« Pour ma retraite, j’achète des skis ! »

La Plaine-des-Cafres s’est réveillée hier matin sous une couche de givre. Le phénomène n’est pas rare mais les habitants de l’écart du Tampon ont néanmoins été surpris par son ampleur. La beauté du moment est quelque peu gâchée quand on apprend que le givre peut causer des dégradations sérieuses.
Christian et Gabriel ne se font pas prier lorsqu’il s’agit de parler du givre qui a touché la Plaine-des-Cafres, hier matin. Ils ont un avis et ne s’en cachent pas. Ils reconnaissent que c’est peut-être charmant mais que l’envers du décor offre souvent également des inconvénients de taille. « Ça dépend de quel côté on se place. Pour moi, c’est une plaie », assène-t-il. L’ouvrier d’une quarantaine d’années dresse la liste des dégâts dont il a été victime. « Avec le froid, j’ai des canalisations qui ont explosé, mon tuyau d’arrosage laissait couler de la glace et le plus désagréable, ce sont les plantes que j’ai perdues. Le givre a tout grillé », explique-t-il. Le spectacle est édifiant. Des plantes jusque-là pleines de vie ne ressemblent désormais plus qu’à un tas de végétaux usés et mal entretenus. Les efforts du père de famille pour embellir sa petite cour se sont envolés. Christian a en horreur le givre que tous trouvent très beau. Son voisin et ami, Gabriel n’est pas moins agacé. En préretraite, il s’adonne au jardinage et le givre est l’un de ses pires ennemis. « Hier, mes dahlias faisaient ma fierté et aujourd’hui, c’est un sujet qui m’énerve », dit-il en montrant le plant comme foudroyé par un puissant désherbant.
Sans même que la question ne soit abordée, les deux hommes évoquent des problèmes environnementaux pour expliquer les « plaies » qui s’abattent sur la Réunion. « Je ne trouve pas normal qu’en été, au mois d’octobre, on voit de la neige et un épisode de givre aussi violent. Quelque chose ne va pas bien dans la nature », insiste Christian. Gabriel acquiesce et rappelle que cette année c’est la première fois que le phénomène se produit. Les deux amis s’accordent à penser que la pollution est à l’origine de ces bouleversements. « La terre en a peut-être assez. Avant il suffisait de laisser une graine dans le sol et de l’arroser pour qu’elle pousse. Aujourd’hui, sans les engrais et les compléments il est impossible d’avoir un produit vendable. Moi, je ne vis pas de la culture, c’est juste un hobby. Imaginez un peu la situation de ceux qui en vivent ! », explique Christian. Un brin dépité les deux compères gardent néanmoins le sourire, ils ne sont pas à plaindre. Ils n’ont perdu que quelques tuyaux et quelques plants de dahlias. « Nous avons amis agriculteurs et le givre à dû remettre en cause une bonne partie de leur récolte », avouent-ils en chœur. Christian conclut en l’utilisant l’humour pour faire passer son message : « Pour ma retraite, j’achète des skis. On ne sait jamais ce qui peut se passer, au rythme où on va, ça servira forcément ».
T.A.