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ARTICLE DU 04/04/2007



La guerre du feu et de l’eau





Depuis lundi 21 h 25, heure à laquelle la première coulée a atteint l’océan, le spectacle se partage désormais dans le Grand-Brûlé entre les fontaines de lave qui jaillissent à 600 m d’altitude et le bord de mer où le mariage du feu et de l’eau compose une symphonie sur un mode majeur.
À peine entamée la descente des rampes de Bois-Blanc, on ne peut ignorer ce qui se passe dans le Grand-Brûlé. Dans la direction du rempart du Tremblet, le ciel a des couleurs d’incendie. Des fontaines de lave dressent un rideau de feu et des rivières de roches en fusion dévalent les pentes. En dépit de l’heure matinale, ils sont nombreux à vouloir profiter du spectacle. Le parcours d’obstacle ne refroidit pas les enthousiasmes. Il faut abandonner sa voiture à plusieurs kilomètres, avaler du bitume avant de rejoindre la coulée de 1976. Impossible pour l’instant d’aller plus loin. Mais, de ce poste d’observation on en prend déjà plein la vue. A 600 m d’altitude au-dessus de la route la fissure envoie vers le ciel à jet continu la lave en fusion.

UN THÉÂTRE D’OMBRES

Après le chaos de lundi après-midi qui a vu les coulées traverser à deux reprises la nationale, le site a retrouvé une certaine sérénité. Seul témoignage du déchaînement de la nature côté Sainte-Rose : un impressionnant mur de gratons figé à l’intérieur duquel couvent encore des incendies. Le théâtre des opérations s’est déplacé en bord de mer. Pour y accéder, il faut encore pour l’instant montrer patte blanche. L’ONF a procédé hier à la sécurisation provisoire d’une plate-forme d’observation. En descendant vers l’océan, l’odeur entêtante et un peu écœurante des goyaviers fermentés laisse progressivement la place à celle de l’iode. La falaise est un théâtre d’ombres uniquement éclairé par une plate-forme construite par la coulée qui s’avance loin en mer et par une cascade de roches en fusion. À partir de 5 h du matin, la lumière commence à changer, d’abord presque imperceptiblement. Le ciel d’un noir d’encre bleuit par petites touches avec quelques taches d’orange vers l’est. Le panache jaune orangé vire au blanc. Dans les premières lueurs de l’aube, on prend toute la mesure du spectacle grandiose. Les vagues viennent s’écraser contre la falaise lançant des gerbes d’écume. On assiste à une lutte entre l’eau et le feu. La lave essaie de gagner sur l’océan qui méthodiquement repousse ses assauts. Accrochés à la falaise, photographes professionnels et amateurs mitraillent ce combat de titan. Soudain, une sourde explosion secoue la mer. Un panache brutal de vapeur et de débris jaillit des flots. Ce panache cypressoïde surgit à plusieurs reprises sous nos yeux. Depuis lundi, le Piton de la Fournaise multiplie les tableaux. Il n’a pas fini de nous surprendre.

Alain Dupuis



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