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ARTICLE DU 07/04/2007



Le Tremblet aux portes de l’enfer


Les gaz dégagés par le volcan rendent la respiration difficile à proximité de celui-ci. Les pluies de sable et de poussières s’incrustent même au fond de la bouche.

Les coups de tonnerre et le grondement des torrents de lave ont rythmé la nuit des habitants de la pointe du Tremblet, jeudi soir. Au petit matin, des pluies incessantes de cendre et de sable s’abattaient sur le village. La journée de vendredi a eu un goût de fin du monde pour les familles de cet écart.

L’agitation des pompiers, d’abord. Les éclairs et le tonnerre, ensuite. Le grondement des torrents de lave, tout le temps. Ce cocktail explosif a rythmé la nuit de jeudi à vendredi des treize familles vivant au Tremblet, entre la ravine Pont Rouge et le rempart sud de l’enclos. Alors que depuis le début de la semaine, de nombreuses personnes se plaignaient d’insomnies, cette nouvelle nuit a dépassé de très loin le calvaire déjà enduré. Dès le milieu de soirée, les pompiers ont dû intervenir sur le flanc de la paroi. Les coulées de lave ont provoqué un incendie. Il leur faudra plusieurs heures de lutte pour en venir à bout. Dans le village, les habitants ont suivi ça avec inquiétude. L’agitation des soldats du feu et les flammes dégagées par l’incendie les rendaient toujours plus nerveux. D’autant que quelques heures plus tard, des coups de fusil sont venus perturber leur sommeil. “C’était le tonnerre, mais pas comme d’habitude, explique Micheline Payet. Normalement, on entend quelques coups et puis c’est tout. Là, ça ne s’arrêtait pas. On pouvait régulièrement entendre des séries d’explosions. On a compris que c’était à cause du volcan”. Quelques centaines de mètres en dessous de leur habitation, en effet, la rencontre de la lave et de l’océan a provoqué des éclairs et des coups de tonnerre à l’intérieur même du panache de fumée. Terrorisant. Comme pour prolonger cette nuit de torture, le levé de soleil n’en fut pas un. Les nuages, la fumée et les poussières se sont abattus sur le village. “C’est l’apocalypse”, témoigne Josette Reboule, venue chercher son beau-père de 73 ans pour le mettre en sécurité, à Saint-Philippe. Certains auraient même pu parler d’enfer, sans aucune exagération.

“C’EST L’APOCALYPSE”

Les torrents de lave qui s’écoulent au pied de la paroi et venus des entrailles de la terre donnent déjà cette impression. Les averses de cendres, de sables et de cheveux de pelé qui sont tombés sur la pointe du Tremblet, ne font qu’ajouter à ce sentiment. En quelques secondes, les bras nus des passants sont recouverts de poussière noire très irritante. Pire, des lapillis, sorte de petits cailloux de lave refroidis, tombent sans prévenir sur le village. Quelques rares exemplaires avaient la taille du poing. Ces projections naissent du contact entre la lave et l’océan. Enfin, la pluie n’a pas cessé pendant toute la nuit. La ravine Pont Rouge était en crue, sortant même de son lit pour submerger le pont éponyme. “Je ne peux pas laisser ces personnes entre la coulée de lave et la ravine. Elles pourraient se retrouver bloqués si le débit de celle-ci augmente à nouveau. Il leur est conseillé de partir au plus tôt”, soulignait dans la matinée le sous-préfet de Saint-Pierre, Olivier Magnaval. Sept familles sur les treize du secteur de la pointe l’ont rapidement écouté. Les autres ont suivi dans la journée. Certaines avec la peur d’être pillées. “En 1986, des maisons évacuées ont été pillées. Aujourd’hui, mon plus gros souci, ce sont les voleurs. Car sinon, je n’ai pas peur. En 1986, c’était pire. La terre brûlait. Cette année, c’est juste plus impressionnant”, estime Rico-Pierre Dalleau. D’autres n’affichent pas cet optimisme. Après cinq jours d’éruption, Micheline Payet ne cache pas sa fatigue. “J’ai le moral à zéro. Je suis fatiguée. Depuis qu’ils ont fermé la route, on est isolés du monde. On a aucun soutient moral. Le maire et les gendarmes passent devant chez nous sans jamais prendre de nos nouvelles. On ne sait même pas ce qu’il se passe. Les autorités ne nous informent pas”. A l’inverse, quelques têtes dures, loin de se laisser impressionner, ne se lassent pas du spectacle offert par le volcan. A la pointe du rempart, Pierre Bertile assure : “La ravine Criais amplifie le grondement de la lave. C’est pour ça que les gens ont peur. Moi, j’ai été engagé dans la marine nationale. J’ai fait Mururoa et je suis allé à Djibouti. Alors aujourd’hui, vous comprenez, je n’ai pas peur.”