Le Tremblet se prépare à évacuer
En fin d’après-midi, les forces de l’ordre ont bloqué l’accès aux piétons et refoulé ceux qui s’étaient déjà engagés engagés engagés vers le Tremblet pour admirer la coulée de lave
(photo IPR).
Depuis hier soir, les visiteurs ne peuvent plus approcher des coulées du côté de Saint-Philippe. La décision de la Préfecture vise à faciliter une éventuelle évacuation de la population du Tremblet. Ses habitants vivent désormais dans la crainte d’une éruption hors-enclos, comme en 1986. Un grand nombre d’entre eux se prépare déjà au pire, les sacs sont prêts et, pour certains, déjà dans le coffre de la voiture.
“Venez voir, mes valises et tous mes papiers sont prêts dans le coffre de la voiture.” Chantal Dumont ne cache pas son inquiétude. La mère de famille, installée depuis trois ans au Tremblet, préfère se préparer au pire. “Je crois qu’il faudra évacuer à un moment ou un autre”, pense-t-elle. Mais, hier soir, l’évacuation n’était pas encore à l’ordre du jour. Par contre, les autorités ont pris leurs dispositions au cas où une éruption hors enclos à basse altitude mettrait en danger la population. La première décision a été d’interdire purement et simplement la circulation des véhicules et des piétons dans un périmètre élargi. Plus question de continuer à se rendre à moins de 100 mètres de la coulée qui a franchi la RN2 au pied du rempart du Tremblet. Depuis 18 heures, les forces de l’ordre ont bloqué complètement l’accès, non plus seulement aux véhicules, mais également aux piétons à une dizaine de kilomètres de la coulée, au niveau de la Pointe de la Table à Takamaka.
Un premier barrage a même été mis en place bien en amont au niveau de Mare Longue pour ne laisser passer que les habitants de Saint-Philippe qui devaient rentrer chez eux. Les visiteurs qui s’étaient déjà engagés pour aller observer les coulées en fin d’après-midi ont été refoulés par les gendarmes au-delà du périmètre de sécurité. Cette mesure vise à la fois à protéger les visiteurs et à faciliter l’évacuation des 400 habitants du Tremblet si le besoin s’en faisait sentir. Elle serait très compliquée à mettre en œuvre si, en plus, les forces de l’ordre devaient en même temps veiller à la sécurité de 5 000 personnes, c’était l’affluence enregistrée sur place dans la nuit de mardi à mercredi. Se frayer un chemin jusqu’au Tremblet avec des voitures garées des deux côtés de la RN 2, dans la plus parfaite anarchie, n’aurait eu également rien d’évident et risquerait à coup sûr de ralentir la manœuvre. Si le pire se confirme, il faudra bien sûr agir très vite, mais on n’en est encore pas là. “La décision sera prise au regard d’un regain de sismicité sur le flanc sud-est de l’enclos”, annonçait hier la Préfecture. Justement, l’observatoire du volcan a équipé hier en capteurs la zone comprise entre la Pointe de la Table, la Pointe du Tremblet et le Nez Coupé du Tremblet. Mais aucune sismicité, annonciatrice clairement d’une éruption hors enclos imminente, n’avait été encore enregistré. Néanmoins, le risque existe bien et cette éventualité est prise très au sérieux par les autorités. “Le représentant de l’Observatoire nous a dit qu’il y avait une grande ressemblance entre l’éruption de 1986 et celle d’aujourd’hui, expliquait le maire Hugues Salvan à la sortie de la réunion de crise qui s’est tenue en fin d’après-midi à Saint-Philippe, alors on se tient prêts”. Et pour cause. Il y a vingt ans, une éruption hors enclos avait déjà nécessité l’évacuation d’une centaine de familles au Tremblet et les torrents de lave qui avaient emprunté les ravines Citrons Galet et Takamaka avaient détruits neuf habitations.
Pour parer à toutes les éventualités, dès hier soir, un PC de crise a été mis en place dans la salle de la Mer Cassée à Mare Longue par la municipalité de Saint-Philippe. C’est là que les gendarmes, les sapeurs-pompiers et les services municipaux vont coordonner leur action. Le plan d’évacuation est prêt. Cela n’empêche pas les habitants du Tremblet de s’interroger à l’exemple de Marie-Jeanne Bertile : “Je n’ai pas connu personnellement l’éruption de 1986, je suis arrivé au Tremblet un an après. Vous savez j’ai vu souvent des coulées mais là c’est vraiment particulier, je n’ai jamais vu ça de ma vie. On entend dire qu’ils font partir les touristes, mais on ne nous dit rien pour les habitants. Le problème c’est que personne ne nous informe”. Elle a déjà pris ces dispositions pour elle et sa famille : “Notre paquet est prêt, maintenant on va attendre.”
Textes et photos : Pierre Leyral
A la demande du sous-préfet de Saint-Pierre, la commune de Saint-Philippe a finalisé hier son plan d’évacuation de la population du Tremblet. “Cela représente entre 350 et 400 personnes”, évalue Jean-Marie Payet. L’adjoint au maire de Saint-Philippe estime qu’il faut compter “entre deux à trois heures pour évacuer tout le monde”. Pas question ici de grand déménagement. Dans un premier temps, “en cas d’évacuation, les habitants devront prendre seulement des produits de première nécessité et leurs papiers personnels”, précise l’élu. Cela concernerait en fait surtout celles et ceux qui ne pourraient pas évacuer par leurs propres moyens, faute de voiture. Pour eux, la commune dispose de sept véhicules, pour un total de 32 places. Mais ils ne seront pas les seuls mobilisés dans le pire des scénarios, l’armée et la gendarmerie appuieront le dispositif et les sapeurs-pompiers prendront en charge les personnes invalides le cas échéant. Une fois évacués, les habitants du Tremblet seront pris en charge dans des centres d’hébergement à Saint-Philippe entre le gymnase, la salle de la Mer Cassée, celle du Baril et en dernier recours le case de Basse Vallée.