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ARTICLE DU 07/04/2007



“Le soufre est l’ennemi de l’homme”

Les taux de dioxyde de soufre dans l’air sont redescendus hier à un niveau moins préoccupant pour la santé des Réunionnais. En se chargeant d’acidité, les pluies ont participé à ce lavage de l’atmosphère. Mais entre les acides, le soufre et les poussières, la pollution volcanique peut provoquer des troubles respiratoires qui ne doivent pas être négligés, comme l’explique le pneumologue dionysien Abdullah Zadvat.

L’air a été très chargé en dioxyde de soufre (SO2) ces derniers jours. En quoi est-ce dangereux pur la santé ?

Le soufre est un élément que le corps supporte très mal. C’est vraiment l’ennemi de l’homme. C’est un irritant chimique qui rentre d’autant mieux dans les poumons que ses particules sont petites. Cela va provoquer une broncho-constriction, c’est à dire que les bronches vont se fermer pour ne pas les absorber. Or cette réaction est déjà une des manifestations de l’asthme, d’où des troubles respiratoires aggravés dans ce cas. Chez un asthmatique, la consommation d’un verre de vin, lequel contient du soufre, entraîne une réduction de 20 % de son débit respiratoire. Les concentrations en SO2 enregistrées ces derniers jours restent raisonnables (*) mais étant largement supérieures à la normale (30 fois plus), elles peuvent poser des problèmes aux asthmatiques et aux personnes souffrant de bronchites chroniques. Quant aux fumeurs, ils ne se rendront pas compte que leurs bronches, déjà chargées en goudron, sont en train de souffrir d’un mélange très mauvais.

Que répondez-vous aux gens inquiets qui vous appellent ?

Il n’est pas question de les paniquer. En cas d’irritation et de toux, mieux vaut appeler un médecin. Le danger concerne surtout les enfants qui doivent essayer de ne pas trop faire d’efforts physiques. L’idéal est de se laver les narines et les mains pour enlever le soufre. Les asthmatiques doivent renforcer leur traitement. L’avantage sur une île, c’est que l’air est très vite renouvelé. Or des problèmes plus graves surviennent en cas d’inhalation prolongée, telles que des lésions pulmonaires.

Il y a aussi la question des acides. En réagissant avec le dioxyde de soufre, les pluies se sont chargées en acide sulfurique. Le panache de vapeur produit par la réaction de la lave avec l’eau de mer transporte de l’acide chlorhydrique. Qu’en est-il ?

Le corps humain a un pH neutre et combat en permanence les acides, qui sont synonymes de mort. Comme le SO2, ils vont irriter la peau et toutes les muqueuses. Il y a aussi tous les métaux toxiques, comme mercure, le silenium, l’iridium, l’arsenic. Le danger de cette pollution c’est qu’elle est très fine et entre d’autant mieux dans les poumons. La situation des gens du Tremblet est beaucoup plus préoccupante car ils ont avalé beaucoup de ces gaz. Ils devront vérifier que leurs poumons n’ont pas souffert de brûlures.

D’autant qu’ils se sont réveillés jeudi matin sous les cendres...

Oui. Cette accumulation de poussières est un aspect aujourd’hui plus dangereux que le risque chimique. En respirant un air chargé en particules, le système de nettoyage des poumons est susceptible d’être complètement débordé. Les autorités ont raison de prendre des précautions en évacuant les gens du Tremblet.

Propos recueillis par Sylvain Amiotte

(*) La préfecture estime le seuil réel de dangerosité à 800 microgrammes/m3.



La pluie a « lavé » l’atmosphère

Dans l’Ouest, le Sud et notamment au Tremblet, les pluies de la nuit puis de la matinée d’hier ont fait chuter les concentrations en dioxyde de soufre (SO2). Par réaction chimique, l’eau a dissout le SO2 en le transformant en acide sulfurique (H2SO4). Ainsi, ce sont des pluies plus acides qu’à l’accoutumée qui sont tombées hier mais leur nocivité est a priori moindre pour la santé et concerne surtout la peau et les yeux. Dans l’Ouest et à Saint-Louis, la concentration de SO2 était redescendue à 100 microgrammes par mètre cube d’air et par heure, bien loin des 300 microgrammes de ces derniers jours, seuil à partir duquel des recommandations sont communiquées aux personnes sensibles. Mais bien au-delà de la normale (10 microgrammes). Suite au nuage de cendres qui s’est abattu sur le Tremblet, l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA) a été dépêché sur place pour mesurer le taux de particules en suspension (les PM10), très fines donc dangereuses, car leur accumulation est susceptible d’obstruer la respiration. Mais comme pour le SO2, la pluie a réduit hier leur concentration à un niveau très faible. Leur composition va néanmoins être analysée afin de savoir si le port de masques est nécessaire ou non. Ce problème de la qualité de l’air a visiblement bousculé les autorités, après des années d’immobilisme. Après Saint-Joseph et Saint-Philippe, un analyseur de SO2 est en cours d’installation au Tremblet. Quant aux acides amenés par la pluie et par le panache de gaz lave-mer, l’ORA doit recevoir prochainement des appareils permettant de les mesurer. De quoi satisfaire son directeur Bruno Siéja, qui jusqu’ici militait en vain pour la mise en place d’un véritable réseau de surveillance des gaz volcaniques.