Le Tremblet évacué pour rien
En milieu d’après-midi, hier, les gendarmes et pompiers de Saint-Philippe ont procédé à l’évacuation d’une centaine de personnes habitant au Tremblet. Des lueurs rougeâtres observées hors de l’enclos ont fait craindre le pire aux autorités. Ce n’était qu’une fausse alerte.
« La lave emprunte le tracé de la coulée de 1986. Elle semble être localisée à quelques centaines de mètres d’altitude ». Dès 15 heures, hier après midi, gendarmes et agents de l’ONF ont cru à une éruption hors enclos lorsqu’ils ont observé des lueurs rougeâtres sur la paroi du rempart. En quelques minutes, la décision était prise d’évacuer le Tremblet, soit environ 400 personnes. Ceux situés à l’extrême pointe du village, après la ravine Pont Rouge étaient prévenus depuis le début de la matinée. Les incessantes pluies de cendres, couplées, c’est quasiment une première, à des projections de lapilli, produits volcaniques de quelques millimètres de diamètre, projetés depuis le bord de mer par la rencontre entre les coulées et l’océan, ont poussé la préfecture a conseillé aux habitants de partir de chez eux.
Sept familles, sur les treize recensées dans cet écart de Saint-Philippe, avaient décidé de quitter leur domicile avant le milieu de journée. Les autres prévoyaient de rester tant que la menace ne se préciserait pas. A 15 h 10, les gendarmes venaient précipitamment leur ordonner de fuir. « Ca fait juste quinze minutes on a entendu par le bouche à oreille qu’il fallait évacuer, expliquait au volant de sa voiture, Willy Boyer, un habitant de la pointe du Tremblet. On avait déjà préparé nos affaires. Mais là, dans la précipitation, en deux minutes, on a juste pu prendre l’essentiel : les chiens et un peu de linge. Ma femme vient juste de descendre. On va maintenant chez mes beaux-parents à Saint-Philippe ». Il aura finalement fallu moins d’une demi-heure pour évacuer la centaine de personnes restées à leur domicile. Les autres, environ 300, avaient pris l’initiative de quitter leur domicile dès la veille, le souvenir de 1986 étant toujours présents dans leur esprit. C’est d’ailleurs à l’endroit même de l’ancienne coulée que la prétendue éruption hors enclos a été observée. Mais pourtant, des doutes ont très rapidement remis en cause cette théorie. L’observatoire volcanologique, tout d’abord, ne confirmait pas le scénario ; aucune mesure ne permettait d’affirmer qu’une éruption hors enclos était en cours. De même, les experts présents sur place ne croyaient guère à cette probabilité. Selon eux, les lueurs et le feu de forêt naissant observés étaient sans doute dus à la fissure de l’enclos dont les projections déborderaient au-delà du rempart. Les immenses panaches de fumée se dégageant de l’océan ont également convaincu ces derniers d’un renforcement de l’éruption. « En plus, nous sommes en plein dans l’axe des fontaines.ce qui peut nous induire en erreur », expliquait Jean Perrin, passionné du volcan et vice-président du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme. Ce scénario a rapidement été confirmé moins d’une heure après l’éruption. La reconnaissance effectuée par l’hélicoptère de la gendarmerie a mis un terme à toutes les suppositions. « Les fontaines dépassent le rempart d’environ 40 mètres de haut, décrivait Julie Morin, du laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion, rattachée à l’observatoire. Ce qui signifie que les jets de lave dépassent les 200 mètres depuis le sol. C’est colossal et très puissant. Mais aucune éruption n’a lieu en dehors de l’enclos ». A ce moment-là, le sous-préfet de Saint-Pierre, Olivier Magnaval, décide de faire rentrer la population chez elle. Sauf peut-être celle située à la pointe du Tremblet. Même si aucun arrêté préfectoral n’a été pris, il est très fortement déconseillé au treize familles habitants cette zone de réintégrer leur maison. Sous la menace directe des coulées de lave, peu d’entre elles souhaitent de toute façon revivre le calvaire enduré depuis le début de semaine.
Reportage Pierre Leyral, Jean-Philippe Lutton et Jean-Claude François
Mission réussie pour les autorités. Même s’il ne s’est agi au final que d’une fausse alerte, l’évacuation d’hier après-midi, a été un succès sur toute la ligne. « En moins d’une demi-heure tout était réglé », se félicite le sous-préfet de Saint-Pierre, « ça s’est fait dans le calme et dans le respect du schéma que nous avions prévu, à savoir une évacuation en trois étapes de la zone la plus exposée à la moins exposée ». Les premiers alertés et conviés à évacuer dans l’urgence ont été les derniers résidents du secteurs de la pointe. « La zone la plus sensible, entre la zone Citrons Galets et le rempart, a été évacuée en dix minutes. Si c’est une fausse alerte tant mieux, ce que je retiens c’est que le plan d’évacuation a très bien marché. Vous avez vu que les trois bus destinés à transporter les habitants vers le gymnase de Saint-Philippe étaient vides. C’est un peu normal, on a du mal à savoir combien de personnes sont toujours chez elle. Il y a pas mal de gens qui sont déjà parti, conclut le sous-préfet de Saint-Pierre. Maintenant, on va les autoriser à revenir, sauf ceux qui habitent sur le secteur de la pointe. Pour eux, la recommandation va devenir de plus en plus forte de quitter leurs habitations ». Hier soir, seuls trois familles ont été autorisées à franchir le barrage de Citrons Galets pour aller chercher quelques affaires avant de repartir vers Saint-Philippe pour être hébergées par leur famille.