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ARTICLE DU 04/04/2007



Le volcan devient fou



Première aube sur la coulée en mer. Un chenal alimente la longue plate-forme qui s’est déjà édfiée sur l’océan.

L’évolution brutale de l’activité du piton de la Fournaise suscite depuis le week-end dernier la préoccupation de l’observatoire volcanologique : la situation à laquelle il est confronté avec cette deuxième éruption de l’année n’a pas de précédent depuis sa création en 1979 et risque d’entraîner de nouvelles mesures qui pourraient affecter la circulation du public.

Deux coulées à la route, une à la mer hier en fin de soirée : ça, c’est pour le spectacle que toute la Réunion a commencé à aller admirer. Mais à l’observatoire volcanologique, la vigilance reste très serrée. Le village du Tremblet l’a échappé belle, car une éruption hors enclos, semblable à celle de 1986, était à redouter en raison de l’intense activité sismique qui persistait depuis la phase éruptive éclair de lundi et du risque avéré de la propagation souterraine de la fissure éruptive de vendredi en direction des hauts de Saint-Philippe. Le doute a été levé rapidement en milieu de matinée : il semblait bien n’y avoir aucune activité en dehors de l’enceinte naturelle du volcan, comme le confirmaient les agents de l’ONF en patrouille dans le secteur. Pour autant, les scientifiques restent sur leurs gardes, en raison de la persistance des séismes. Une nouvelle évolution, même si aucun signe n’existait hier soir, n’est pas à exclure. Tout le week-end, le réseau de surveillance du volcan a enregistré une sismicité atteignant jusqu’à 60 événements par heure. Hier matin, plusieurs gros séismes, avec des magnitudes maximales impressionnantes proches de 3, ont été détectés. C’était le signal de la deuxième phase éruptive. Une fissure s’est ouverte vers 600 m d’altitude, dans la continuité de celle de vendredi (1 900 m d’altitude), en contrebas du Nez coupé du Tremblet, orientée nord-ouesd sud-est, longue de près d’un kilomètre. Les fontaines de lave atteignaient hier soir, après un regain d’activité dans l’après-midi, sans doute plus d’une soixantaine de mètres.
Les fontaines de lave, les serpents de feu qui dévalent les pentes du Grand-Brûlé, les laves dans l’océan : en arrière-plan du spectacle que sont déjà venus admirer des milliers de Réunionnais se profilent des scénarios dont le volcan est en train de tirer les ficelles, comme pour rappeler le caractère imprévisible de la nature.

Effondrement du sommet ?

La sismicité qui a succédé à la première phase éclair de la seconde éruption de l’année (vendredi soir, à 2 000 m d’altitude) a débouché sur la deuxième phase de lundi matin, à basse altitude (entre 900 et 600 mètres environ). Pour autant, cette sismicité qui disparaît habituellement lorsque le magma est libéré a continué, comme si le volcan ne voulait pas en rester là. Elle s’est même accrue hier dans la matinée, sous le sommet, avec de nombreux événements de magnitude entre 2 et 3, un niveau jamais atteint en plus de 25 ans de fonctionnement de l’observatoire volcanologique. Ces séismes sont à chaque fois accompagnés d’une augmentation du trémor éruptif. Explication : selon l’observatoire, “ces séismes sont probablement les signes précurseurs d’un effondrement sous la zone sommitale”. En effet, les éruptions de ces dernières années ont largement puisé dans les chambres magmatiques, minant peu à peu tout le sommet sur lequel pèse de surcroît la lave accumulée au fil des éruptions à l’intérieur du cratère Dolomieu, explique Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire. Or, l’éruption en cours à basse altitude vient vidanger plus complètement l’édifice qui n’aspirerait plus qu’à s’effondrer sur lui-même. Certes, un tel phénomène s’est déjà produit au piton de la Fournaise, à l’issue de l’éruption du Tremblet, à basse altitude, en mars 1986 : un gouffre d’une centaine de mètres de profondeur pour presque autant de diamètre s’était formé brutalement dans le fond du cratère Dolomieu dans une explosion accompagné de projections de blocs. Mais la situation actuelle n’est pas comparable assure la scientifique, car la sismicité est beaucoup plus élevée cette fois. Faut-il donc s’attendre cette fois à un effondrement de grande ampleur, affectant toute la zone sommitale de la Fournaise ? On se gardera de trancher, mais la situation actuelle vient accréditer les hypothèses des chercheurs qui rappellent les transformations radicales périodiques de l’aspect du sommet du volcan. “Le volcan s’effondrera”, avait titré à la une le Journal de l’île en présentation d’un dossier dimanche paru sur ce thème, le 19 novembre 2006 : on pouvait y lire que la profondeur du cratère principal, le Dolomieu, a atteint jusqu’à 300 mètres de profondeur, alors qu’il est en partie comblé aujourd’hui. L’interdiction d’accès à l’enclos du piton de la Fournaise est donc plus que jamais en vigueur.

Nouvelles fissures éruptives ?

Autre source de préoccupation liée à la sismicité : l’éventualité de l’ouverture d’une nouvelle fissure éruptive se propageant à plus basse altitude encore, dans le même axe que les fissures de vendredi et de lundi vraisemblablement. Mais l’ouverture d’une fissure en limite du rempart de l’enclos voire hors enclos ne peut être écartée. C’est pourquoi il n’est pas exclu, si la situation persiste, que le public ne puisse plus accéder en nombre aux points d’observation aménagés en surplomb de l’enclos côté Saint-Philippe, afin de permettre des opérations d’évacuation en cas de nécessité, les premières habitations du Tremblet se trouvant très près du rempart. L’observatoire volcanologique, en raison de cette menace, a installé une station sismique mobile à Saint-Philippe dès lundi après-midi pour mieux surveiller cette zone, comme elle l’avait fait à Piton Sainte-Rose en 2005.

Francois Martel-Asselin