma maison est toute rouillée. Les pluies acides et les cendres chaudes ont détérioré le toit. Mon jardin est entièrement brûlé. Je n’ai plus de plantes. Le feu peut prendre à n’importe quel moment sur ces mauvaises herbes grillées s’il ne se remet pas à pleuvoir.” Guy Rivière, adjoint municipal et agent de l’ONF évoque, lui, un endroit “lugubre”. “C’est difficile à vivre, explique-t-il. C’est comme après un incendie. Tout est cramé.” Un riverain, Maryvon Rivière, dresse le même constat. “On dirait que toute la végétation a été passée au désherbant. Toutes les plantes sont jaunes. je suis triste. Ça me rappelle les coulées de 1986, en pire. Car pour moi, le danger n’est pas totalement écarté. Une éruption hors enclos peut arriver d’ici trois jours.”
“J’ai tenu bon jusqu’au bout”
Le risque n’est effectivement pas écarté par la préfecture. Celle-ci recommande toujours aux habitants de la pointe du Tremblet de ne pas rentrer chez eux. De toute façon, “l’air est irrespirable”, commente Maryvon Rivière. Hier matin, celui-ci a quitté pendant quelques heures le centre d’hébergement de Saint-Philippe où il a passé la nuit. “J’ai eu le temps de nourrir mes animaux. Ça a suffi pour que je revienne avec la gorge enrouée. Ça sent le soufre là-bas. Même si j’ai envie de revenir chez moi, je sais qu’il est encore trop tôt.” Toutes les familles de ce secteur sont actuellement hébergées par leur famille ou des amis. Moins d’une dizaine de personnes profitent du centre d’hébergement mis en place par la mairie et qui devait rester ouvert cette nuit encore. “Je n’ai pas envie de dormir encore ici, se lamente Marie-Jeanne Bertile. J’attends le feu vert des autorités pour rentrer chez moi. Je suis inquiète. Ce matin, dans la panique, je n’ai pas pris les clés de ma maison. Mais en regardant à travers la vitre, j’ai vu que mon salon était inondé. Même si j’ai envie de retrouver mon chez moi, j’ai peur d’y retourner.” Sous pression depuis le début de la semaine, les riverains de la pointe du Tremblet peinent à retrouver leur sérénité. L’agitation a été crescendo entre le début de l’éruption, les pluies acides et de cendres, l’intervention des pompiers dans la nuit de jeudi à vendredi, les grondements de la lave ou encore les violents coups de tonnerre et surtout l’évacuation de vendredi après-midi. “J’ai été courageuse jusqu’à la fin, raconte une habitante. Mais ce matin en revenant de chez moi, j’ai craqué. J’ai fait le bilan de toute cette semaine et de ce que j’avais perdu. Ici au centre, je suis toute seule. Mon mari est là et me remonte le moral mais j’aimerais pouvoir discuter avec des amies.” Le calvaire devrait toutefois prendre fin dès aujourd’hui et les habitants rentrer chez eux. Rien est officiel pour le moment mais la baisse d’intensité des coulées de lave et le retour progressif à la normale laisse présager du meilleur. “À titre personnel, je pense que tout le monde pourra regagner sa maison demain matin, (aujourd’hui, ndlr), anticipe Guy Rivière. Cette semaine a été traumatisante. J’ai vu des gens inquiets pour leur vie mais surtout parce qu’ils ont laissé tous leurs biens derrière eux en évacuant le village. Ils commencent à retrouver un peu de sérénité. La solidarité de leur famille et de leurs amies est un vrai motif de fierté pour notre commune.” L’adjoint d’Hugues Salvan estime toutefois que de nombreux cultivateurs de vanille ont perdu leurs champs situés sur le tracé des coulées de lave. Le maire a demandé vendredi au préfet de prendre un arrêté de catastrophe naturelle. “Il nous a répondu que cet arrêté ne serait peut-être pas pris mais que les situations de chacun seraient étudiées avec le plus grand soin pour être indemnisés”, assure Guy Rivière.
Jean-Philippe Lutton
