Le gendarme miraculé du volcan
Soulagement pour les gendarmes qui ont retrouvé hier matin sain et sauf leur collègue disparu depuis 24 heures dans l’enclos du piton de la Fournaise. Après une journée et une nuit passée dans des conditions climatiques exécrables, cet adjudant parti photographier l’éruption a regagné ses quartiers choqué et en hypothermie.
Sous la pluie et le vent on l’avait cherché. C’est sous un radieux soleil levant qu’on l’a retrouvé. L’adjudant Francis Bernard, égaré depuis 24 heures dans l’enclos du piton de la Fournaise, a été localisé par l’hélicoptère de la Section aérienne de la gendarmerie (SAG) hier vers 6 heures, tandis qu’il marchait sur le flanc sud-est du cratère Dolomieu vers 2000 m d’altitude.
Hélitreuillé jusqu’au Pas de Bellecombe, le gendarme de la Brigade départementale de recherche judiciaire (BDRJ), visiblement très affaibli, les genoux et les mollets écorchés, mais en bonne santé tout de même, a été chaleureusement salué par tous ses collègues mobilisés depuis la veille au soir pour le retrouver. Enveloppé dans une couverture, l’homme âgé d’une trentaine d’années a rapidement rejoint le fourgon aménagé en poste de commandement, à l’intérieur duquel l’attendait le colonel Tritsch, commandant du groupement de gendarmerie de la Réunion. Sa température corporelle à 36,4 °C, il a alors fait le récit de sa malheureuse aventure, bien conscient d’être passé tout près de la mort. Il a ensuite été conduit au CHD de Bellepierre pour examens. Parti jeudi matin malgré des conditions météorologiques déplorables, le chef Bernard avait quitté le parking du Pas de Bellecombe pour se rendre sur le site de l’éruption prendre quelques photos et peaufiner ainsi son entraînement pour le Grand Raid. Une course en principe rapide, mais dont il ne reviendra que 24 heures plus tard. La malchance était déjà avec lui puisque, en sortant de sa voiture, son téléphone portable tombait dans l’eau, devenant ainsi inutilisable. La suite est du même tonneau. En effet, alors qu’il court vers le site de l’éruption, le gendarme chute en contrebas du sentier, comme en témoignent les blessures, heureusement superficielles, visibles sur ses jambes. Lorsqu’il se relève, impossible de retrouver le balisage blanc au sol que connaissent les habitués du volcan. Durant toute la journée, le chef Bernard va marcher à la recherche du marquage sur les coulées sèches et dans les scories. Mais la visibilité est quasiment nulle, et le vent glacial et la pluie n’arrangent rien. Le militaire va bien tenter une descente vers la côte, mais sa progression sera empêchée par la végétation.
À la nuit tombée, comprenant que les secours ne pourront le retrouver avant le lendemain, le militaire a le réflexe de se trouver un “trou” pour s’exposer le moins possible aux rafales qui soufflent jusqu’à 80 km/h. Au cœur de la nuit, la température atteindra les -2° C. Autant dire que 24 heures dans ces conditions auraient eu raison d’un organisme moins entraîné que le sien. “Heureusement, il avait un bon coupe-vent et un sacré caractère. Il a chanté toute la nuit pour ne pas s’endormir”, relate l’adjudant-chef Saudemont, commandant le PGHM.
Pendant ce temps, depuis 17 heures jeudi, au moment où sa disparition a été signalée, ses collègues gendarmes sont mobilisés à sa recherche. Mais à minuit, compte tenu des conditions météo, celles-ci seront interrompues. Elles reprendront hier matin dès 5 h 30 avec, cette fois, un climat beaucoup plus favorable. Le grand beau temps est en effet au rendez vous, et l’alouette de la SAG peut effectuer un survol de la zone avec plus de chances de réussite. Un tour du Dolomieu et du cratère Bory pour commencer ne donnera rien. Puis l’hélicoptère va effectuer un survol du chemin de ceinture du volcan, où les nuages commencent à affluer. Et c’est en remontant vers le Bory que l’adjudant-chef Saudemont aperçoit le marcheur, en train de s’attaquer au flanc escarpé du cratère. “Il avait presque l’air de s’excuser de s’être perdu. Mais il n’en pouvait plus, et nous l’avons remonté”, commente, soulagé, le chef du PGHM. Si l’adjudant Bernard a joué de malchance, aucune imprudence ne peut lui être reprochée. Suffisamment équipé pour une course “courte” en montagne malgré un short très court, il disposait d’eau et de quelques vivres, et n’avait pas l’intention de s’aventurer hors du sentier balisé. Mais le sort, la panne de son portable, sa chute, puis sa peine à retrouver le marquage au sol ont eu raison de sa bonne volonté. Tous ses collègues gendarmes, notamment les spécialistes de montagne, saluent son courage, son caractère, et son expérience, qui lui ont probablement permis d’échapper au pire.
Sébastien Gignoux