Une nocivité négligée
Le directeur de l’ORA s’attendait donc à “une nuit très courte” de surveillance. “Si les gens sentent le SO2 dans l’air, c’est très alarmant. Cela veut dire qu’il y a vraiment de fortes concentrations.” Avant d’en savoir plus, la préfecture a adressé dès hier des recommandations à la population du secteur. Car Bruno Siéja n’excluait pas le pire : “Je crains qu’il ne s’agisse du panache de vapeur produit par le contact de la lave avec l’eau de mer, ce qui serait plus inquiétant. En se mélangeant avec le chlorure de sodium de la mer, la lave produit des composés chlorés autrement plus gênants pour la population, comme de l’acide chlorhydrique. Mais nos appareils ne pourront mesurer que le dioxyde de soufre et pas ces autres composés.” Tout juste, poursuit-il, sera-t-il possible d’en deviner la présence si des troubles de la population se multiplient et si un faible taux de SO2 est relevé, “car il y en a très peu dans le panache venant de l’eau de mer”. Les gênes épargnant la commune de Saint-Philippe, Bruno Siéja émettait hier l’hypothèse d’une arrivée de ces gaz volcaniques par le courant de la rivière des Remparts. Quoi qu’il en soit, le directeur de l’ORA ne peut que saisir l’occasion pour demander à nouveau des moyens financiers aux collectivités afin de disposer enfin d’un centre de surveillance du volcan et de sa région. Si l’observatoire s’apprête à démarrer avec l’université un projet de modélisation du panache du volcan et de ses trajectoires, il manque une étude exhaustive sur les effets des émissions volcaniques sur la santé de la population au pied de la Fournaise. Le volcan Kilauea est d’un autre calibre, mais une étude publiée il y a deux ans à Hawaii a déterminé l’ampleur insoupçonnée de cette nocivité à court et long terme, le SO2 se transormant en acide sulfurique au contact des bronches : crises d’asthme, bronchites, troubles cardiaques... Qu’attend la Réunion ?
Sylvain Amiotte