Le Tremblet aux portes de l’enfer
Les gaz dégagés par le volcan rendent la respiration difficile à proximité de celui-ci. Les pluies de sable et de poussières s’incrustent même au fond de la bouche.
Les coups de tonnerre et le grondement des torrents de lave ont rythmé la nuit des habitants de la pointe du Tremblet, jeudi soir. Au petit matin, des pluies incessantes de cendre et de sable s’abattaient sur le village. La journée de vendredi a eu un goût de fin du monde pour les familles de cet écart.
L’agitation des pompiers, d’abord. Les éclairs et le tonnerre, ensuite. Le grondement des torrents de lave, tout le temps. Ce cocktail explosif a rythmé la nuit de jeudi à vendredi des treize familles vivant au Tremblet, entre la ravine Pont Rouge et le rempart sud de l’enclos. Alors que depuis le début de la semaine, de nombreuses personnes se plaignaient d’insomnies, cette nouvelle nuit a dépassé de très loin le calvaire déjà enduré. Dès le milieu de soirée, les pompiers ont dû intervenir sur le flanc de la paroi. Les coulées de lave ont provoqué un incendie. Il leur faudra plusieurs heures de lutte pour en venir à bout. Dans le village, les habitants ont suivi ça avec inquiétude. L’agitation des soldats du feu et les flammes dégagées par l’incendie les rendaient toujours plus nerveux. D’autant que quelques heures plus tard, des coups de fusil sont venus perturber leur sommeil. “C’était le tonnerre, mais pas comme d’habitude, explique Micheline Payet. Normalement, on entend quelques coups et puis c’est tout. Là, ça ne s’arrêtait pas. On pouvait régulièrement entendre des séries d’explosions. On a compris que c’était à cause du volcan”. Quelques centaines de mètres en dessous de leur habitation, en effet, la rencontre de la lave et de l’océan a provoqué des éclairs et des coups de tonnerre à l’intérieur même du panache de fumée. Terrorisant. Comme pour prolonger cette nuit de torture, le levé de soleil n’en fut pas un. Les nuages, la fumée et les poussières se sont abattus sur le village. “C’est l’apocalypse”, témoigne Josette Reboule, venue chercher son beau-père de 73 ans pour le mettre en sécurité, à Saint-Philippe. Certains auraient même pu parler d’enfer, sans aucune exagération.