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ARTICLE DU 05/04/2007



Le démêlé des cheveux de Pélé


Transportés par le vent jusque sur des dizaines de kilomètres, ils s’amassent souvent en touffes dans les anfractuosités
(photo F.M.-A.).

L’hégémonisme américain a imposé le terme “cheveux de Pélé”, du nom de la déesse hawaiienne des volcans. Des récits anciens apportent pourtant la preuve indiscutable que c’est sur le volcan de la Réunion qu’a été décrite pour la première fois la formation de ces très fragiles fils de verre volcanique, dès 1766

Ni Pelé, ni Pelée, mais Pélé.

Ils envahissent depuis quelques jours les cours de plusieurs secteurs du sud de l’île. Les communiqués officiels comme Madame Grondin persistent à les appeler cheveux de Pelé (comme le footballeur), cheveux de Pelée (comme le volcan du même nom en Martinique, qui produit un magma visqueux incapable pourtant de générer de tels “cheveux”), alors qu’il s’agit de cheveux de Pélé (sans accents en langue hawaiienne et en anglais : Pele), du nom de la déesse hawaiienne des volcans, objet d’un culte très vivace aujourd’hui encore et au moins aussi populaire que saint Expédit à la Réunion. Voilà pour l’orthographe. Les Américains ont donc accaparé la vedette en imposant à la communauté scientifique le terme utilisé à Hawaii. Pourtant, comme le rappelle Maurice Jean, professeur au lycée Leconte-de-Lisle de Saint-Denis, dans une communication à l’académie de la Réunion en 1934, c’est bien à la Réunionjavascript :barre_raccourci(’’,’’,document.formulaire.texte) qu’ont été décrits pour la première fois les “filets capillaires volcaniques”. Membre de l’académie, conservateur du muséum de 1937 à 1947 (année de sa mort), ce docteur ès-sciences, chargé par le gouverneur de “surveiller” le volcan dans les années 1920, et dont le nom a été donné bien des années après sa disparition à un cratère du flanc est du volcan, résume ainsi leur découverte bien réunionnaise.

Observés dès 1766 à la Réunion.

Les cheveux ont “été découverts par Commerson botaniste, scientifique aventurier, qui possède un cratère à son nom, flanqué d’une stèle, sur la route du volcan pendant l’éruption du 14 mai 1766, puis décrits par Sage et Faujas en 1784”. Maurice Jean rend ensuite un hommage appuyé à JMG Bory de Saint-Vincent, dont la lecture ravit encore aujourd’hui. À propos de ce jeune naturaliste, auteur de la première description scientifique du piton de la Fournaise qu’il a parcouru en tous sens en 1801, Jean cite Bory, premier à apporter une explication à ce phénomène : c’est “un verre de volcan”. “Les gerbes qui s’échappent en fusées, et tout ce que lance le cratère, se séparant subitement d’une masse en fusion, doivent produire à peu près, sur la surface dont ces parties s’échappent, le même effet qu’un bâton de cire d’Espagne enlevé brusquement de dessus le cachet qu’on étend avec son extrémité fondue, et dont cette extrémité se réduit en fils souvent d’une grande longueur. Ce qui m’a confirmé que cette théorie était fondée, c’est que j’ai vu des filets volcaniques de plusieurs aunes ; d’autres avaient vers leur milieu ou à l’une de leurs extrémités, des petites gouttes en forme de poires. J’ai reconnu ces gouttes pour être des fragments de scories vitreuses... dont le filet ne semblait que le prolongement”.

Hawaii décrit postérieurement à la Réunion.

Le professeur du lycée de Saint-Denis rappelle que le volcanisme hawaiien a fait l’objet d’une description plus tardive. Rendant compte de son voyage, l’Américain Dana qui découvre le phénomène conserve le terme indigène de “cheveux de Pélé” (Pele’s hair). Cruelle injustice, l’ouvrage de Bory de Saint-Vincent publié en 1804 étant resté peu connu, la paternité de la découverte du Français a donc été attribuée jusqu’au début du XXe siècle à l’Américain ! “Une autre conséquence, écrit Jean, fut que le volcan des îles Hawaii, décrit postérieurement à celui de la Réunion, fut pris comme exemple de ce qu’on a appelé le dynamisme hawaiien, caractérisé par des laves très fluides. Enfin, puisque nous avons cité le nom donné et conservé par les cheveux capillaires : cheveux de Pélé, rappelons son nom local à la Réunion : cheveux de Madame Desbassayns.” Petite revanche, aujourd’hui encore, certains Réunionnais continuent à utiliser cette expression, voire celle de “zépines de Madame Desbassayns”. Désuet ? Peut-être mais ces termes renvoient délicieusement à la vie quotidienne rurale des Hauts de l’île du milieu du XXe siècle qui n’avait pas encore été contaminée par l’information scientifique !

François Martel-Asselin



Faut-il en avoir peur ?

Les fontaines de lave comme celles visibles depuis la RN 2 projettent des myriades de gouttelettes étirées au cours de leur trajectoire aérienne en forme de longs fils (entre quelques et une quinzaine de centimètres) ensuite entraînés par le vent sur des distances qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilomètres (jusqu’à l’Etang-Salé lors d’une éruption au XIXe siècle). Comme à chaque chute de cheveux de Pélé, la chambre d’agriculture invite les éleveurs à rentrer leurs animaux dans la mesure du possible car leur ingestion ou leur inhalation peut provoquer “irritations et ulcérations tant respiratoires qu’intestinales”. Bien que dans la pratique, de nos jours, de tels cas semblent peu documentés, il convient de se méfier des réserves d’eau à ciel ouvert, du fourrage frais et par conséquent de privilégier les fourrages conservés. Ensuite, il faudra attendre que les pluies lessivent sols et pâturages. Pour la consommation humaine, il convient de surveiller légumes et fruits, et de bien les nettoyer le cas échéant. De toute façon, la fragilité des cheveux de Pélé entraîne la plupart du temps leur fractionnement et leurs débris se dispersent facilement.