Grand blanc au piton de la Fournaise

Piton la neige
Le piton de la Fournaise n’entre jamais en scène sur un mode médiocre. Mais, là, vraiment, il s’est surpassé. L’éruption du petit frère du piton la Wouandzani est venu s’inscrire dans un écrin de blancheur au cœur du Dolomieu. Neige et feu jouent depuis lundi une partition impossible au sommet du cratère principal. Le spectacle ne devrait pas durer mais, pour l’instant et depuis le début de la semaine, notre volcan écrit une de ses plus belles pages
Les passionnés du volcan qui depuis mardi ont eu la chance d’accéder au site de l’éruption du petit frère du piton la Wouandzani dans le Dolomieu ont déjà officieusement baptisé le cratère piton la Neige. “Il y a les noms officiels”, nous confie Laurent un amoureux du piton de la Fournaise qui ne raterait pour rien une de ses manifestations “et puis il y a ceux que nous leur donnons entre nous. Ainsi, voyez, le cône adossé au piton Kaf dans le Dolomieu. Pour nous c’est le piton Kafrine et aujourd’hui ils se marient en blanc”.
Même dans leurs rêves les plus fous, ces aficionados du volcan n’auraient pu imaginer un spectacle comme celui qu’ils ont sous les yeux. Une éruption du piton de la Fournaise dans un paysage enneigé. Petit retour en arrière. Mardi, la plaine des Sables et le sommet du volcan sortent le grand blanc. Un remake en mode mineur du spectacle d’août 2004. Au cœur du Dolomieu, l’éruption du piton la Wouandzani qui a débuté le 30 août dernier se poursuit. Lundi dernier, les volcanologues de l’observatoire notent une augmentation sensible du trémor. Ils pensent à un regain d’activité mais ne se doutent pas qu’un nouveau cône est en train de se former dans le Dolomieu. L’hypothèse sera levée mardi. Hier, quelques heures avant le lever du jour, la plaine des Sables a retrouvé son aspect habituel. Seul le sommet principal est encore recouvert de neige. Éclairé par la lune, sous un ciel piqueté d’étoiles, le piton de la Fournaise se dresse insolite. Quelques irréductibles ont bravé le froid mordant pour se rendre au pas de Bellecombe espérant de nouvelles chutes de neige. Pour l’instant, seul le givre nappe les pare-brise. “Quand va tomber la neige ?”, interroge une femme frileusement emmitouflée dans une couverture et calfeutrée dans sa voiture. Elle ne tombera pas. C’est désormais au sommet du piton de la Fournaise que cela se joue. En descendant les marches du pas de Bellecombe, les gants accrochent le givre qui recouvre les mains courantes. Il fait particulièrement frisquet. Le Formica Leo et l’enclos Fouqué n’ont pas eu les honneurs de la neige. Pour en trouver, il faut entamer l’ascension du Bory. Au début, rien. Et puis les plaques de neige se font de plus en plus nombreuses au point de masquer le balisage blanc.
L’ambiance est des plus étranges. Nous ne reconnaissons plus les flancs du Bory et nous avançons à tâtons dans la nuit. Au fur et à mesure que nous prenons de l’attitude les tapis de neige gagnent en dimension. Au sommet ce sont de véritables pistes de ski miniature qui dévalent la pente. La poudreuse de la veille s’est transformée en plaques aux allures de sucre glace qui crissent sous les chaussures. Ce n’est plus le piton de la Fournaise mais le piton des Neiges transposé. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Une fois le Bory contourné, le regard plonge dans le Dolomieu. Le piton la Wouanzani a désormais un petit frère qui a jailli dans son alignement. Si l’aîné semble s’être assoupi, la neige est même parvenue à s’accrocher à ses flancs, le cadet fait preuve d’une belle activité lançant régulièrement vers le ciel des gerbes de feu. Mais c’est en s’approchant de lui que l’on prend toute la dimension extraordinaire de ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux. Dans toute l’histoire connue du piton de la Fournaise, personne n’avait jamais vu cela. La neige tapisse les bords du cratère principal. Les remparts intérieurs sont eux aussi nappés de blanc. Le plus étonnant est celui qui plonge du Bory. Cette immense toile blanche fait un contraste saisissant avec le tout nouveau cratère ouvert en arc de cercle vers le rempart. À l’intérieur, bouillonne un lac de lave. De grosses bulles couleur orangé viennent mourir en surface. Les vagues qui agitent la surface du lac donnent une impression de mouvement aux flancs du cratère. Les coulées s’échappent de manière classique ajoutant couche sur couche mais jouent aussi à intervalles réguliers la mécanique de la tectonique des plaques. Elles se soulèvent, se glissent les unes sous les autres, alternant flux et reflux. Ce ballet insolite redessine le fond du Dolomieu. Lorsque la neige aura fondu, le second épisode de l’éruption du 30 août 2003 retrouvera une dimension plus classique sans perdre pour autant de sa superbe mais elle occupera sans aucun doute une place à part dans l’histoire du piton de la Fournaise.
Texte : Alain Dupuis Photos : François Martel-Asselin

Premières heures du “piton la Neige”, mardi soir : un spectateur insolite s’est invité incognito pour la photo souvenir ! (photo DR).

Le cratère Maillard comme vous ne l’avez jamais vu et, au loin, la côte et l’océan Indien.

Le fond du cratère Bory tapissé de neige, le Dolomieu envahi par les coulées, les deux cônes encore en activité simultanée.


Piton de la Fournaise, altitude 2 632 mètres. Hier, le manteau blanc n’a guère fondu sur le sommet. A 5 h du matin, la température n’y dépassait pas - 2° (photo Serge Gélabert).

La navigatrice Maud Fontenoy s’est échappée quelques heures des préparatifs de son tour du monde à contre-courant. Hier matin, direction le volcan ! (photo Imaz Press Réunion).

Le piton La Wouzani (à gauche) se dresse fièrement, quasi-silencieux désormais, il a passé le relais (photo Serge Gélabert).

Les cinéastes et photographe ont dû fouler une épaisse couverture neigeuse pour arriver en surplomb du nouveau cratère, croisant parfois des stalactites de glace (photos F.M.-A.)