Une éruption de quelques heures
Le piton de la Fournaise est entré en éruption hier soir pour la deuxième fois de l’année au terme d’une crise sismique qui a duré plus de deux heures et demie. Une éruption qui n’a finalement duré que quelques heures. Elle s’est en effet achevée ce matin, vers 8 heures.
L’observatoire volcanologique attendait cette éruption depuis plusieurs semaine et l’écrivait encore hier matin en conclusion de son bulletin quotidien : “Une éruption est à prévoir à courte échéance”. Avec pas loin de 120 séismes jeudi encore, le feu couvait dans les entrailles du piton de la Fournaise, alors que se poursuivaient “les déformations du cône sommital enregistrées par les extensomètres et les GPS permanents”. Il est 20 h 24 hier soir lorsque débute la crise sismique en général annonciatrice des éruptions. Le magma fracture les roches au cours de son ascension vers la surface, déclenchant des secousses, les séismes enregistrés par le réseau de surveillance du volcan. Le croisement des informations envoyées par les capteurs permettent, au bout de plus d’une heure de crise, de présumer une sortie du magma dans la zone sud de l’enclos. Une chose est sûre : plus la crise dure, plus ce point de sortie risque de se situer à l’écart du sommet et à une altitude nettement plus basse que ce dernier, le magma migrant latéralement, de façon souterraine, au cours de son ascension, adoptant par conséquent un trajet plus long, rappelle Philippe Kowalski, responsable technique de l’observatoire. Un semblant d’apaisement semble s’installer vers 22 h quand, à 23 h, après 2 h 35 de crise, apparaît sur les appareils de l’observatoire volcanologique un signal caractéristique de l’écoulement de lave en surface : le trémor volcanique, une vibration régulière, contrairement aux séismes, oscillations brutales. Entre-temps, dès l’annonce de la crise sismique, entraînant de fait le passage en alerte 1 d’éruption imminente après le déclenchement de la vigilance volcanique lundi dernier, une équipe de la gendarmerie est allée fermer le portail d’accès à l’enclos du volcan, dont l’accès reste interdit jusqu’à nouvel ordre. Les quelques rares témoins présents au pas de Bellecombe ne verront pas les premières lueurs de l’éruption avant 23 h 40, loin derrière le sommet. Celles-ci étaient à peine visibles sur les webcams du site internet de l’observatoire volcanologique la nuit dernière. A minuit, les scientifiques en poste à l’observatoire estimaient l’éruption dans la région du cratère Château-Fort, vers 2 000 m d’altitude, dans le sud de l’enclos. Venues de la direction du sommet, deux fissures pourraient s’être ouvertes en l’espace de quelques minutes et il n’était pas exclu qu’elles se propagent plus en direction du rempart du Tremblet, car vers minuit, de la sismicité continuait d’être enregistrée. Aucune reconnaissance officielle n’était prévue avant ce matin.
Francois Martel-Asselin