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ARTICLE DU 05/09/2006



Liberez le volcan

Depuis 2004, date à laquelle elle a pris la présidence du Comité du tourisme, Jocelyne Lauret ne cesse de faire le siège de la préfecture afin d’obtenir le plus rapidement possible l’accès au Piton de la Fournaise en cas d’éruption. Elle s’est toujours vu opposer une fin de non recevoir. Le nouveau préfet semble plus réceptif que ses prédécesseurs. L’avenir dira s’il est prêt à rendre les clefs du volcan.

“La Réunion, un volcan d’idées”. Le Comité du tourisme avait bâti tout une campagne autour de ce thème. Le slogan a fait long feu, le Piton de la Fournaise étant confisqué à chacune de ses manifestations. Le nouveau préfet par rapport à ses prédécesseurs semble faire preuve de davantage d’esprit d’ouverture, il n’empêche beaucoup de temps a été perdu. “Le Piton de la Fournaise représente un atout touristique important, indique Jocelyne Lauret, présidente du CTR.C’est le site de l’île le plus visité même en dehors des éruptions. Alors lorsque l’une d’entre elles se produit, tout le monde veut profiter du spectacle.” A peine élue, Jocelyne Lauret interpelle en octobre 1994 le préfet qui se trouve être à l’époque Dominique Vian. “Depuis le 13 août dernier, écrit la présidente du CTR, le Piton de la Fournaise est en éruption ayant offert à divers moments un spectacle intense. Il se manifeste chaque année depuis 1998 provoquant ainsi à intervalles réguliers une attraction exceptionnelle. A chaque éruption les services de l’État sous votre autorité sont confrontés à des problèmes de sécurité et sont amenés à prendre des mesures de protection pouvant entraîner des restrictions dans l’approche du site. Cette préoccupation est prioritaire et la sécurité à tous les niveaux conforte l’image touristique d’une destination qui se veut rassurante. En sens inverse ces réglementations provisoires peuvent perturber l’activité de certains professionnels du secteur touristique fortement sollicités à ces moments là par une clientèle avide de ne pas manquer l’occasion d’admirer un phénomène exceptionnel. C’est pourquoi je souhaite vous proposer la mise en place lors de ces éruptions d’une concertation permettant dans le respect d’un objectif prioritaire de sécurité de prendre en compte avant toute décision les contraintes de l’activité professionnelle des prestataires touristiques. Sur ce point, le CTR serait votre interlocuteur privilégié, se chargeant en amont, de fédérer les demandes et de coordonner la position des professionnels du secteur. “

Silence radio de la préfecture

La préfecture répond par un silence radio.” Je n’ai jamais eu de retour, confirme Jocelyne Lauret. Ce n’est pas faute à plusieurs reprises d’avoir relancé le dossier. Et puis j’ai eu la surprise le 27 juillet dernier d’être contacté par M. Lachaud qui me demandait de mettre des guides au Pas de Bellecombe. Nous avons répondu favorablement et pendant trois jours neuf guides ont été présents sur le site.” Pour la présidente du CTR on ne saurait s’en tenir là. L’ONF a d’ores et déjà élaboré un schéma d’interprétation sur le thème du volcan actif avec des visites guidées. Le Piton de la Fournaise sera par ailleurs l’un des thèmes forts de la prochaine campagne du Comité du tourisme qui va travailler sur le produit volcan. “L’enjeu économique est considérable, argumente Jocelyne Lauret. Aujourd’hui le manque à gagner pour les professionnels du tourisme est très important.” L’exploitation “touristique du volcan est susceptible de créer des emplois.” Pour la présidente du CTR il est absolument inadmissible que “les services de l’État s’approprient le site. Aujourd’hui on nous oppose la solution de facilité qui consiste à interdire le site. On décrète le risque.” Jocelyne Lauret appelle à une mobilisation de tous les intéressés. “Nous devons nous retrouver autour d’une table avec le préfet afin d’organiser l’accessibilité des éruptions de jour comme de nuit, indique-t-elle. Cela se fait dans d’autres pays, à Hawaï par exemple. Il nous faut faire bouger l’État, lui faire prendre conscience des enjeux locaux. Nous avons des arguments à présenter.” Le nouveau locataire de l’hôtel de la préfecture semble plus ouvert sur ce chapitre que ses prédécesseurs. L’avenir dira si Paul-Henri Maccioni aura été le préfet qui aura rendu le volcan aux Réunionnais et aux touristes qui fréquentent notre île.

Alain Dupuis


L’éruption pratique L’accès à l’enclos à partir du Pas de Bellecombe est ouvert de 6 à 13 heures. Les plateformes d’observation doivent être évacuées au plus tard à 15 heures. Il n’est toujours pas possible d’accéder au site de l’éruption la nuit. Le tour complet des cratères (13 km) est donné pour 4 h 30 de marche. Pour des marcheurs moyens, comptez deux heures aller et deux heures retour pour atteindre les plateformes d’observation. Deux itinéraires permettent habituellement de rejoindre le sommet du Piton de la Fournaise. Celui qui part sur la gauche, monte beaucoup moins raide que celui de droite rejoignant directement le cratère Bory. Ce dernier est interdit. si le volcan n’appartient pas au domaine de la haute montagne, terrain et météo peuvent se révéler franchement hostiles dès que l’on sort des sentiers battus. Si vous avez l’intention de vous rendre sur le site de l’éruption, autant s’équiper en conséquences.

Un cône de 15 à 20 m de haut

Le Piton de la Fournaise a bien travaillé depuis le début de l’éruption mercredi de la semaine dernière. Sur la seule fissure encore en activité se dresse à présent un cône de 15 à 20 m de haut dans la partie est - sud-est du cratère Dolomieu. “Il est maintenant complètement fermé, indique Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, mais les fontaines de lave le dépassent largement.” L’activité se maintient. “Les variations du trémor dans les premiers jours de l’éruption ont laissé place à un trémor très régulier qui a une légère tendance à augmenter. Aucun séisme n’a été enregistré depuis le début de l’éruption.”