L’éruption qui a débuté lundi matin dans le sud de l’enclos du volcan ne souffre aucune comparaison avec d’autres du même type, qui se sont produites à basse altitude, ces dernières années. Les volumes de lave émis, l’évolution de l’activité surprennent.
Scientifiques et observateurs s’accordent sur ce point : ils ne connaissent pas de précédent à un tel déchaînement des forces du piton de la Fournaise. En une douzaine d’heures au cours de la nuit de mercredi à jeudi, le trémor éruptif a doublé et il était toujours en hausse régulière hier. Ce qui s’est traduit par une augmentation de la hauteur des fontaines de lave et du débit de la fissure située sur les hauteurs du Grand-Brûlé. Certaines coulées sont très fluides et atteindraient par endroits la vitesse de 60 km/h. Les échantillons recueillis hier montrent qu’il s’agit d’un basalte à olivines, dont on reconnaît facilement les gros cristaux verdâtres / dorés, d’origine profonde. Cette composition est peut-être la marque d’une réalimentation des chambres magmatiques du piton de la Fournaise intervenue après avril 2006, selon l’observatoire. La coulée côté Sainte-Rose, figée la veille, a repris vie hier au point de se transformer en un nouveau fleuve de lave qui a avalé hier après-midi le début de la piste menant à la mer. En fin de journée, une autre portion de cette piste a été coupée par la coulée, empêchant l’accès à la côte. En début de soirée, en raison de l’ampleur croissante des coulées, le public a été évacué à un kilomètre en retrait.
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Comme au Tremblet, un important épisode de retombée de sable volcanique s’est produit un peu avant 18 heures, suscitant un bref mouvement de panique. L’afflux massif de lave en mer, pulvérisée par le choc thermique et emportée par l’eau de mer vaporisée en panache, semble bien ici aussi en être à l’origine.
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Hier soir, une cascade déversant d’énormes quantités d’eau dans l’enclos est apparue haut dans le rempart du Tremblet. La présence de magma brûlant dans cette zone a vraisemblablement bouleversé les nappes phréatiques et enclenché ce phénomène déjà décrit en 2005. Peut-être en relation : en cherchant la “nouvelle fissure éruptive” annoncée hier matin (qui n’était qu’une simple résurgence de lave) l’observatoire volcanologique a examiné sur le haut du rempart une fissure “suspecte” émettant de la vapeur : une fissure ancienne permettait sans doute à cette dernière de s’échapper et il ne s’agissait pas d’une fissure active.
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La “troisième coulée” qui a envahi le site de Symbiose pour volcan et oiseaux (lire par ailleurs), progresse faiblement et se trouvait hier soir à 450 m de la RN 2. La coulée côté Saint-Philippe, visible des spectateurs du Nord, a entrepris une chevauchée fantastique, un tourbillon de lave permanent dévalant la pente vers la mer au pied du rempart du Tremblet. Hier soir, l’augmentation subite de son volume a entraîné l’embrasement quasi général de la végétation dans le rempart. De part et d’autre de l’arrivée en mer des coulées, la plate-forme qui a commencé à s’édifier depuis lundi soir s’est étalée très largement et occupe déjà plusieurs hectares, jusqu’à la pointe du Tremblet ! L’activité sismique sous le sommet se poursuit à un rythme soutenu, avec plus de 1 000 séismes en 24 heures, localisés exclusivement à l’aplomb du sommet du volcan, entre le niveau de la mer et 1 000 m d’altitude hier. Aucune activité n’est enregistrée ni à proximité du lieu de l’éruption ni à plus basse altitude dans les zones habitées où une station de surveillance a été installée. L’hypothèse d’un effondrement du sommet reste donc d’actualité (notre édition d’hier).
F.M.-A.


