“Frissons garantis”
Plus d’une centaine de spectateurs venant du sud ont assisté, médusés, à l’arrivée de la lave sur l’asphalte de la nationale 2. Agglutinés contre les barrières de sécurité, ils n’ont pas manqué une miette du spectacle offert par cette saignée rougeoyante dévalant les pentes du Tremblet.
Il est 15 h 35 quand le premier bras de lave arrive sur la route nationale 2. D’abord des volutes de fumée puis un arbre qui s’embrase instantanément sous l’effet de la chaleur et tombe sur la chaussée. Les spectateurs massés contre la barrière de sécurité dressée à 200 mètres de la coulée, retiennent leur souffle. Une grande clameur traverse la foule : “Allez, largue la sauce, fait péter”, crie un homme surexcité. Une douce folie s’empare alors de la centaine de badauds qui a bravé les intempéries pour assister à ce spectacle unique. “Bien sûr, j’ai déjà vécu la traversée de la route par la lave. Mais à chaque fois, ce sont des frissons garantis quand la coulée vient manger le bitume”, raconte ce Saint-Josephois qui dégaine aussitôt son appareil photo. Chacun dans la foule veut immortaliser l’instant à sa manière : caméscopes et portables sont tendus vers la coulée qui ne cesse de gonfler.
Une fillette sursaute dans les bras de sa mère quand l’écorce d’un arbre éclate à proximité. Des “Oh” admiratifs ponctuent l’embrasement des filaos réduits à l’état de fétus de paille. “Eh ! Poussez-vous devant, on ne voit rien”, lancent des spectateurs exaspérés, aux forces de l’ordre et aux journalistes qui leur cachent le spectacle. La bronca enfle et un gendarme est obligé de hausser le ton pour faire cesser la fronde et chasse les inévitables resquilleurs qui ont franchi les barrières de sécurité. À 16 heures, ils ne sont plus qu’une petite soixantaine d’irréductibles à supporter les nuages de soufre que le vent rabat désormais. La plupart des badauds a préféré rebrousser chemin pour admirer le point de vue d’ensemble offert à quelques centaines de mètres de là. L’un d’entre-deux lâche : “Je ne rentrerai pas chez moi avant que la lave n’atteigne la mer”.
Brice Magné


Les coulées d’hier ont emprunté grossièrement le tracé de la coulée de janvier 1976, partie de beaucoup plus haut, vers 1 800 mètres d’altitude. Mais elles sont restées un peu plus près du rempart du Tremblet, épargnant le belvédère aménagé en surplomb de la RN 2 côté mer, que la DDE avait retaillée dans la coulée. À la différence des coulées d’hier, celle de 76 n’a cependant pas atteint la mer, arrêtant sa progression quelques centaines de mètres plus loin. Un sentier pédagogique y a été aménagé pour montrer la colonisation des laves, décrit dans la page randonnée dominicale du Journal de l’île.