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ARTICLE DU 19/11/2006



En 1986 et 2002 : Les colères du volcan


Le diamètre et la profondeur des cratères Dolomieu successifs, au moins cinq, ont été très variables : de quelques dizaines de mètres à plusieurs centaines de mètres pour le diamètre et quelques mètres à 300 mètres pour la profondeur. La dépression la plus importante est celle qui s’est produite autour de 1930.

Dans l’histoire récente du piton de la Fournaise, deux épisodes, celui de mars 1986 et celui de décembre 2002, illustrent bien ce qui pourrait se passer au sommet du Piton de la Fournaise en cas de nouvel effondrement.

Un cratère puits de 80 m de profondeur en mars 1986

Le 29 mars 1986, alors que vient de s’achever la deuxième éruption hors enclos du XXe siècle (Le Tremblet, Saint-Philippe) après celle d’avril 1977 à Piton Sainte-Rose, une violente crise sismique débouche sur une série de terribles explosions phréatiques qui secouent le cratère Dolomieu. La vidange de la colonne de magma par la récente éruption en bord de mer provoque l’effondrement d’une partie du sommet devenu creux et l’expulsion de cendres, de blocs énormes sur le pourtour du sommet. Comme découpé à l’emporte-pièce, un « cratère puits » (pit crater en anglais) de 150 m de diamètre pour 80 m de profondeur se forme.

7 000 séismes en 30 heures le 23 décembre 2002

Les coulées des deux éruptions de 2002 du piton de la Fournaise se jettent dans l’océan Indien. Mais la seconde éruption de cette année-là (16 novembre-3 décembre) mobilise surtout l’attention en raison de l’activité sismique qui l’accompagne au début, puis sur sa fin et surtout ensuite. Le réseau de surveillance du volcan détecte de quelques centaines à plusieurs milliers d’événements quotidiens à faible profondeur sous le sommet. Cette situation laisse craindre un effondrement de grande ampleur du cratère Dolomieu. Outre l’enclos déjà interdit, la préfecture ferme tout accès, notamment à partir du rempart de la plaine des Sables, une première. La zone d’interdiction de survol est étendue. Explication du phénomène redouté : la vidange des réservoirs de magma situés sous le sommet au fil des récentes éruptions a laissé un vide et plus rien ne soutient le plancher du cratère Dolomieu qui commence à craquer de toutes parts, signe d’un prochain effondrement. Le 23 décembre 2002 à 10 h 02, au terme de près de trois semaines d’une intense activité sismique succédant à la fin, le 3 décembre, de la dernière éruption du piton de la Fournaise, l’observatoire volcanologique enregistre un séisme de magnitude 3 en forme de bouquet final. En effet, instantanément, le volcan se mure dans un silence total. Quelques jours plus tard, l’accès à l’enclos du volcan est à nouveau autorisé. Le travail des scientifiques peut également commencer en toute sécurité désormais. Sur le terrain, les prises de vues et des mesures sur le réseau de positionnement par satellite (GPS) sont entreprises. Ensuite, la comparaison avec d’autres photos et mesures réalisées avant l’éruption met en évidence des modifications très nettes de la topographie du cratère principal du volcan, toutefois peu visibles pour un œil non exercé. “La formation du cratère d’effondrement, précise l’observatoire volcanologique, a déstabilisé le bord du cratère Dolomieu et provoqué un glissement, qui a partiellement comblé le cratère d’effondrement”. Par ailleurs, des fissures atteignant jusqu’à un mètre de largeur sont observables autour du cratère d’effondrement, qui en fait une zone à risque. D’épaisses vapeurs blanches sont parfois visibles et permettent de localiser l’effondrement. Leur présence est fonction des épisodes pluvieux qui affectent le sommet du volcan. Selon l’observatoire volcanologique, elles sont “très certainement liées à un réservoir encore chaud sous l’effondrement, l’éruption du 28 septembre 1999 avait débuté à cet endroit”. Plusieurs phases éruptives courant 2003 se sont d’ailleurs déroulées au même endroit du cratère Dolomieu (piton Kaf), une zone très fracturée, donc d’autant plus perméable aux montées de magma.