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ARTICLE DU 04/04/2007



Une nocivité négligée




Les difficultés respiratoires des écoliers de Saint-Joseph viennent rappeler la nocivité des émissions de gaz volcanique du Piton de la Fournaise. Un sujet de santé publique totalement méconnu et jusqu’ici négligé.
“Cela fait six ans que je me bats sans résultat pour avoir un réseau de surveillance du volcan, qui est la source principale d’émissions de dioxyde de soufre, déplore Bruno Siéja, directeur de l’Observatoire réunionnais de l’air (ORA). Nous avons des capteurs en temps réel sur l’île, notamment près des centrales thermiques, mais rien dans la région du volcan.” Les seuls instruments installés dans cette zone ne livrent leur résultat qu’au bout... d’un mois. Et sans mesure instantanée de la qualité de l’air, aucune alerte efficace de la population. Hier, ce n’est qu’après coup, dans l’urgence intimée par les gênes respiratoires des marmailles de Saint-Jo, que la préfecture a demandé à Bruno Siéja de se rendre sur place, lequel est parti en début de soirée avec deux spécialistes et un analyseur de dioxyde de soufre. Un appareil de ce type devait être aussi installé à Saint-Pierre, où certains habitants faisaient état d’un “brouillard”. Mais hier soir, les capteurs répartis sur le reste du littoral réunionnais ne révélaient aucune concentration anormale de dioxyde de soufre (SO2). Bruno Siéja affichait une inquiétude pour la nuit, la brise de terre étant susceptible de ramener les masses d’air vers les littoraux. “En juin 2001, c’est en pleine nuit que nous avions enregistré de très fortes concentrations de SO2 sur La Possession et Le Port : 400 microgrammes par mètre cube d’air et par heure (la normale avoisine les 10 microgrammes, ndlr).” Un taux qui avait dépassé le seuil d’information de la population (300 microgrammes), le seuil d’alerte étant fixé à 500 microgrammes.

“TRÈS ALARMANT”

Le directeur de l’ORA s’attendait donc à “une nuit très courte” de surveillance. “Si les gens sentent le SO2 dans l’air, c’est très alarmant. Cela veut dire qu’il y a vraiment de fortes concentrations.” Avant d’en savoir plus, la préfecture a adressé dès hier des recommandations à la population du secteur. Car Bruno Siéja n’excluait pas le pire : “Je crains qu’il ne s’agisse du panache de vapeur produit par le contact de la lave avec l’eau de mer, ce qui serait plus inquiétant. En se mélangeant avec le chlorure de sodium de la mer, la lave produit des composés chlorés autrement plus gênants pour la population, comme de l’acide chlorhydrique. Mais nos appareils ne pourront mesurer que le dioxyde de soufre et pas ces autres composés.” Tout juste, poursuit-il, sera-t-il possible d’en deviner la présence si des troubles de la population se multiplient et si un faible taux de SO2 est relevé, “car il y en a très peu dans le panache venant de l’eau de mer”. Les gênes épargnant la commune de Saint-Philippe, Bruno Siéja émettait hier l’hypothèse d’une arrivée de ces gaz volcaniques par le courant de la rivière des Remparts. Quoi qu’il en soit, le directeur de l’ORA ne peut que saisir l’occasion pour demander à nouveau des moyens financiers aux collectivités afin de disposer enfin d’un centre de surveillance du volcan et de sa région. Si l’observatoire s’apprête à démarrer avec l’université un projet de modélisation du panache du volcan et de ses trajectoires, il manque une étude exhaustive sur les effets des émissions volcaniques sur la santé de la population au pied de la Fournaise. Le volcan Kilauea est d’un autre calibre, mais une étude publiée il y a deux ans à Hawaii a déterminé l’ampleur insoupçonnée de cette nocivité à court et long terme, le SO2 se transormant en acide sulfurique au contact des bronches : crises d’asthme, bronchites, troubles cardiaques... Qu’attend la Réunion ?

Sylvain Amiotte