Une autre éruption en vue
La fissure active hier matin dans le sud de l’enclos du volcan
Pour la deuxième fois à un mois et demi d’intervalle, le piton de la Fournaise a été le théâtre d’une éruption éclair de neuf heures. A la différence cette fois que l’observatoire volcanologique enregistre tous les signes d’une possible reprise d’activité dans un délai relativement court. Mais l’incertitude la plus totale règne sur sa localisation.
Le silence est retombé sur l’enclos du volcan hier matin, après neuf heures d’activité, comme le 18 février dernier. La deuxième éruption de l’année 2007 n’a pas plus tenu ses promesses que la première, malgré la longueur de sa préparation qui a vu le piton de la Fournaise ne cesser de gonfler et trembler depuis le 1er janvier, date de la fin de l’éruption fleuve du 30 août 2006. Après plus de deux heures et demie de crise sismique, le volcan est entré en éruption à 23 h vendredi. Mais dès hier matin à 8 h, l’observatoire volcanologique a constaté la disparition du trémor éruptif, même si les observateurs sur place ont encore vu quelques lambeaux de lave jaillir très timidement jusque vers 9 h. En dépit de cet arrêt, Valérie Ferrazzini, sismologue à l’observatoire volcanologique du piton de la Fournaise, n’a pas dû beaucoup fermer l’œil la nuit dernière, comme ses collègues les nuits précédant l’éruption : le réseau de surveillance, malgré la fin de l’éruption hier matin, détectait toujours hier soir une forte sismicité. C’est cette situation qui pose problème. “La forte sismicité qui a persisté durant l’éruption s’est maintenue toute la journée, indique le dernier bulletin de l’observatoire de la journée de samedi. Actuellement, les séismes localisés sous le sommet semblent faiblir, par contre une forte sismicité se maintient sous le flanc est et est-sud-est, à une profondeur d’environ un ou deux kilomètres sous le niveau de la mer. La magnitude de ces séismes peut atteindre 2”.
Une telle situation a certes été déjà relevée dans le passé sans être suivie d’éruption note la sismologue, mais dans le contexte actuel, il est impossible d’en dire autant. Plus tôt dans la journée d’hier, un autre bulletin évoquait ainsi une possible reprise de l’éruption au sommet ou à plus basse altitude. L’incertitude régnait donc hier soir. Au nombre des éléments à prendre en compte : la fissure qui a alimenté l’éruption éclair d’hier est beaucoup plus longue qu’elle n’y paraît en surface. Elle se prolonge en sous-sol en direction du rempart du Tremblet, c’est du moins ce qu’analyse l’observatoire au vu des enregistrements des paramètres de la crise qui a précédé l’éruption. Le risque serait que la crise sismique actuelle débouche sur sa réactivation et son éventuelle propagation à plus basse altitude, voire hors enclos. Les éruptions hors enclos de Piton Sainte-Rose (1977) et du Tremblet (Saint-Philippe) ont ainsi débuté par de brèves phases d’activité à l’intérieur de l’enclos avant que les fissures éruptives ne se propagent beaucoup plus loin, “franchissant” les remparts de Bois-Blanc et du Tremblet. Mais rien ne permettait hier soir d’envisager une telle hypothèse.
Francois Martel-Asselin