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ARTICLE DU 06/04/2007



Le Tremblet se réveille sous les cendres


Les pluies de cendres volcaniques, de sable et de cheveux de Pélé s’abattent régulièrement depuis hier sur le village du Tremblet.

Une ambiance de fin du monde règne sur le village du Tremblet. Après une nuit sans sommeil, la population s’est réveillée hier sous les cendres volcaniques. La conséquence directe d’une formidable augmentation du débit de lave qui s’épanche au pied du rempart et se jette dans l’océan dans un énorme panache. Coupés du monde depuis mercredi soir, les habitants vivent toujours dans la crainte d’une éruption hors-enclos.

Les rares commerces du Tremblet ont tous fermé leurs portes. A quoi bon ouvrir. Le flot de voitures de ces derniers jours s’est tari brutalement mercredi soir avec la décision des autorités de fermer la route aux voitures et aux piétons, depuis la Pointe de la Table, pour faciliter une éventuelle évacuation de la population du Tremblet. Le contraste est saisissant avec les jours précédents ou des milliers de visiteurs étaient venus admirer le spectacle offert par cette éruption. Aux premières loges, une fois de plus, les habitants du Tremblet n’ont plus vraiment le coeur à la fête. Un silence pesant s’est abattu sur le village où on vit et dort toujours dans la crainte d’une évacuation. Enfin, c’est une façon de parler car dans la nuit de mercredi à jeudi rares sont ceux qui ont pu dormir sur leurs deux oreilles. “Il n’y avait plus un seul bruit de circulation sur la route, tout ce que l’on entendait c’était seulement le grondement du volcan et c’était vraiment pas rassurant je peux vous le dire”, témoigne Marie Rosely entourée de sa famille et de ses voisines. Le groupe est installé sous l’arrêt de bus de la coulée 1986. Les langues se délient comme pour conjurer le sort qui semble une nouvelle fois s’acharner sur le village. L’éruption de 1986 qui avait coupé le village en deux entre les ravines Takamaka et Citrons Galets est dans tous les esprits. Encore plus peut-être dans celui de Jacqueline. “On y pense c’est sûr et ce sont des mauvais souvenirs”, raconte-t-elle, “la coulée est passé à dix mètres de notre maison, elle a été épargnée de justesse mais à côté, celle de mes parents a été détruite”. Fort heureusement un tel scénario catastrophe n’est pas d’actualité. Si le risque existe bien, aucun signe avant-coureur d’une éruption hors-enclos dans le Sud n’a été décelé. Mais la brutale augmentation du trémor depuis 24 heures a surpris les habitants du Tremblet. Des plus jeunes aux plus vieux, c’est l’incrédulité qui domine. “On n’a jamais vu ça”, répètent invariablement les personnes que l’on croise dans la rue principale. Sur la nationale, les seuls voitures qui circulent encore sont celles des résidents et des forces de l’ordre qui sillonnent sans cesse le village.

UNE NOUVELLE NUIT D’INSOMNIE

Les piétons sont rares. Ceux qui s’aventurent à l’extérieur n’oublient pas de se munir d’un parasol pour se protéger du soleil mais surtout des pluies de cendres qui s’abattent régulièrement. Les voitures en stationnement sont couvertes d’un mélange de sable volcanique et de cheveux de Pélé qui finissent par rendre la chaussée particulièrement glissante. Sur la peau, l’impression est assez désagréable avec un petit picotement qui n’annonce rien de bon. Et pour cause, “si ça pique ce n’est pas du souffre mais plutôt sûrement de l’acide chlorhydrique qui se forme quand la lave tombe dans la mer”, explique Thomas Staudacher. Le directeur de l’observatoire, venu sur les rampes du Tremblet après la réunion de crise à la mairie de Saint-Philippe, est lui même rapidement couvert de cendres. “C’est salé”, constate-t-il en portant un peu de cendre à ses lèvres, “cela vient du panache”. Et quel panache, la rencontre de l’océan et des torrents de lave qui dévalent l’enclos au pied du rempart est explosive. Des volutes de vapeur chargées de sable s’élèvent à intervalle régulier. Le spectacle est grandiose. Si la lave semble mener la danse en gagnant peu à peu sur l’océan, cela ne sera qu’éphémère. Le littoral de la Pointe du Tremblet se redessine, peut-être bien six ou sept hectares ont été gagnés sur l’océan. Cela n’impressionne guère Alex Lavernay qui se préoccupe beaucoup plus pour son carreau de vanille qu’il vient de perdre dans l’affaire. “Je devais ramasser les gousses dans trois mois, je travaille sur cette parcelle depuis quatre ans et mardi la lave est passée dessus, il n’y a plus rien”, constate l’agriculteur en jetant un regard désabusé sur la forêt réduite en cendres. “Je ne veux pas m’en aller”, poursuit-il “il y a trop de voleurs, peut être que je vais partir, mais en temps voulu seulement”. A l’inverse, certains n’ont pas attendu l’ordre d’évacuation pour quitter le village. “Cela représente une dizaine de familles”, estimait hier le sous-préfet de Saint-Pierre Olivier Magnaval. D’autres ont déjà commencé à déménager une partie de leurs affaires chez de la famille, plus loin, à Saint-Philippe ou Saint-Joseph. La majorité de la population se tient prête. “Nos affaires sont dans la voiture, le linge et quelques papiers, pas grand chose en somme”, explique cette habitante du Tremblet qui de son propre aveu n’avait ”presque pas dormi de la nuit dernière”. Avec elle, hier soir, c’est toute la population qui se préparait à une nouvelle nuit d’insomnie. D’autant que depuis trois jours, le village ne connaît plus vraiment la nuit, plongé qu’il est dans le rougeoiement permanent de la lave qui s’écoule en torrents furieux, “vous savez, un peu comme une ravine pendant un cyclone, sauf que là c’est pas de l’eau c’est du feu”.

Textes : Pierre Leyral
Photos : Jean-Philippe Lutton et J-Claude François



Un village coupé du monde

“On se sent isolé, un peu l’impression d’être en quarantaine, presque comme si on était les prisonniers de notre propre village. Depuis hier personne ne s’est arrêté pour nous parler ou au moins nous dire ce qu’il se passe vraiment”, s’étonnait Marie. Vers midi, un employé communal a sillonné le village pour distribuer dans les boîtes aux lettres le courrier d’information co-signé par le maire de Saint-Philippe et le sous-préfet de Saint-Pierre. Le message se veut avant tout rassurant même s’il rappelle que “le risque d’une sortie de lave hors enclos existe toujours, sur un secteur compris entre la Pointe du Tremblet et la Pointe de la Table”. Il n’y aurait aucune raison de s’inquiéter dans l’immédiat : “une évacuation de la population du Tremblet ne sera décidée qu’en cas d’apparition de séismes sous la zone concernée”. Et ce n’est toujours pas le cas d’après le dernier bulletin de l’observatoire. Mais, dans cette éventualité, les pouvoirs publics annoncent qu’ils ont un plan pour évacuer les 206 foyers concernés et les accueillir dans trois centres d’hébergement. “Tout à l’heure, les pompiers ont fait la tournée des maisons, ils passaient voir s’il y avait des personnes invalides qui auraient besoin d’aide en cas d’évacuation”, témoignait une habitante du Tremblet à moitié rassuré, “et toutes nos affaires, comment on va faire ?”