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ARTICLE DU 12/10/2006



Givrés !


Hier matin, il n’y avait pas foule au pas de Bellecombe. La pression est quelque peu retombée après le rush des amateurs de neige (photo Stéphan Laï-Yu).

Mardi, les visiteurs se sont rendus nombreux au pas de Bellecombe pour admirer le spectacle inhabituel d’un piton de la Fournaise enneigé. Avec la fonte, les visiteurs se sont faits plus rares. Vers 17 heures, une vingtaine de voitures environ se trouvent sur le parking. Beaucoup viennent de très loin. « Nous venons de Saint-Denis voir la neige sur le volcan. C’est drôle de le voir comme ça. Avec un peu de chance, il va peut-être se remettre à neiger », lance une dame d’un certain âge. « Je suis sûre qu’il va neiger. Il fait trop froid pour que l’on me fasse croire le contraire », lance une autre dame, venue avec sa famille et ses petits-enfants. « C’est surtout les enfants qui doivent profiter », continue-t-elle. Son regard se tourne alors vers le piton de la Fournaise. « C’est comme si on avait saupoudré ce piton de craie », confie-t-elle émerveillée. Mais elle n’est pas téméraire et souligne que s’il fait trop froid elle ne sera pas de la partie. Sur le pas de Bellecombe, les visiteurs n’en démordent pas : la météo n’a pas toujours raison et ces personnes sont convaincues qu’il va neiger.

Un nouveau cône inattendu

Même dans leurs rêves les plus fous, ces aficionados du volcan n’auraient pu imaginer un spectacle comme celui qu’ils ont sous les yeux. Une éruption du piton de la Fournaise dans un paysage enneigé. Petit retour en arrière. Mardi, la plaine des Sables et le sommet du volcan sortent le grand blanc. Un remake en mode mineur du spectacle d’août 2004. Au cœur du Dolomieu, l’éruption du piton la Wouandzani qui a débuté le 30 août dernier se poursuit. Lundi dernier, les volcanologues de l’observatoire notent une augmentation sensible du trémor. Ils pensent à un regain d’activité mais ne se doutent pas qu’un nouveau cône est en train de se former dans le Dolomieu. L’hypothèse sera levée mardi. Hier, quelques heures avant le lever du jour, la plaine des Sables a retrouvé son aspect habituel. Seul le sommet principal est encore recouvert de neige. Éclairé par la lune, sous un ciel piqueté d’étoiles, le piton de la Fournaise se dresse insolite. Quelques irréductibles ont bravé le froid mordant pour se rendre au pas de Bellecombe espérant de nouvelles chutes de neige. Pour l’instant, seul le givre nappe les pare-brise. “Quand va tomber la neige ?”, interroge une femme frileusement emmitouflée dans une couverture et calfeutrée dans sa voiture. Elle ne tombera pas. C’est désormais au sommet du piton de la Fournaise que cela se joue. En descendant les marches du pas de Bellecombe, les gants accrochent le givre qui recouvre les mains courantes. Il fait particulièrement frisquet. Le Formica Leo et l’enclos Fouqué n’ont pas eu les honneurs de la neige. Pour en trouver, il faut entamer l’ascension du Bory. Au début, rien. Et puis les plaques de neige se font de plus en plus nombreuses au point de masquer le balisage blanc.

Nouvelles chutes de neige compromises

Les bulletins météos sont pourtant formels : les chances pour qu’il neige de nouveau sont faibles. Les visiteurs vont l’apprendre à leurs dépens. Toute la nuit de mardi à mercredi, les curieux vont affluer dans l’espoir d’assister à la chute des précieux flocons. Le ballet de voitures sur le parking est incessant. Entre 21 h et une heure du matin, l’affluence est bonne. Mais rares sont ceux qui osent sortir des véhicules. Le brouillard très épais, le vent glacé mais surtout la température de zéro degré dissuadent plus d’un amateur de neige. Pour se convaincre qu’il n’y a strictement rien à attendre, il suffit à tout ce petit monde de lever la tête vers le ciel. Il n’y a pas un seul nuage et par conséquent pas de chance de précipitations de pluie ou de neige. Certains comprennent vite et repartent aussitôt. D’autres venant apparemment de plus loin préfèrent rester quelques minutes et profitent de la lune splendide. La neige ne tombe pas mais une surprise se prépare : la végétation se pare d’un manteau de couleur blanche. Pour ceux et celle qui quittent le pas de Bellecombe, l’illusion qu’il a neigé est presque parfaite : le givre recouvre toute la Plaine-des-Cafres.