Un volcan beaucoup trop photogénique
L’affaire des verbalisés de l’éruption de décembre 2005 revenait hier devant la juridiction de proximité de Saint-Benoît. Après le juge qui avait déjà souligné le malaise entourant la réglementation de l’accès aux éruptions du piton de la Fournaise, le ministère public, à son tour, a fait part de sa préoccupation. Mais la loi est la loi...
En décembre dernier, le juge avait renvoyé l’examen du dossier dans l’attente d’une décision du tribunal administratif sur la contestation d’un arrêté préfectoral réglementant l’accès au volcan en éruption. L’avis de la juridiction administrative n’étant pas encore connu, le juge a fait preuve d’une mansuétude peu courante en accordant un nouveau délai aux verbalisés, invités à présenter une défense écrite argumentée. Ils seront fixés sur leur sort le 20 juin.
Les prévenus ont été pris en flagrant délit par les gendarmes dans l’enclos interdit au public alors qu’ils se dirigeaient vers le site de l’éruption, en décembre 2005. Le groupe de randonneurs a reconnu avoir enfreint l’arrêté préfectoral d’interdiction mais fait valoir qu’ils étaient correctement équipés et ne partaient pas en terrain inconnu, réfutant ainsi le “manquement à une obligation de sécurité”. A travers leur action, ils souhaitent en fait attirer l’attention des autorités sur les conditions d’accès aux sites éruptifs, objets d’une réglementation abusive à leurs yeux de pratiquants de longue date du volcan pour certains. Raison principale pour laquelle ils contestent l’amende infligée, au demeurant quasi symbolique (32 euros + 18 euros de frais). Lors de la première audience de décembre 2006, le juge de proximité avait souligné que la question de la réglementation de l’accès aux éruptions du volcan pose manifestement problème, le public ne pouvant plus depuis quelques années accéder du fabuleux spectacle nocturne des éruptions par exemple. Hier, il a réitéré : “C’est une affaire peu courante, il y a des tas de problèmes derrière cet arrêté, et il aurait été nécessaire de creuser, encore faut-il en avoir les moyens”. Néanmoins, le juge a mis à profit ses loisirs en surfant sur Internet et, ô surprise, rapporte-t-il, il a découvert qu’”il y a des gens qui sont allés faire des photos, des comptes rendus de l’éruption. Comment ces personnes ont-elles pu faire ?” Regrettant un “manque de transparence”, constatant qu’il y a “des problèmes”, il ne peut en l’état que “les ignorer”, constate-t-il, car ils ne relèvent pas de sa fonction. Et aussi : “J’aimerais bien comprendre. Le volcan est très photogénique et c’est pour cela que vous y allez. Certains, cependant, commercialisent leurs images... Mais ce n’est pas mon problème, c’est celui de la préfecture”. Il concède toutefois à l’administration qu’avec des actions comme la diffusion du récent dépliant d’information et de conseils sur la Fournaise, “les autorités ont le souci de rendre les choses plus claires”. Mais ceci ne constitue qu’un premier pas.
Très neutre lors de l’audience de décembre, le représentant du ministère public se lance à son tour dans une confession : “En tant que Réunionnais, je partage comme beaucoup un sentiment de frustration. J’attache beaucoup d’importance au volcan. Quand je vois le portail fermé, ce n’est pas l’envie qui me manque de passer par-dessus, j’ai autant de capacité de crapahuter que vous, mais je suis bête et discipliné, j’obéis aux interdictions. Je fais partie de la majorité silencieuse qui reste sur le bord du chemin”. “J’ose espérer, ajoute-t-il, que l’autorité administrative adoptera une attitude un peu plus compréhensive”. Mais revenant aussitôt dans son rôle, il conclut : “Je demande néanmoins l’application stricte de la loi” ! Les prévenus, d’une ingénuité parfois désarmante, ont été invités à présenter rapidement une défense qui développe des arguments de droit... Sinon... Dura lex sed lex... Le juge serait bien obligé alors d’appliquer la loi dans toute sa rigueur et “ce serait dommage que l’affaire se termine là”, estime-t-il, observant ironiquement : “J’aurais l’impression d’être la billetterie du volcan”...
Francois Martel-Asselin