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ARTICLE DU 07/04/2007



“Ce n’est plus un volcan, c’est un monstre”


La poussière et le sable s’accumulent de manière importante dans la rue et sous les varangues des habitants. Une pluie de lapilli s’est s’abattue régulièrement sur la pointe du Tremblet.

Ils ont eu beau s’y préparer depuis plusieurs jours, aucun habitant du Tremblet n’était vraiment prêt à évacuer le village hier en milieu de journée. A 15 heures, quand les gendarmes ont ordonné de quitter la zone, une centaine d’habitants étaient encore sur place. “Ca s’est passé très rapidement et sauvagement, raconte Christiane Rivière. J’étais sur la route quand les forces de l’ordre sont arrivées. On a tous couru à notre maison pour chercher nos affaires”. En quelques dizaines de minutes le village est vidé de ses habitants. Trois heures plus tard, quelques-uns sont revenus chez eux. Mais pas pour longtemps. “Ce soir, je préfère rester au gymnase, continue Christiane Payet. Je ne dors pas à côté d’un truc comme ça. J’ai mon père de 83 ans avec moi, il tremble. Ma fille de 5 ans ne comprend pas ce qu’il se passe. Elle croit que la maison va brûler.” Nombre de ses voisins sont du même avis. Hors de question de dormir ici. “Il faut être stupide pour remonter à la pointe du Tremblet”, s’exclame André Payet.

“JE CROIS QUE CA VA PÉTER”

“Ce soir, je dors à Saint-Philippe. C’est même plus un volcan, c’est un monstre”, assure l’un de ses dallons, Emile Rosely. En fait, la menace est actuellement trop précise pour inciter à rentrer chez soi. la peur tenaille de nombreux habitants. “Je suis remonté pour voir au Tremblet mais là, ce soir, je préfère rester à basse vallée avec ma famille. On est un peu surpris par la rapidité de l’ordre d’évacuation. Tout ce qu’on veut c’est rentrer chez nous. Si ça continue comme ça, on rentre demain soir” explique un autre. Quelques-unes ont portant fait le choix de rentrer. Au risque, ils le savent, de passer une nouvelle nuit d’insomnies. “Je suis content d’avoir pu rentrer. Je vais veiller un peu cette nuit. J’ai encore un peu peur. Ca devient dur. Depuis plusieurs jours, il nous manque du sommeil”, constate Joseph Poudroux. Même son de cloche chez l’un de ses voisins. “Je suis content d’être rentré chez moi, affirme Brice Chan-Shun. Mais j’ai encore peur, on va essayer de dormir. Mais que d’un œil. Je ne suis pas du tout rassuré. J’ai un mauvais pressentiment. Je crois que ça va péter dans la nuit ou demain.” Reste comme toujours, quelques rares irréductibles qui, quoi qu’il arrive , ne quitteront pas leur maison. “Moi, j’ai pas quitté ma case pendant l’évacuation, raconte Clotaire Rosely. Les gendarmes sont passés en disant de partir. Mais vous comprenez j’ai un commerce. Après d’autres sont revenus pour nous dire qu’il n’y avait pas de danger. Même s’il y a un nouvel ordre d’évacuation, je reste à la case. Je partirai vraiment au dernier moment.” Hier soir, les rues du Tremblet étaient quasiment désertes. Vers 22 heures, l’électricité a été coupée. Les poussières tombées sur les câbles électriques créant des arcs électriques. Mais même sans éclairage public, les lueurs du volcan donnaient l’impression qu’une nouvelle journée était sur le point de commencer.

Reportage Pierre Leyral, Jean-Philippe Lutton et Jean-Claude François