Alerte aux gaz
Nuages de soufre sur l’Ouest et le Sud
Photo Imaz Press
Si aucun nouveau malaise n’a été déploré, les craintes de l’Observatoire réunionnais de l’air se sont confirmées : du Port jusqu’à Saint-Louis, les concentrations en dioxyde de soufre dépassaient hier les 300 microgrammes par mètre cube d’air et par heure, seuil susceptible d’affecter la population dans sa respiration. Une pollution encore plus importante était attendue dans la nuit.
Parfois gênés dans leur respiration, les habitants de l’Ouest et du Sud ont pu remarquer hier la présence d’un brouillard bleu-gris, émanation directe de l’éruption du Piton de la Fournaise. Les constatations de l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA) ont été conformes aux prévisions de la veille : acheminés par les brises de terre, les nuages d’émissions de gaz volcaniques se sont déplacés vers les littoraux durant la nuit de mardi à mercredi. Comme lors des pics de pollution volcanique de juin 2001, les panaches ont profité des couloirs de la rivière des Galets et de la rivière Saint-Etienne. Ainsi les concentrations en dioxyde de soufre (SO2) sont montées crescendo et en fin d’après-midi, elles dépassaient les 300 microgrammes par mètre cube d’air et par heure sur les stations de la centrale du Port, de Sainte-Thérèse à La Possession, de Cambaie à Saint-Paul, et du Gol à Saint-Louis. Une hausse exponentielle : alors que la normale avoisine les 10 microgrammes seulement, la concentration de SO2 dans l’Ouest est passée de 40 microgrammes le matin à 330 dans l’après-midi !
Le franchissement de ce seuil de 300 microgrammes oblige la préfecture, conformément à l’arrêté du 13 juillet 2006, à recommander une attitude vigilante au public (lire ci-contre). Par mesure de précaution, cette procédure a été adressée à l’ensemble de l’île, même si hier après-midi la station de Saint-Denis ne révélait encore aucune concentration anormale de SO2. Mais, prévient la préfecture, les émanations de gaz “poussées par le vent sont susceptibles d’impacter l’ensemble de l’île.” À Saint-Pierre, le taux s’élevait hier à 125 microgrammes. Plus étonnant, le camion de mesure dépêché mardi soir à Saint-Joseph enregistrait des concentrations quasi-nulles en SO2. Or une cinquantaine d’écoliers saint-joséphois ont souffert de troubles respiratoires mardi (lire notre édition d’hier). Deux hypothèses : ou bien les masses d’air chargées en SO2 se sont déplacées depuis, ou bien l’air pollué présent à Saint-Joseph provient du panache de vapeur produit par le contact de la lave avec l’eau de mer. Dans ce cas, l’air ne serait en effet pas chargé en SO2 mais plutôt en composés chlorés comme l’acide chlorhydrique autrement plus dangereux pour la santé. Pas de panique toutefois : aucun nouveau malaise dans le secteur n’avait été déclaré hier soir à la préfecture. Sur l’ensemble de la côte Ouest et Sud, les tendances enregistrées par l’ORA poursuivaient leur hausse hier. Les brises de mer n’avaient pas dissipé les panaches polluants et les brises de terre qui devaient prendre le relais cette nuit laissaient présager une aggravation importante de la situation. “Nous risquons d’avoir de très très fortes concentrations”, prévenait Bruno Siéja, le directeur de l’ORA.
En 2001, le taux maximal de SO2 avait été mesuré sur Sainte-Thérèse (399 microgrammes/m3/h). S’il venait à dépasser les 500 microgrammes, la préfecture devrait cette fois déclencher le niveau d’alerte : une procédure d’urgence qui prévoit la réduction de la circulation automobile ou encore l’arrêt du fonctionnement des sources de pollution comme les centrales thermiques. Dans le cas du volcan, la chose serait ardue : “Il faudrait l’éteindre !”, sourit à peine Bruno Siéja, comme pour mieux avouer que rien ne peut empêcher un tel producteur de soufre de cracher ses gaz... Rappelons qu’une étude publiée en 2005, toujours inexistante à la Réunion faute de soutien public, a démontré la nocivité des gaz volcaniques du Kilauea sur la population hawaiienne (asthme, bronchites, troubles cardiaques...), à court mais aussi à long terme, le dioxyde de soufre se transformant en acide sulfurique au contact des bronches. Il n’existe même aucune station de mesure de la qualité de l’air en temps réel sur le volcan et dans sa région. À n’en pas douter, cet épisode gazeux devrait mettre fin à cet immobilisme, comme l’éruption de 1977 et l’évacuation forcée de Piton-Sainte-Rose avaient permis la création de l’Observatoire volcanologique.
Sylvain Amiotte
Sur l’ensemble de l’île, la préfecture recommande, notamment aux personnes sensibles (personnes âgées, enfants et adultes ayant des pathologies respiratoires ou cardio-vasculaires chroniques) : d’éviter toutes les activités physiques et sportives intenses, augmentant de façon importante le volume d’air et de polluants inhalés ; de veiller à ne pas aggraver les effets de cette pollution par d’autres facteurs irritants, tels l’usage de solvants ou de peintures sans protection appropriée, ou encore la fumée de tabac. Les personnes sous traitement préventif ou curatif à visée respiratoire sont invitées à suivre strictement leur traitement ou de l’adapter sur avis du médecin.