Une éruption qui a du souffle

Un nouveau cône se dessine sur le plancher du Dolomieu.
Les rares visiteurs qui ont pu accéder au site de l’éruption qui se limite désormais à la fissure dans le Dolomieu ont été impressionnés par la hauteur des projections s’élevant largement au-dessus du bord du cratère Dolomieu.
Il tombe des cordes sur le Pas de Bellecombe quelques heures avant le lever du soleil. Impossible d’apercevoir le cratère principal et le panache de l’éruption qui a débuté mercredi vers 11h35 n’est pas visible. 3h du matin, c’est décidé, nous y allons. Une amélioration se dessine. Le piton de la Fournaise se dessine en ombre chinoise laissant espérer un temps plus clément. Descente et traversée de l’enclos entre le Formica Leo et la Chapelle de Rosemont. Alors que nous entamons l’ascension du Bory, le volcan se met de notre côté. Si l’enclos Fouquet et le Pas de Bellecombe sont noyés dans une mer de nuages, au loin le piton des Neiges et le Grand Benare semblent flotter sur un tapis blanc. Au-dessus de nos têtes, tempête de ciel bleu sur le sommet du piton de la Fournaise. En s’approchant du site de l’éruption on entend d’abord avant de voir. Un bruit sourd rythme les projections qui s’élancent vers le ciel. Avant même de voir le cône on distingue, semblant émerger du bord du rempart, des pluies d’étincelles. En début de matinée, hier, la fissure éruptive sur le flanc Est du Dolomieu a cessé toute activité.
Cette dernière se résume à un cône d’une taille impressionnante seulement 24h après le début de l’éruption et à une petite bouche adossée au rempart. Largement échancré, le cône laisse échapper une lave très fluide qui tapisse généreusement le fond du Dolomieu. Mais le plus impressionnant réside dans la puissance des projections. Cette éruption a du souffle. A intervalles réguliers, le cône s’offre un véritable feu d’artifice. Des colonnes de feu partent à l’assaut du ciel et montent haut, vraiment très haut dépassant largement le bord du Dolomieu. Autre élément spectaculaire, la rapidité de la construction du cône. Si ses bords ne s’effondraient pas régulièrement, il serait d’ores et déjà particulièrement imposant. Le spectacle est de toute beauté. Dommage qu’il se déroule pour l’instant à huis clos. La configuration du site permettrait facilement d’aménager une plate-forme d’observation en aiguillant les randonneurs pour une ascension côté Dolomieu. A condition que l’on veuille bien s’en donner la peine. Le balisage n’a même pas à être repris puisqu’il correspond à celui faisant le tour des cratères. Hier soir, la préfecture envisageait la réouverture de l’enclos pour samedi. Espérons qu’elle ne changera pas d’avis d’ici là.
Textes : Alain Dupuis Photos : Ludovic Laï-Yu



