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ARTICLE DU 05/04/2007



La crise se poursuit



La crise du piton de la Fournaise semblait s’installer hier dans la durée. La préfecture a décidé de restreindre l’accès au site éruptif du Grand-Brûlé pour faciliter une éventuelle évacuation du Tremblet dont il n’était cependant pas question hier soir. Balançant entre leur légitime inquiétude et les rumeurs, les habitants de l’écart de Saint-Philippe doivent apprendre à faire la part des choses.

Même si l’inquiétude persiste, la situation n’a pas évolué sensiblement hier au piton de la Fournaise. Toute la journée, les scientifiques de l’observatoire volcanologique ont répété sans fioritures les explications livrées depuis la veille : menace, non ; risque : oui. Et la préfecture a accédé hier après-midi au conseil peu populaire certes mais très réaliste de restreindre l’accès au Tremblet afin de faciliter, en cas de nécessité, l’évacuation des quelque 200 habitants du village Tremblet, si jamais...

L’activité sismique se poursuit

L’activité sismique du piton de la Fournaise se poursuit. Le réseau de surveillance du volcan enregistre des dizaines de séismes par heure dont plusieurs gros parfois (magnitude 2) avec des méga événements comme celui évalué à une magnitude de 3,3 mardi matin ou cet autre de 3,2 mardi soir. Du jamais vu donc depuis sa création. Ils ont été localisés à grande profondeur, à l’aplomb et un peu au sud du sommet du volcan (2 632 m), entre 0 et 1 km au-dessus du niveau de la mer, et plus particulièrement autour de 200 m. Autant dire que le remue-ménage est énorme au sein de l’édifice volcanique dont la chambre magmatique est en train de se vider d’autant plus facilement que le magma n’a pas à monter comme dans le cas d’une éruption dans la région du sommet puisqu’il s’évacue à 600 m d’altitude seulement depuis lundi. Et ce vide laissé dans les entrailles de la Fournaise lui occasionne des crampes terribles qui la secouent désormais en permanence : les effondrements internes s’y succèdent, au point qu’une implosion du sommet du volcan est envisagée. À la différence de l’éruption de mars 1986 à Saint-Philippe, les séismes sont beaucoup plus profonds. On peut donc imaginer un effondrement du sommet d’une ampleur sans commune mesure avec l’événement brutal mais relativement limité (notre édition d’hier) qui l’avait affecté il y a 21 ans. En tout état de cause, l’enclos du volcan est actuellement interdit d’accès et il semble qu’une explosion ne devrait pas affecter une aire dépassant la limite du rempart de l’enclos dans la région du sommet (environ 4 kilomètres de rayon). En 1986, la formation d’un pit crater de 100 m de profondeur avait été précédée d’une sismicité intense (des milliers de séismes) répartie sur près de dix jours. En novembre 2002, la crise de trois semaines qui avait entraîné la fermeture de la route du volcan au pas des Sables ( !) avait débouché sur un effondrement indécelable pour le profane dans le cratère Dolomieu. Mais on n’en est pas encore là.

Nouvelle fissure éruptive ?

L’ouverture d’une nouvelle fissure éruptive à plus basse altitude que l’actuelle (600 m) reste toujours du domaine de l’hypothèse. L’activité sismique intense a en effet dopé le trémor éruptif et chaque événement sismique majeur provoque sa hausse brutale avec une augmentation du débit au niveau de la fissure active sur les hauteurs du Grand-Brûlé. Or, cette fissure pourrait finir par ne plus pouvoir supporter la pression imposée, obligeant le magma à trouver un nouveau point de sortie. Mais, comme s’est évertué à le souligner l’observatoire volcanologique, il n’existait encore hier soir aucun signe pouvant suggérer une menace imminente. Et de rappeler que la sortie de la lave à la pointe de la Table en 1986, à 30 m d’altitude et à quelques centaines de mètres de la mer, a été précédée de plusieurs dizaines de gros séismes et même de l’ouverture de fissures d’ordre décamétrique dans la chaussée de la RN 2. Il est de toute façon impossible de prédire à l’heure actuelle si une telle fissure peut se produire dans l’enclos (inhabité) ou hors enclos (Le Tremblet). La finalisation de l’installation d’une station sismique mobile hier dans la région de Saint-Philippe devrait permettre de déceler plus efficacement toute modification de l’activité. Si une évacuation devait être décidée, la restriction de la circulation depuis hier aux seuls habitants du village devrait permettre de l’organiser dans des conditions acceptables. Tout en sachant qu’avec l’ouverture d’une fissure à 300 m d’altitude par exemple, la lave pourrait arriver dans le Tremblet (150 m d’altitude) sans doute beaucoup plus vite qu’on ne le pense.

François Martel-Asselin