Retour...
ARTICLE DU 07/04/2007



Le volcan s’effondre


Photo prise depuis l’ouest. Au premier plan en bas, traversé par des fissures, une partie du cratère Bory. La paroi qui le sépare du Dolomieu s’est en partie effondrée. On devine à droite et au fond une banquette constituée de l’ancien plancher du cratère. En haut à droite, un des cônes de l’éruption d’août 2006. Ici et là dans les parois, la lave dégouline de poches de magma restées en place des récentes éruptions
(photo Section aérienne de la gendarmerie)

L’effondrement annoncé du cratère Dolomieu a commencé hier. Rempli à ras bord par l’éruption fleuve du 30 août dernier, il présente désormais la physionomie d’un gouffre d’environ 200 mètres de profondeur et ce n’est sans doute pas fini car le massif du volcan continue d’être secoué par de puissants séismes.

La crise sismique enregistrée par l’observatoire volcanologique depuis lundi dernier, début de la seconde phase de l’éruption du 30 mars laissait entrevoir un effondrement du cratère Dolomieu attendu de longue date par les scientifiques. Il a commencé à se produire hier. Dès le début de la journée, de longs et impressionnants grondements ont été entendus par tous ceux qui se trouvaient sur les pourtours de l’enclos. Ils ont également ressenti des secousses mais le ciel complètement bouché n’a permis aucune observation avant le début de l’après-midi. Le massif du volcan, qui s’est vidé de son magma au fil des éruptions de ces dernières années, est miné, fragilisé. L’accumulation de la lave dans le cratère Dolomieu, notamment celle émise durant les quatre mois d’éruption de la fin de l’année dernière, pèse par ailleurs de toute sa masse sur le sommet de l’édifice. Aujourd’hui, alors que le piton de la Fournaise finit de se vidanger au rythme effréné d’une centaine de mètres cubes à la seconde depuis quelques jours par le biais d’une fissure installée très bas sur ses flancs, le moment est venu car le seuil de rupture est atteint. « A partir de minuit-2 h du matin, rappporte Frédéric Massain, doctorant à l’observatoire volcanologique, un cycle s’est mis en place : toutes les deux heures environ, nous avons eu des épisodes d’accumulation de contraintes suivis d’un brutal relâchement. Puis le rythme s’est accéléré, passant à une demi-heure. » Dans l’après-midi, le sommet se dégage. Sur les caméras de l’observatoire, l’expulsion régulière d’un panache sombre montant haut dans le ciel indique que l’événement attendu est en train de se produire. « Nous avons même pu indiquer à des observateurs présents au pas de Bellecombe quand allaient se produire les effondrements que nous voyions arriver », poursuit le scientifique. C’est en fin d’après-midi seulement, grâce au survol du sommet avec l’hélicoptère de la gendarmerie, qu’on en aura le cœur net. Julie Morin, doctorante au laboratoire des sciences de la Terre de l’université de la Réunion, et l’équipage de l’Alouette 3, découvre l’ampleur de la transformation du cratère Dolomieu, où s’ouvre désormais un gouffre comme les chercheurs l’imaginaient. L’histoire du sommet du volcan est un éternel recommencement, fait d’édification et de destruction. La formation d’un gouffre à peu près identique remonte à la fin des années 1920 mais elle n’avait eu alors aucun témoin à cette époque où le volcan ne recevait que de très rares visiteurs. Le nouvel épisode qui a débuté hier est donc une première pour les scientifiques.

200 mètres de profondeur

L’analyse des premières photos prises hier soir permet d’évaluer la profondeur du nouveau cratère Dolomieu à environ 200 m, même si sa transformation n’est sans doute pas achevée puisque les séismes se poursuivent. L’événement est d’une toute autre ampleur que la formation du pit crater apparu à la fin de l’éruption hors enclos de Saint-Philippe en mars 1986. La série d’effondrements semble avoir pour l’instant laissé intact le plancher du cratère un peu à l’ouest, au sud et surtout à l’est du Dolomieu. Un des cônes de l’éruption d’août 2006 au moins semble être encore en place. La paroi du Dolomieu adossée au cratère Bory s’est partiellement effondrée. Même si les remparts du cratère ont été affectés, la Soufrière (au nord du Dolomieu) est toujours en place. Le nouveau cratère se présente sous la forme d’un vaste entonnoir, en raison des nombreux éboulis accumulés au fond du gouffre. De nombreuses coulées de lave sont visibles sur la parois internes du Dolomieu, témoignant de la présence de poches de magma restées en place après les récentes éruptions.

  
Le nuage de fumée après l’effondrement du Dolomieu vu de Saint-Joseph
  

François Martel-Asselin




Témoignages



Alerte aérienne

Le panache noir expulsé par le cratère est typique des épisodes phréatiques, dus à la mise en contact d’eau et d’un milieu brûlant. Les effondrements dans le cratère Dolomieu ont mis en en contact des terrains imbibés d’eau avec le magma encore présent depuis les dernières éruptions. La réaction est brutale, entraînant une pulvérisation du magma et des roches anciennes environnantes. De tels événements font systématiquement l’objet d’un signalement international afin de ne pas mettre en danger la circulation aérienne, les réacteurs notamment n’appréciant pas du tout d’ingérer de telles poussières très abrasives, qui les asphyxient en même temps. Par ailleurs, toute circulation aérienne est interdite dans la zone. Un appel a été lancé hier à tous les appareils, nombreux, qui évoluent en ce moment autour du volcan.