Eruption surprise

Le volcan n’aura pas attendu longtemps pour nous offrir la deuxième éruption de l’année. Après une très courte crise sismique, le piton de la Fournaise s’est mis à cracher le feu à 11 h 35, hier matin. L’éruption se situe à cheval sur le bord est du cratère Dolomieu. La lave se répand à la fois dans le cratère principal et sur le flanc Est au nord des cratères Maillard et Signal de l’Enclos. Antony Finizzola, enseignant chercheur à l’université, et sept étudiants ont été les témoins privilégiés du début de l’éruption.
Le volcan a presque pris par surprise les volcanologues de l’observatoire de Bourg-Murat. Deux semaines seulement après s’être rendormi, le piton de la Fournaise nous offre la deuxième éruption de l’année. Il ne dormait que d’un œil. L’observatoire avait enregistré ces jours-ci de très faibles déformations du sommet provoquées par la montée du magma. A partir de 10h du matin, hier, les appareils commencent à enregistrer des séismes de faibles intensité. Une dizaine se succèdent pendant une dizaine de minutes. C’est le signal de la montée du magma vers la surface qui fracture les roches. Vers 11h35, le trémor apparaît très lentement. Cette vibration des conduits d’alimentation de l’éruption signe le début de l’éruption. Reste maintenant à savoir à quel endroit précisément la lave s’écoule. Les volcanologues penchent pour une sortie dans le Dolomieu vers le sud-est.
Sur le terrain, Antony Finizzola, maître de conférences et enseignant chercheur au laboratoire des sciences de la Terre de l’université de La Réunion, accompagné de sept étudiants stagiaires des universités de Clermont-Ferrand et de Toulouse, va vivre en direct un moment qui compte dans la vie d’un volcanologue. Les sept étudiants avaient déjà pu suivre la précédente éruption. Cette fois, elle va démarrer sous leurs yeux ébahis. “Dans le cadre de leur formation, ils s’intéressent à la formation de la structure du Bory, explique Antony Finizzola. C’est la raison pour laquelle nous étions hier matin dans le Bory et le Dolomieu. Nous ne nous attendions pas à une éruption imminente qu’aucun signe précurseur ne laissait prévoir. Il était 11h35 et nous venions de nous installer pour casser la croûte au sommet de la “marche” entre le Bory et le Dolomieu. Nous regardions le panorama côté Dolomieu. Il y a d’abord eu un bruit d’éboulement. Il a été suivi de trois panaches de vapeur d’une durée d’une dizaine de secondes chacun. Puis, la lave a jailli. Il y a eu extension de la fissure avec des points d’émission en ligne en direction du Bory et du rempart Est du Dolomieu. Nous avons compté trois points de sortie, dont un contre le Dolomieu. De ce dernier les projections partaient latéralement. Deux autres cônes se sont formés. Nous sommes restés sur place fascinés pendant deux heures. Un nappage de lave a couvert le sol autour du point d’émission. Au total il y en avait cinq dont trois actifs. Un point de sortie se trouvait sur le bord du rempart. C’est lui qui avait le plus fort débit. Puis les gendarmes sont arrivés et ils nous ont évacués par hélicoptère avec les autres randonneurs.” Thomas Staudacher, directeur de l’observatoire, accompagné de Philippe Catherine, se rend sur place immédiatement après le début de l’épisode. “L’éruption se situe à cheval sur le bord est du Dolomieu, explique Thomas Staudacher. Une première coulée se trouve dans le Dolomieu, une deuxième coulée se situe sur le flanc est au nord des cratères Maillard et Signal de l’Enclos.” En juillet 1999, une fissure s’était ouverte dans ce secteur non loin du cratère Maillard. A l’intérieur du Dolomieu, la lave tapisse déjà une large superficie. Un survol effectué dans le courant de l’après-midi d’hier montrait la présence de deux petits cônes dont un déjà bien formé dans le cratère principal. La fissure est également bien visible sur et à l’aplomb du cratère Maillard. Dans l’après-midi d’hier, le trémor était redescendu mais demeurait constant.
Textes : Alain Dupuis
Photos : Serge Gélabert
En assistant au réveil du piton de la Fournaise en 1998, personne n’aurait imaginé pareil débordement d’activité. En neuf ans à peine, la lave :
L’éruption soudaine du piton de la Fournaise, dans le cratère Dolomieu, a surpris hier une quinzaine de randonneurs effectuant la balade du tour des cratères. Vers 14 h, alors que la lave commençait à s’épancher, les militaires du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) sont partis à leur rencontre, afin de les rapatrier vers le parking du Pas de Bellecombe. Il faudra plusieurs voyages à l’hélicoptère de la section aérienne pour évacuer les quinze randonneurs jusqu’à leur point de départ. L’enclos était fermé au public par arrêté préfectoral depuis quelques minutes.


