Le volcan a réalisé le rêve de Mayo
L’épreuve du feu semble laisser les statues insensibles.
(photo Ludovic Laï-Yu)
“Je commence les sculptures et le volcan vient les terminer”, commente Jean-Claude Mayo, l’artiste plasticien, avec un soulagement visible. Hier après-midi, à l’annonce que ses statues posées face au piton de la Fournaise ont commencé à être atteintes par les coulées, l’auteur de “Symbiose pour volcan et oiseaux”, projet monumental dressé sur une des anciennes plates-formes géothermiques du Grand-Brûlé depuis 1989, se réjouit : “Le fait que ce soit chose faite me permet de dire que mon œuvre est réalisée maintenant”.
L’histoire de ces douze sentinelles de pierre postées sur les flancs du volcan a donc abouti plus vite que ne le pensait leur auteur : “Cette attente durera un jour, dix ans... ou cent millions d’années”, avait-il prévu. Il n’aura pas eu à patienter tout ce temps et c’est de son vivant que son rêve s’est donc accompli. Les treize géants de six mètres de hauteur, habillés de béton projeté, ont commencé à “se faire sculpter par le feu de la Terre”. La coulée qui menait depuis 48 heures une progression laborieuse, a lancé l’assaut final hier en fin de matinée après avoir nettoyé la forêt du paysage. À 11 h 15, sans aucun témoin, le premier bloc a dévalé le talus en bordure de la plate-forme. À midi, telle Jeanne d’Arc au bûcher, la première statue a commencé à subir son long supplice, marqué par les explosions de sa carapace de béton. Le front de la coulée a peu à peu étendu son emprise sur toute la largeur de la plate-forme, mais en fin d’après-midi, seules trois des douze sentinelles avaient été sublimées par le volcan, tant la progression du mur de gratons est lente. Témoin de la masse monstrueuse de la coulée : seul le sommet du corps de la première d’entre elles dépassait de la mer de lave. À la Fournaise maintenant de parachever son œuvre.
On connaîtra aujourd’hui le dispositif de régulation de l’afflux des visiteurs pour le week-end pascal. On peut craindre le pire au vu des premiers embouteillages d’hier soir. Depuis mercredi, le spectacle de l’éruption n’est de toute façon accessible que depuis Sainte-Rose. Côté Saint-Philippe, seuls les riverains du village du Tremblet peuvent poursuivre sur la RN 2 au-delà du chemin de Takamaka, cette voie devant rester parfaitement dégagée en cas de nécessité d’évacuation. Aucune possibilité d’apercevoir l’éruption donc. Côté Sainte-Rose, l’accès est possible aux véhicules jusqu’au PK 80 (coulée novembre 2002), avec stationnement côté mer. Le sentier du littoral et ses accès à partir de la RN 2 sont interdits au public. L’accès des piétons semble impossible à définir : il est à géométrie variable, en fonction de la fréquentation du site et de la progression des coulées vers la route.