La guerre du feu et de l’eau

Après le chaos de lundi après-midi qui a vu les coulées traverser à deux reprises la nationale, le site a retrouvé une certaine sérénité. Seul témoignage du déchaînement de la nature côté Sainte-Rose : un impressionnant mur de gratons figé à l’intérieur duquel couvent encore des incendies. Le théâtre des opérations s’est déplacé en bord de mer. Pour y accéder, il faut encore pour l’instant montrer patte blanche. L’ONF a procédé hier à la sécurisation provisoire d’une plate-forme d’observation. En descendant vers l’océan, l’odeur entêtante et un peu écœurante des goyaviers fermentés laisse progressivement la place à celle de l’iode. La falaise est un théâtre d’ombres uniquement éclairé par une plate-forme construite par la coulée qui s’avance loin en mer et par une cascade de roches en fusion. À partir de 5 h du matin, la lumière commence à changer, d’abord presque imperceptiblement. Le ciel d’un noir d’encre bleuit par petites touches avec quelques taches d’orange vers l’est. Le panache jaune orangé vire au blanc. Dans les premières lueurs de l’aube, on prend toute la mesure du spectacle grandiose. Les vagues viennent s’écraser contre la falaise lançant des gerbes d’écume. On assiste à une lutte entre l’eau et le feu. La lave essaie de gagner sur l’océan qui méthodiquement repousse ses assauts. Accrochés à la falaise, photographes professionnels et amateurs mitraillent ce combat de titan. Soudain, une sourde explosion secoue la mer. Un panache brutal de vapeur et de débris jaillit des flots. Ce panache cypressoïde surgit à plusieurs reprises sous nos yeux. Depuis lundi, le Piton de la Fournaise multiplie les tableaux. Il n’a pas fini de nous surprendre.
Alain Dupuis
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